Ma conscrite, mon héroïne

il y a
4 min
48
lectures
28
Qualifié
Image de 2020
Image de Très très courts
Par un dimanche de Novembre, je me revois encore là face à Géraldine qui vient d’arriver à la salle des fêtes. Comme toutes les années, nous nous retrouvons avec toute l’équipe pour organiser une manifestation au profit de l’école de nos enfants.

Géraldine qu’on appelait Gégé, est une femme blonde, toujours de bonne humeur, les cheveux courts. Elle avait eu les cheveux longs auparavant mais la vie ne l’avait pas épargnée : peu après la naissance de sa fille, les médecins lui ont détecté un cancer du sein et la spirale infernale de la chimiothérapie, des vomissements, de la fatigue ont rythmé sa première année de maman. Mais Gégé avait battu cette vilaine maladie et elle a pu voir grandir sa fille malgré une rechute quelques années plus tard. Gégé, c’était notre modèle, notre rayon de soleil, la force, le pied de nez à cette maudite maladie.

Le jour de la manifestation, sa fille avait 10 ans.

On aimait se retrouver à toutes les manifestations entre mamans : les fous rires fusaient, la bonne humeur était de mise mais la bourse aux jouets tombait toujours pour notre anniversaire avec Gégé et ce matin-là, elle avait emmené à ma grande surprise, 2 roses : une pour elle, une pour moi, pour notre anniversaire qu’elle voulait fêter même si on aidait derrière la buvette de la Bourse aux jouets. Elle savait faire plaisir par une petite attention, c’était une femme, une maman et une amie formidable. C’était le 9 Novembre 2008, elle avait 35 ans ce jour-là et moi 34.

Comme d’habitude, notre matinée fut pleine de rires, de temps d’échanges, de moments de rush où tout le monde était à son poste pour que la journée se déroule au mieux puis peu après 13h, le calme revint et c’était le moment de ranger un peu.
J’ai alors décidé de faire la vaisselle et Gégé a pris le torchon pour l’essuyer. On discutait tout en travaillant et, d’un coup, elle m’a regardé d’un air sérieux et j’ai compris à son visage fermé qu’elle allait m’annoncer quelque chose de grave.
Géraldine sereinement me lança de manière très directe : « tu sais, j’ai des métastases au cerveau, je pense que je n’en ai plus pour longtemps....». Le ton de sa voix était posé, calme et cette sérénité était déconcertante. Elle m’annonçait sa probable mort sur le même ton qu’elle m’aurait demandé où était le torchon. J’étais sous le choc. Je l’ai regardé, j’ai eu envie de la serrer très fort dans mes bras pour la rassurer, lui dire que ça allait bien se passer mais ce n’est pas la réaction qu’elle attendait de moi. J’ai du caractère et je pense aujourd’hui, qu’elle avait besoin de le dire à une personne qui n’allait pas s’effondrer et pourtant j’ai pris une claque de plein fouet et j’ai retenu mes larmes comme j’ai pu.
Elle avait juste besoin de l’exprimer mais dans ses yeux, elle y croyait encore, elle voulait voir grandir sa fille, rester auprès de son mari encore longtemps, elle voulait vivre !
J’ai malgré tout réussi à lui dire qu’on était là pour elle, pour sa fille mais ça elle le savait bien. C’est étrange comme les mots nous échappent dans ces moments-là, rien ne pouvait sortir de ma bouche, je suis devenue mutique alors que je suis plutôt volubile habituellement. Cette foutue maladie nous entraîne avec elle-même lorsque nous n’en sommes pas atteints...
Je me suis sentie, désemparée, bête face à ce maudit cancer. Comment c’était possible d’être si jeune, si formidable, si forte et de voir cette atroce maladie la frapper de nouveau !
J’avais beaucoup de peine mais j’étais surtout en colère, je ne comprenais pas du moins c’était trop dur pour moi ce jour-là de comprendre qu’elle allait nous quitter, j’avais moi aussi envie d’y croire, de penser que la médecine pourrait trouver des solutions !

J’avais mal pour elle, mal pour son entourage et pourtant je me devais de combattre à ses côtés pour lui rendre la vie plus facile. Je m’en voulais d’être dans cet état alors qu’elle semblait si calme, si confiante. Oui confiante car quelques instants après elle avait repris le cours de la vie avec sa bonne humeur, son humour...C’était juste incroyable !

Ce dimanche, je suis rentrée chez moi changée, je trouvais ça tellement injuste, j’étais en colère mais en même temps, je voyais encore Géraldine très calme en m’annonçant la mauvaise nouvelle, elle avait envie d’en profiter et elle avait raison ! J’ai alors serré mes 3 enfants dans mes bras, je leur ai dit que je les aimais très fort, j’avais besoin de leur dire, je voulais qu’ils le sachent car la vie peut être cruelle et mettre ainsi la mort sur notre chemin.
Mon mari était là et avait l’impression d’être dans un monde parallèle. Je n’avais pas pour habitude d’être expansive et là je ne cessais de leur dire je t’aime et leur faire des câlins, c’était étrange mais j’en avais besoin...

Géraldine a continué à vivre du mieux qu’elle pouvait, avec un courage extraordinaire. Je ne sais pas comment ces gens atteints de cette maladie font pour garder autant de foi en la vie alors que d’autres s’effondreraient pour moins que ça...
J’ai admiré chaque jour son courage, son sourire, sa bienveillance et ses attentions quotidiennes. C’était une copine mais elle est devenue bien plus que ça à mes yeux : une réelle héroïne, celle dont on envie la force de caractère, le courage, la volonté de se battre.
Elle ne se laissait pas aller, elle continuait à voir l’esthéticienne, se faisait les ongles, tout ce qui pouvait paraitre superficiel pour certains mais qui raccroche à la vie. Elle n’avait plus ses cheveux mais elle avait une jolie perruque blonde...elle était belle, belle parce qu’elle se battait comme elle pouvait mais de toutes ses forces, comme si celles-ci s’étaient décuplées avec la maladie.
Puis son état s’est dégradé, elle ne pouvait plus rien faire, elle avait 38 ans mais elle était emprisonnée par cette enveloppe corporelle, ce n’était plus elle, c’était juste le reflet de son ombre. Nous étions en train de la perdre, sa fille avait 13 ans, c’était dur. Les émotions se s’entremêlaient, la tristesse se conjuguait avec la rage, l’admiration avec la peur, tous ces sentiments s’entrechoquaient pour crier à l’injustice ! Enfin, la raison reprend le dessus et l’évidence apparait tout comme la résignation : elle ne peut pas vivre dans cet état ni pour elle ni pour son entourage qui se trouve impuissant.

Gégé est partie au début du mois de février 2012 et elle restera à jamais dans le cœur de tous, c’était un modèle, mon héroïne !
28

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,