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ma première colo!

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Birchen

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L'autobus s'élève dans les premiers lacets de la montagne qui se dresse devant nous. Je suis ébloui par les rayons du soleil qui pointent à l'horizon. Je m'éveille et me frotte les yeux pour être sûr de ne pas rêver. Je me pince même. A mes côtés, un enfant dort encore, les autres sommeillent aussi. Je profite de ces premiers instants dans ce décor inconnu. Une rivière serpente dans la vallée ; elle rapetisse peu à peu au fur et à mesure qu'on monte. Au loin, je vois des grandes tâches blanches qui recouvrent le sommet des montagnes :
Ce sont les neiges éternelles, m'indique, Franck, le moniteur de la colonie de vacances .
Je n'ai jamais vu cela, Monsieur! lui dis-je
Ici,en Isère, à plus de trois mille mètres les neiges restent toute l'année, tu verras, on ira dormir dans un refuge une nuit.
Je n'ai jamais fait cela !
Cette idée me réjouit. Je suis anxieux à l'idée de rester trois semaines avec des enfants que je ne connais pas et loin de mes parents.
Nous arrivons à bon port à 11h. Une dizaine de tentes bleues parsèment le site. Une belle demeure trône au milieu du parc. En short beige et chemise assortie, le directeur accueille les colons:
- Vous êtes dans un site magnifique, protégé par l'homme depuis des générations, vous devez prendre soin de cet environnement millénaire qui nous survivra...
Je comprends la moitié des mots. Je rejoins ma  « tribu » des Aiglons. Franck est notre moniteur. Il attribue à chacun de nous une place sous la tente. Première tâche : faire le lit et ranger nos affaires- un cérémonial quasi militaire. Puis « quartier libre » avant le déjeuner. Nous explorons timidement les alentours de la colonie de vacances. Nous rejoignons le ruisseau en contre-bas et capturons nos premières écrevisses, voyons sauter quelques poissons. L'eau est claire, pure ; nous n'osons pas encore nous aventurer jusqu'à la cascade qui déverse l'eau à une vitesse incroyable. Je commence à m'animer tant mon sentiment de liberté me comble.
Je découvre le paysage et suis subjugué par la nature luxuriante, du haut de mes onze ans.
Dès le lendemain, les Aiglons et les Chamois partent faire une marche. Les premiers chants retentissent au fond de cette vallée « un kilomètre à pied, ça use, ça use, un kilomètre à pied, ça use les souliers... » Je me prends au jeu et suis heureux de commencer l' ascension d'un sommet. Je sens les odeurs de sapins, de mélèzes. Nous cueillons des myrtilles. Un chamois, au détour d'un bosquet nous regarde; quand je lève les yeux, des rapaces tournoient au dessus de nos têtes :
Une brebis a dû être tuée cette nuit par eux ; ils attendent le moment propice pour se jeter sur leur proie , nous rapporte Franck.
Pas croyable, et on ne craint rien ?
Non, tant qu'il ne se sentent pas menacés, ils n'attaquent pas les hommes. Ca arrive qu'ils nous confondent avec une proie, alors là ils peuvent piquer sur nous. Cela m'est arrivé une fois quand je faisais mon jogging.
Ca fait froid dans le dos.
Je suis époustouflé par le paysage grandiose, j'en oublie mes appréhensions. Je suis curieux de tout, je demande le nom des plantes, des arbres, des oiseaux, des animaux que parfois nous croisons furtivement. Un paradis sur terre ce département de l'Isère.
Le soir, je m'endors en rêvant à cette carte postale réelle. J'oublie mon angoisse du premier jour et j'attends la première rencontre avec les neiges éternelles. C'est pour demain, je frétille de plaisir ;mes chaussures de rando sont au pied de mon lit ; les gants, le bonnet, le K.way sont regroupés sur la chaise. Excité par cette expédition future, je ne ferme pas l'oeil de la nuit !
Le lendemain matin, je suis le premier levé.
L'ascension est dure, nous marchons au ralenti, les chemins se couvrent peu à peu de pierres. On laisse la forêt derrière nous. Nos pieds glissent sur les cailloux. Le soleil tape dur. La pause de midi est salutaire ; je m'écroule sur le dos quelques instants. Franck nous remonte le moral :
- Nous avons fait les trois-quarts du chemin, nous serons là-haut au refuge vers 17h.
Après quelques heures d'effort, nos corps fatigués se roulent gaiement dans ce décor blanc ; nous sommes enfin arrivés à bon port ; les premières batailles de neige peuvent commencer près de ce refuge en bois.
Le soir, à table, on n'entend pas une mouche voler, la soupe chaude nous réconforte et nous ne boudons pas la succulente omelette aux herbes, puis la tarte tatin ! Après cela, tout le monde s'écroule sur les lits du dortoir, repus de fatigue. Quelle belle journée, la plus aboutie de ma courte vie !

Arrivé à l'âge adulte et après avoir passé mon diplôme de guide de haute montagne, je n'ai plus quitté ce paradis blanc. Je garde en mémoire mon premier rendez-vous avec les Alpes et le département de l'Isère. Je l'ai vénéré dès le premier jour. Toute ma vie, je l'ai arpenté de long en large. Je connais tous les refuges, tous les G.R, tous les chemins, tous les villages... A contre coeur, je cesse désormais le métier de guide de haute montagne car mon corps ne peut plus suivre !Je suis satisfait d'avoir fait partager ma passion à ma famille, à mes amis, à mes clients- si nombreux !
Mon amour pour ce paradis terrestre ne m'a jamais abandonné et avant de quitter cette terre - le plus tard possible j'espère-, je veux vous faire partager, cher lecteur, ma passion et mon amour de la montagne.
A votre tour, vous prendrez la relève pour conserver en l'état ces merveilles ! Je vous souhaite comme moi, d'y vivre aussi longtemps et d'y être aussi heureux. Moi, j'y resterai toujours car mes cendres seront dispersées près du refuge où j'ai passé, à onze ans, ma première nuit à trois mille mètres d'altitude.

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Kathsun · il y a
Invitation à un retour dans le temps, celui notamment de la distance par rapport à son foyer... des premières sensations, émotions, aventures, individuelles... l'occasion de générer des souvenirs et de les partager... merci.
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Birchen · il y a
Oui, c'est vrai, bonne analyse... a bientôt de vous lire!
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Kiki · il y a
ah les bons souvenirs des colonies de vacances....joli texte agréable à lire. Bravo.
Je vous invite à aller lire le poème en finale sur les cuves de Sassenage. Si vous venez je vous guiderai dans les entrailles de cette terre sacrée et de cette cavité magique et enchanteresse. Merci d'avance

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