Lumière

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Le monde, petit frère, il est d'une noirceur terrifiante. Des ombres partout, des fantômes d'êtres humains qui font semblant de mener des fantômes de vies, abrutis par le quotidien, le métro, l'égoïsme, les batailles de rien. Guidés par cette graine de méchanceté qu'on a tous en nous et qu'ils ont laissée germer, souvent à leur insu, les hommes avancent à des rythmes différents, sur des chemins différents, qui mènent tous à la mort. C'est pas une fin en soi, la mort, petit frère. Juste une étape, un passage obligé vers lequel on converge tous avant de s’éparpiller à nouveau dans tous les sens. Ceci dit, on reste rarement soi après la mort alors, quand on commence à s'attacher à cette âme qu'on se trimballe depuis la conscience, autant se perfectionner dans la chasse à l'étincelle.
Comment ça, « c'est quoi, la chasse à l'étincelle ? » ?
Mais tu m'écoutes un peu, quand je te parle ?
Bon.
Le monde, il est tout noir, tu vois ? Mais à l'intérieur des gens, de toi, de moi, de tout le monde, comme la graine de méchanceté, il y a aussi une graine de lumière. Qui germe ou s'atrophie, selon les gens, selon ce que la vie nous fait, comment elle nous traverse, comment on la traverse. Mais toujours est-il qu'on est tous des porteurs de lumière, et que parfois on crache des étincelles. Parce que c'est qu'on en est capables, tu sais. Dans un sourire, dans un soupir, on en trouve tout le temps ! Dans la musique, aussi. Dans la musique, ça fourmille d'étincelles. Un bon morceau, ça fait un peu comme les cierges magiques sur les gâteaux d'anniversaire, une vraie fontaine de lumière crépitante qui s'allume dans la tête et dans le cœur. Ceux qui savent créer la musique, ils font partie des porteurs de lumière ultimes. Comme tous ceux qui savent créer tout court, du reste. Ils font jaillir la beauté, l'émotion, la douceur ou l'exaltation du néant.
Plus souvent qu'on ne le pense c'est dans la vie autour de nous que les étincelles jaillissent d'elles-mêmes, mais étrangement c'est plus difficile de les attraper, parce qu'on fait pas assez attention. Genre dans un rayon de soleil qui perce une pluie d'été. Dans l'éclosion d'une pivoine. Dans une cascade, un fruit mûr, un oiseau, là, tout près. Tu l'entends, l'oiseau, petit frère ? Son pépiement ? Tu sens le sucré doux et suave de cette poire sur ta langue ? Le parfum tendre de la fleur pâle et veloutée ?
Des étincelles, tout ça ! Des éclats de lumière, et ils sont tous pour toi. Pour moi. Et il faut prendre très vite ton épuisette à pleines mains et les attraper quand tu les vois. C'est tout un art. Faut être rapide, mais délicat.
Parce qu'une étincelle c'est fragile, et ça dure pas longtemps. Faut pas merder, petit frère, dans le noir où on vit faut être vigilant, garder les yeux ouverts tout le temps, être attentif et attraper toutes les étincelles que tu peux tenir dans tes bras et dans ton épuisette.
Oui, c'est crevant. Ça pique les yeux et ça fatigue le corps, à force, aussi. Pourtant c'est comme ça qu'on fonctionne. On a le cœur comme un moteur à injection d'étincelles. La lumière en nous faut la faire grandir, la soigner, sinon on tient pas et on succombe. On devient gris. C'est nul.
Les gens me disent optimiste. Tu sais, c'est quand ils se moquent en disant que je vis dans un monde tout rose, que je suis pas réaliste. Mais ils se plantent. Je ne sais que trop bien l'obscurité dans laquelle on évolue. J'ai juste appris à chasser les étincelles et maintenant, il est temps que tu apprennes, toi aussi. T'as le bout du nez tout gris.
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