Madame Griphaut

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Des exemples de ma futilité sont disponibles sur ce site… Des textes, des bricoles-images, la poésie… Je creuse et je me creuse… J'envoie de mes nouvelles, ici, là, et ailleurs. Les mots  [+]

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Image de Très très courts
Je préfère signaler que j'ai bénéficié d'une aide pour écrire ce qui suit. Des passages figurent en l'état dans un cahier à spirale. Un manuscrit posé sur le bureau de son auteure, Évelyne Griphaut. Sur ce cahier, une feuille. Dessus, les lignes qui suivent.

Mon cher Teff, je vous prie de bien vouloir m'excuser
Afin d'y parvenir je vous demande d'accepter les récits du cahier ci-dessous. Ils sont votre propriété ! Leurs sujets sont susceptibles de vous convenir. Sinon, jetez-les, ou prenez-y ce que bon vous semble.
Permettez-moi cette familiarité, je vous embrasse.
Évelyne Griphaut

Ce billet me jeta dans un tourbillon d'ennuis. Madame Griphaut souffrait d'une maladie indomptable. Par sa disparition, j'oserais dire originale, cette femme m'entraîna dans un océan de tracas.
Huit mois auparavant, je recevais un courrier de cette femme.

Cher monsieur,
J'ai appris que vous travaillez sur une nouvelle qui souhaite explorer les zones noires qui abordent l'ultime confrontation. Par la présente je me permets de vous signaler que ce monde est le mien. Aussi, je vous offre mes services, si vous en avez le désir, bien entendu. Je puis vous apporter des éléments originaux.
Étant de mauvaise constitution, me déplacer devient difficile. Je vous propose, si cela vous convient, soit que nous restions en relation épistolaire, soit d'avoir l'obligeance de venir à mon domicile.
Veuillez, cher monsieur, recevoir mes meilleures salutations.
Évelyne Griphaut

À l'époque où je reçus cette lettre, le plan de cette nouvelle se résumait à une ébauche encore mal cernée. Cette femme connaissait les orientations que j'envisageais d'adopter. De plus, elle prétendait détenir des informations singulières.
Le jour même j'expédiai ma réponse. Courrier après courrier, nous sympathisâmes. Une franche complicité s'instaura. Elle m'expédia quantité de lettres dans la veine de celle reproduite ci-dessous.

Mon cher Teff,
Pour en revenir à l'impact que vous ambitionnez, avez-vous songé à introduire une touche de fantastique ? Les richesses de cette direction imposent de les présenter.
Voyez-vous je considère, avec sérieux, que vous devriez insérer un tel ingrédient dans votre nouvelle.
Si mon propos vous sied, je vous enverrai un texte qui saura vous convaincre.
Je me vois contrainte de vous quitter car l'arrivée imminente de mon kinésithérapeute m'oblige à me préparer pour que la séance me soit la plus profitable.
Au plaisir de vous lire, amicalement vôtre.
Évelyne Griphaut

Cette femme, je voulais la rencontrer !
Impossible de la joindre par téléphone, qu'elle bannissait, pas plus que par Internet, qu'elle prétendait ignorer. Nous fixâmes une rencontre par courrier postal.

Mon cher Teff,
C'est avec une immense joie que je vous recevrai à mon domicile, samedi prochain à 11 heures. La porte de ma maison donne de plain-pied sur la rue. N'hésitez pas, entrez sans frapper, ni sonner. Je serai certainement dans la cuisine. Mes difficultés à me déplacer m'obligent à me comporter d'une manière cavalière, ayez l’indulgence de m'en excuser.
Dans le cas, fort probable, où mes documents vous conviendraient, je vous suggère de vous munir d'une sacoche.
Au plaisir de vous rencontrer sous peu, amicalement vôtre.
Évelyne Griphaut

À l'heure convenue j'entrai chez madame Griphaut. La porte raclait le carrelage.
Pour dominer cette résistance, je dus pousser. Pousser, ferme !
Devant moi un couloir, portes closes. Deux à droite, une sur la gauche. Celle du fond, dans sa partie supérieure, un verre-cathédrale. Pour refermer la porte de la rue, force, conviction et un coup d'épaule durent porter assistance à ma poigne.
À l'autre bout du couloir, de derrière la vitre, une voix aigrelette me parvint.
– Teff c'est bien vous ?
– Oui madame Griphaut.
– Je suis dans la cuisine, la porte face à vous, au fond du couloir. Mes documents sont dans mon bureau, la pièce à votre gauche. Venez me rejoindre s'il vous plaît.
– Entendu, j'arrive.
– Je ne peux bouger. Je vous laisse le soin d'ouvrir. La porte est assez rebelle. Je vous conseille de tirer très fort. Le menuisier devait passer la semaine dernière. Mais vous savez ce que c'est... Je suis une piètre hôtesse.
La fine odeur de petits-fours tièdes contredisait ces paroles.
– Ne vous souciez pas madame Griphaut, je ne me formalise pas pour si peu.
Face à la porte vitrée, je pris la poignée à pleine main. Je l'ai serrée, une conviction énergique parcourait mes muscles. Et j'ai tiré sans hésitation !
Un coup. Sec !
Pang !
À la détonation mon élan se bloqua net.
La poignée infligea un choc cinglant à ma main. Sa vibration résonna jusqu'à mon épaule, dans mon cou. Une fumée à l'odeur acre se répandit.
Dans l’entrebâillement, impossible d'ouvrir plus, je ne distinguais pas grand-chose.
Abasourdi, je me préoccupais du rétablissement de mes sens...
L'espace entre la porte et le mur du couloir ne permettait d'avancer qu'une partie du visage.
Front écrasé sur la porte, la tête coincée par le mur je discernai une ficelle tendue. Elle filait depuis la porte jusqu'à la gâchette d'un fusil arrimé à une table massive, canon dirigé sur la poitrine d'une vieille dame. Couverte de sang. Sur la table, une feuille de papier. J'y accédai, après avoir dévissé un anneau fixé à la porte auquel la ficelle était arrimée.
Sur le papier ce qui suit :

Pour en finir avec la vie, j'ai invité monsieur Teff dit Gégé chez moi, dans l'intention d'en faire mon exécuteur, à son insu. Je l'ai « obligé » à ouvrir la porte qui me permettra d'entrer dans le royaume de Thanatos. Je l'espère.
Évelyne Griphaut

Avant de fuir, je cherche les documents promis par feue madame Griphaut. Dans son bureau des papiers, des notes, un trésor de documentations. Sur le secrétaire, le cahier à spirale. Dessus, le mot qui sollicite mon pardon. Je décide d'emporter le tout. Quand je retourne dans la cuisine, chercher un sac-poubelle ou n'importe quel cabas, je laisse trop de traces pour la police.
Les inspecteurs affirment sans plaisanter que c'est un peu beaucoup pour un homme honnête.
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Pascal Depresle · il y a
Mes voix sans hésitation. Aimerez vous "l'invitation" et "reflets" ? Ou Tropique dans un tout autre genre.
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Leveil · il y a
Un plaisir de vous avoir lu.Mais pourquoi fuit il ???
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Joëlle Brethes · il y a
Consolez-vous, Teff : je vous crois, moi ! ;-)
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Marie-Eve Mespouille · il y a
Très bel imaginaire, on ne s'attend pas à la chute, je suis dans voix. Mais vous avez mes voix...passez donc voir mon voyage de l'anorak...à bientôt !