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Ma page nocturne

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Marie Vincent

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191

FINALISTE
Sélection Public

Quand les nuits d’insomnies me transforment en poète, sur ma page nocturne c’est un vrai tintamarre.
Les lettres entrent en fanfare sur la feuille ébahie et les mots se
bousculent pour être aux premières loges. Ils veulent se faire
entendre, se jettent sur les lignes, et leurs assauts, parfois, font
se froisser ma page. Les voilà remplacés par un beau synonyme ; ils volent en éclat ou crient à l’injustice ! L’alexandrin, grisé,
cherche à prendre son pied. Il tente de séduire deux charmants
hémistiches attendant sagement que vienne la césure. Une clameur
s’élève, le genre est trop classique ! Mais tant pis pour les autres,
c’est lui que j’ai choisi. Le haïku sans un mot, se fait harakiri, le
slam tape du pied, le sonnet s’évanouit, et la fable s’écrie : « Il
n’y a plus de morale ! ». Quant aux rondeaux and Co, ils me quittent
en dansant une gigue endiablée.
Je crois à l’accalmie, mais débarquent les syllabes, jouant du
tambourin. Impatientes, elles trépignent. Elles battent la mesure,
accélèrent le rythme. Commence alors pour moi le décompte éprouvant.
Combien vais-je en trouver dans ce Pandémonium ? Diérèses et synérèses organisent un débat. Un débat qui très vite se change en pugilat. Je ne suis pas très bon dans mon rôle d’arbitre, dans mon pauvre cerveau,
c’est un vrai brouhaha. Comme dans un moulin n’offrant aucune porte, les mots entrent et sortent, et font un beau vacarme. Sous mes yeux étonnés, quelques rimes se croisent, parfois sans un regard, pendant que sans pudeur d’autres vont s’embrasser.
Puis c’est au tour des strophes de donner de la voix, elles me
trouvent hésitant. En quatrains ou quintils vais-je les déguiser ?
Courbée sur mon bureau, la main toute engourdie, j’assiste impuissant à la révolution. Je manque de flancher, je veux abandonner. Le bruit assourdissant de mon incompétence finit par émousser ma confiance fragile.
Je remarque alors dans un coin de la feuille, un e qui, resté muet,
s’est tenu à l’écart. Il ne supporte plus tout ce tohubohu. Les mains
sur les oreilles, il me supplie d’arrêter le carnage. « Sur ta page
nocturne, c’est un champ de bataille, tes vers sont anarchiques, tu
dois remettre au pas tous tes alexandrins ! »
Alors, au désespoir, je pousse un cri de rage. Je me mets à brailler, à gueuler, à hurler. De ma gorge surgissent de très vilains gros mots qui sans ménagement chassent les malotrus.
Enfin !
Plus aucun bruit !
Mais on frappe à ma porte...
Un flic est devant moi.
Quelqu’un m’a dénoncé pour tapage nocturne !

PRIX

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Zeina Mangin Salibi · il y a
Un peu tard pour voter ! Ça m'empêche pas d'apprécier !
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Florence Duquesne · il y a
Flaubert dans son gueuloir devait souvent recevoir la visite de la police :)) Il ne cherchait pas à faire taire les mots mais il gueulait quand même. C'est pareil mais c'est pas la même chose ! et ça m'a donné envie d'essayer la technique. Mon vote pour cette dompteuse de mots que je vais surement imiter.
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Issouf Sankara · il y a
Très captivant. Mon vote
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MarieP · il y a
Très original.
J'aime beaucoup.

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Lange Rostre · il y a
Vos mots ne sont pas seulement bruyants, ils sont aussi brillants. J'aime.
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Fleur de Tregor · il y a
Dommage d'arriver si tard pour voter pour la Compèt'. Donc, aujourd'hui J'aime !
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Emma · il y a
Pas trop suivi le concours, mais ça n'empêche pas d'aimer après ! J'ai apprécié le rythme.
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André Page · il y a
Bravo Mapie, mes votes juste à temps.
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Coco47JL · il y a
Bel exercice de style agréable à lire...Merci
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Philippe Larue · il y a
Agréable à lire, voté
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