Ma plume en épitaphe

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Je soussigné M. J***, déclare sur l'honneur que ceci est mon testament.
Chers frères et sœurs, chers enfants, chers neveux, chers nièces, chers amis,
C'est avec beaucoup d'appréhension et de tristesse que je vous écris ces lignes. J'ai pris sur moi de
rédiger ce testament dans la perspective d'assurer à la fois votre futur et celui de mes possessions. Je
ne sais que trop combien les possessions matérielles sont des choses futiles mais il est des choses
dont on ne peut aisément se séparer, car elles racontent une histoire et il est de votre devoir que
cette histoire ne s'achève pas. Naguère, un personnage de fiction que j'affectionne particulièrement a
dit « Les grandes histoires ne finissent jamais. Chacun de nous doit aller et venir dans le récit. », et
j'aime à croire que vous continuerez à prolonger la mémoire de ces objets et les leçons de vie qu'ils
m'ont inculqué.
Tout d'abord, à mes enfants, je lègue l'ensemble des ouvrages qui composent ma bibliothèque à la
condition seule qu'ils ne s'en débarrassent sous aucun prétexte. Les paroles s'envolent, mais les
écrits restent dit-on. On dit aussi que les livres sont un Savoir, et que le Savoir c'est le vrai Pouvoir.
Ces histoires sont sans doute ce que je possède de plus précieux, à l'exception de vous tous. Prenez
en soin !
A ma chère et tendre, je n'ai rien de mieux à te léguer que ce que tu possèdes déjà : mon coeur. Je
sais, cela sonne presque comme une formule archétypale voire comme une hérésie. A ton tour,
prends soin des enfants.
Je désigne mon frère et ma sœur comme héritiers des plus grandes inspirations de ma vie : ma
ludothèque et ma collection de films oscarisés. Cela peut paraître dérisoire mais au même titre que
mes livres, ils ont une grande signification à la fois morale et sentimentale.
A mes petits enfants, si tant est que j'en aie, je leur lègue ma collection de jouets qui m'ont
accompagné et ont abreuvés mon imagination pendant de nombreuses années.
A mes amis proches, je vous offre ma plume et ma théière. Aussi dérisoire qu'ils puissent être, tout
deux m'ont apporté réconfort dans les moments les plus obscures de mon existence. D'autant que le
thé est au « lettreux » ce que le nectar est pour les dieux.Et ma fortune ? L'argent est le cancer de ce monde. Je ne puis le léguer qu'à des œuvres
humanitaires car je ne supporterai pas de voir les miens se déchirer pour une bête poignée de
chiffres inscrits sur un papier de faïence. « L'argent ne fait pas le bonheur, mais je préfère rouler en
Ferrari », que grand bien fasse à l'abruti des familles qui usera de cette rhétorique pour contester
mes vœux. En ce cas, nulle ne serait digne de recevoir mes possessions. Un enseignant de faculté a
dit un jour : « Lorsqu'un ancien meurt, c'est une bibliothèque qui brûle ».
Il n'est rien de plus vrai et en même temps rien de plus faux car ma bibliothèque est à présent la
vôtre, mes armes, mes connaissances et ma culture sont à présent les vôtre. J'espère qu'ils nourriront
et éclaireront vos esprits aussi bien qu'ils l'ont fait pour moi.
A présent, laissez-moi dormir. Je suis fatigué. La vie est courte mais la mort est longue. Veillez à
laisser tourner ma playlist avant de sortir.
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