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Marlène Schiappa, au secours !

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Jeudi 12 avril. La grève des cheminots se poursuit. 1 RER sur 5. Gare de Juvisy. 7 h 15.
Je pénètre l’un des premiers dans le wagon. Je suis propulsé contre la portière opposée. Coincé à ne plus pouvoir bouger même le petit doigt. Encore plus opprimé qu’une sardine dans une boîte de conserve bon marché.
Le train démarre péniblement, surbondé. Je m’aperçois alors qu’une femme d’une quarantaine d’années environ (difficile de donner un âge à l’heure actuelle !) est totalement plaquée contre moi. Son dos soudé contre mon corps.
Je distingue à peine son visage, de profil, tellement nous sommes serrés, mais je sens parfaitement ses « formes » contre mon ventre.
Au bout d’à peine quelques minutes, et malgré tous mes efforts pour que cela ne se produise pas, une érection spontanée se développe, contre ma volonté et cela me gêne terriblement.
Cela doit également gêner terriblement cette dame car elle essaie de se déplacer par de légers mouvements de gauche à droite, puis de droite à gauche, sans, bien entendu, y parvenir.
Mais ces mouvements ont pour effet immédiat d’amplifier ce phénomène naturel, et bien involontaire, croyez-moi !
Constatant la gêne qu’occasionne à cette dame notre position inconfortable, mais inévitable, et compte tenu surtout qu’elle pourrait être ma mère, je me permets de lui présenter mes excuses :
-Madame, je suis désolé, croyez-moi, de cette situation inconfortable, je le conçois, pour vous bien entendu, mais également pour moi. Veuillez me pardonner, ni vous, ni moi, ne pouvons l’abréger !
Il me semblait avoir « bien tourné » cette explication embarrassée.
Elle ne répond pas et, tournant, autant que faire se peut, sa tête vers moi, me jette un regard glacial qui, hélas, ne produit aucun effet secondaire sur un organe indépendant totalement de ma volonté.
Ouf ! Nous arrivons à destination, gare de Lyon, et retrouvons notre liberté de mouvement et notre respiration.
C’est alors que j’aperçois un couple de policiers (Un homme, une femme) qui se dirige dans ma direction, accompagné de la dame qui (je la distingue bien mieux) effectivement pourrait être ma mère.
Elle me désigne d’un doigt ferme et raide...aussi raide que...bon, vous avez saisi !
La policière m’informe, d’une voix métallique et agressive, que je vais être poursuivi pour « harcèlement sexiste et sexuel en flagrant délit » et redevable d’une amende forfaitaire à régler immédiatement.
J’ai beau essayer de m’expliquer, tenter de leur faire comprendre mon incapacité à me dégager, susurrer que ce fut autant un supplice pour moi que pour cette dame (faut bien mentir un peu) mais rien n’y fait.
Le couple de policiers me réclament mes papiers d’identité (Et je vous jure qu’il ne s’agit pas d’un contrôle « au faciès » car, en cet instant, je suis encore « plus blanc » que mon « blanc » de naissance).
Ils prennent également l’identité de la dame dénonciatrice qui, avant de s’éloigner, me jette un ultime regard courroucé, me parcourant des pieds à la tête, accompagné d’une moue dédaigneuse qui met à très mal ma profonde conviction d’être « un beau gosse » !
Je suis donc bon pour une forte amende « Schiappa » et je ne vois pas comment y échapper malgré ma totale innocence dans ce « crime » instinctif !
La policière escorte la dame, qui s’éloigne, sans doute pour la protéger d’une nouvelle et possible agression post érectile de ma part.
Je reste là, planté, abasourdi. C’est alors que le policier, sans doute par compassion devant ma mine pale et mon équilibre ébranlé, s’adresse à moi :
-Vous devriez immédiatement vous rendre au commissariat de la gare et déposer une plainte contre cette dame pour agression sexuelle durant le transport. Expliquez qu’elle s’est collée contre vous, parce que vous êtes jeune et beau garçon, et qu’elle « ondulait » sans que vous puissiez vous y soustraire, malgré tous vos efforts. Ainsi vous ne paierez pas d’amende immédiatement et attendrez que la justice fasse son œuvre. Je vous accompagne, si vous le souhaitez !
Que c’est beau la « solidarité masculine »... en certaines occasions !
Madame Schiappa, je souhaite que vous vous penchiez sur mon cas et que vous m’expliquiez si, dans de telles circonstances, bien atténuantes, je suis coupable d’un harcèlement sexuel...contre ma volonté ?
Une précision indispensable : il ne s’agit pas d’un « harcèlement de rue » mais de « RER », et cela peut se produire, paraît-il, dans le « Métro », me dit-on. Est-ce également puni par une amende, dans votre nouvelle loi ?

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