Madame le Maire

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Né d'une rencontre liant la chaleur passionnée du Sud andalou et la froideur déterminée du Nord belge. Coups de foudre pour "Montserrat" de Roblès et pour "Vivre debout" de Brel. Deux parcours  [+]

Les cris, voire les hurlements, n’en finissaient pas. Etourdi par les ovations, les bras tendus, il se contemplait au travers des regards de la foule pressante.

Il les caressait, les yeux écarquillés, sordide et mielleux. Il n'en avait que faire. Il était là. Arrivé, il pouvait enfin ne plus faire semblant de les aimer. Libéré pendant quatre ans ! La nouvelle date line avant la future campagne. Maintenant, il pouvait choisir, dépecer, prendre ou ôter. Il possédait le pouvoir. Il était l'Absolu. L'incontournable « Monsieur le Maire ». Quelle jouissance ! Ah, être le leader. Dévorer, déchirer et mordre à pleines dents. Un carnassier. « Humilier » , il l’avait fait avant, ailleurs, dans l’entreprise, son couple.

Devenu BIG BOSS des Télécom. Un parcours commencé par piston et terminé par stratégie. La ligne droite après tant de faux semblants. L’unique principe : dégommer après avoir séduit. Il se rappelait le vieux Mathieu, si fier de le prendre comme disciple, lui inculquer toutes les pièces à créer pour avancer. Innocent qu’il avait été. Il avait pris, profité, vidé. Il l’avait dribblé. Ce projet de montre inter active jumelée à un bijou signé par des grands maîtres. Le pied. Il s’était arrangé. Il avait volé sa confiance pour en faire une arme. Ensuite petit entretien faussement naïf avec le chef. Dire au patron que « Mathieu pompait ses idées, mais bon, il doit pouvoir manger ! » Et quand celui-ci était arrivé pour s’expliquer, il était déjà condamné. Sublime ! Promotion. Licenciement pour l'autre. Et maintenant, le patron de la boîte et « Monsieur le Maire ». Pourquoi était-il si mauvais ? Il ne le savait pas. Une éventuelle psy aurait du travail.

Et maintenant sous les applaudissements, il se sentait bien, le dard interne tendu, les mains levées. Roi ou empereur ? Président demain sera suffisant, époque moderne oblige. Il frémit en sa profondeur par son sexe dressé tel un étendard, excité par l’adrénaline. Ah, quelle force et puissance, il détenait. ! Une dernière parole - cliché : le «  je vous aime « entendu, afin de dompter la foule. Et, après goûter sa réussite, un verre à la main. Il quitta la scène sous un standing ovation dont tout chanteur ou acteur rêverait.


Elle était là, dans les coulisses, sans projecteur fixé sur elle. Son sourire n’était pas féroce. Mais, une pointe volontaire profilait son menton. C’était sa victoire. Il restait à ajouter la touche finale, Sa main droite d’un geste crispé caressait ses seins. Elle les sentit se dresser et gonfler. Il l’aimera cette excroissance sous le chemisier. Elle l’aurait, ce pitre, tellement dans le canevas des gens. Le beauf idéal à la dentition trop reluisante.

Il sortit du plateau sous une musique accrochante. Derrière les rideaux, son regard se figea. Il redevenait lui. Le must. Il la regarda avec un « Impec, non !». Elle lui sourit. Ses mains quittèrent sa poitrine pour saisir les documents. Elle le suivit docilement. Lui, s’admirait, ivre de sa propre splendeur.


La loge. Un verre par autorité commandé, il s’assit. Une première goulée puissante. Le bras tendu, il observait. Ce décor indigne de lui. Elle hésita, lui rappela son programme. D’un revers de main, il l’envoya promener d’un « Je sais. Il faudra virer le présentateur. Quel con ! « . Alors sans l’ombre d’une hésitation, elle se mit à genou, lui décrocha la ceinture, libérant la braguette, pour enfin, d’une main ferme saisir l’intimité de l’homme politique. Sa bouche s’empala. Encore et encore. Le verre tomba. Et quand il termina de jouir, les lèvres encore humides, elle jubilait. Le pouvoir, c’était elle qui le tenait. Et pourtant cette envie de mordre ! Elle sourit en se recoiffant devant le miroir. « A bientôt, Madame le Maire  », murmura-t-elle à son image. Impatiente.
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