Ma valise

il y a
3 min
15
lectures
1

Passionnée, depuis l'enfance, de voyages, de lecture et d'écriture, j'essaie de les vivre intensément et il arrive parfois que mes passions se rencontrent. Mes voyages nourrissent mes histoires  [+]

Atterrissage en Corse après bien des péripéties. Problèmes techniques, problème de passager manquant... Bref nous avons trois heures de retard. Je suis tellement excitée à l’idée de débarquer chez ma tante, la jeune sœur de ma mère, alors que nous ne nous sommes pas vues depuis dix ans (histoire de famille comme chacun s’en doute). Je lui ai demandé si elle acceptait de me recevoir pour trois jours car je savais que ma mère, sa grande sœur donc, lui rendait visite. A ma grande joie, elle a accepté de m’accueillir sans hésiter.
Mais voilà qu’à peine débarquée, je constate, désemparée, que ma valise reste introuvable sur le tapis roulant. Au bout d’une demi-heure à m’user la cornée sur ce satané tapis noir qui avance d’une lenteur diabolique, je me rends au service « Litige bagages » où on m’annonce que ma valise est toujours à Paris mais qu’elle arrivera par le vol de neuf heures demain matin. Chacune sa vie ! Deux possibilités s’offrent à moi : venir la récupérer à l’aéroport ou me la faire livrer. J’hésite : ma tante habite à une heure d’ici, ce qui nous fait deux heures aller-retour mais si je la fais livrer, le nom sur la boîte aux lettres ne sera pas le même que le mien et je crains une erreur. Je vais donc rejoindre ma tante, embrassades avec les larmes qui mouillent les épaules, qui me suggère la livraison. D’accord. Je précise bien au service le changement de nom : pas de problème, je recevrai ma valise demain en fin de matinée. Nous voilà donc parties pour une heure de route, l’estomac aux abois car à jeun depuis le matin, à quelques grignotages près. Le repas est agréable, nous rions, tout à la joie de nos retrouvailles. Je goûte au kir-pêche pour la première fois. Mon vœu : retrouver ma valise au plus vite !
Le lendemain matin, nous décidons de ne pas attendre le bagage à la maison (le livreur doit d’abord m’appeler) et d’aller profiter de cette belle journée ensoleillée, pas trop loin quand même, histoire de rester réactives en cas de coup de fil. J’enfile ma tenue fétiche (la même que la veille !), ma mère me prête un maillot de bain trop grand pour moi, j’enfile mes belles baskets qui auraient méritées d’être troquées contre des sandalettes et nous voilà en route pour les vraies vacances : déjeuner léger à la terrasse ombragée de la place de l’église avant la plage surpeuplée, je nage dans l’eau turquoise comme dans mon maillot, le bonheur ! A un détail près, deux en fait : je n’ai toujours pas de nouvelle de ma valise, mes règles décident de cet instant délicieux pour débarquer. Alors que nous nous dépêchons de rentrer, mon téléphone chute d’à peine quelques centimètres qui suffisent à massacrer mon écran. Mais je peux encore téléphoner à condition de garder l’appareil à bonne distance de mon oreille. J’appelle le service « Litige bagages » qui m’annonce que le vol a été annulé, mon bagage n’arrivera que ce soir et je ne serai livrée que demain matin. Pas grave, j’adore ma salopette plus trop nette et mes baskets qui fouettent. Chouette, je vais en profiter jusqu’à usure complète ! Le soir même, je lave quand même mes sous-vêtements, histoire de ne pas devenir gênante, voire indésirable pour mon entourage et me voilà repartie pour une agréable soirée en famille. Comme je dois passer le deuxième jour chez mon grand-père, ma tante se propose d’attendre mon bagage. J’adore mon grand-père mais nos conversations sont parfois difficiles:
« - Comment ça va ma petite Anna ?, me questionne-t-il de sa voix chevrotante.
- Non, Papi, moi c’est Léa. Bof, j’ai pas ma valise...
- Ah ! Tu pars à Bali. C’est merveilleux !
- Non, Papi, j’attends mon bagage.
- Ben oui, t’attends ton voyage à Bali, j’avais compris. »
Bref, je comprends moi aussi que mon joli bagage plein d’affaires propres et utiles n’est toujours pas là en milieu d’après-midi mais en plus je refais tomber mon portable qui explose et rend l’âme définitivement. Je ne renonce pas, j’emprunte le téléphone de ma mère et j’ose harceler le service litige : ne peut-on pas joindre le livreur ? Non ! Alors que l’on m’explique comment survivre sans sa valise en vacances !!! Ma tante m’offre une nouvelle robe pour une soirée en bord de mer, la lune brille d’un orange merveilleux et grâce à mon ventre douloureux qui me fait garder les pieds sur terre je danse toute la nuit. A l’aube du troisième jour, j’enrage, mes pieds s’échauffent à l’idée d’être encore enfermés par trente degrés mais je prends quand même soin de bien manger, on supporte mieux les aléas le ventre plein. Ma tante est sortie faire le plein, elle aussi, mais de sa voiture (on roule mieux la jauge bien remplie) avant de m’accompagner à l’aéroport pendant que j’apprends que mon bagage est en cours de livraison. Soulagement. Ma tante revient, nous discutons de nos mille souvenirs communs, j’oublie mes petits tracas. Puis il est temps de partir (sans mon bagage) et là nous trouvons, coincé dans l’interphone, un avis de passage ! J’ai envie de hurler mais je ne pleure même pas. Le livreur reste injoignable. Il n’a pas appelé avant de passer et le nom sur l’avis n’a pas été changé : formidable ! Arrivée à l’aéroport, j’apprends que ma valise visite la Corse et accompagne ses camarades de route vers leurs propriétaires faute de m’avoir retrouvée. Tant mieux, elle passe plus de bon temps que moi ! Mais moi, j’ai retrouvé ma tante chérie et ça, ça n’a pas de prix, n’est-ce pas ? Et là nous entendons une annonce micro : « Nous vous rappelons qu’un seul bagage cabine est accepté par voyageur. » Allez dire ça à quelqu’un qui n’en a pas ! Mais je repars malgré tout la tête chargée de sacrés souvenirs
1

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,