Lumière !

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Bienvenue dans mon espace de lecture publique! La trentaine et maman, j'ai décidé d'essayer de faire lire les histoires ou les brèves que je n'écrivait que pour moi. J'écris pour me détendre  [+]

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L'actrice principale trouvait que les tons jaunes la vieillissaient. L'acteur principal se plaignait que l'ombre des branches le dissimulait. Quant au metteur en scène, il trouvait que l'ensemble, lumière et décor, n'était tout simplement pas à la hauteur.

— Ce premier baiser, au lever du jour, doit être beaucoup plus romantique ! Xavier, Clémentine, arrangez-moi ça !

Clémentine regarda l'équipe sortir de la salle pour déjeuner, se tourna vers son décor et poussa un gros soupir exaspéré. Pas assez romantique... Que pouvait-il y avoir de plus romantique et attendu qu'un champ de pommier en fleurs posé sur un tapis de verdure parsemé de marguerites ?

— Moi je pense que tes branches sont trop chargées.

Clémentine ferma les yeux et tenta de se calmer. Même si elle avait fait des pieds et des mains pour observer son charmant collègue à la dérobée, aujourd'hui, sa présence la mettait au supplice.

— Xavier...
— Clémentine...
— Moi je pense que c'est la lumière qui génère trop d'ombre, pas les branches elles-mêmes.
— Ma lumière est très bien. C'est ton décor qui la prend mal.
— Je n'ai jamais vu d'aube aussi jaune. Ça fait coucher de soleil au bord de plage.
— Je n'ai jamais vu de pommiers aussi fleuris. Ça fait neige en plein été.

Les deux techniciens s'affrontèrent du regard de longues secondes, puis Clémentine vit les yeux de son collègue glisser subrepticement de son visage vers son corps, s'arrêter au niveau de sa poitrine et dévier vers la branche qui les surplombait. Le tout avait duré une fraction de seconde, mais il n'avait pu s'en empêcher. Malgré elle, ses lèvres s'étirèrent en un petit sourire de victoire.

— De toute façon, c'est la troisième fois ce mois-ci qu'on nous demande de tout changer. Parfois je me dis que si les scènes ne font pas assez romantiques c'est plus à cause des acteurs que du décor, déclara-t-il doucement en se concentrant sur les fleurs de la branche qui les surplombait.
— Il est vrai que quand les scènes de baiser arrivent, j'ai plus envie de détourner le regard que de m'émouvoir. Et la lumière n'y est pour rien, renchérit-elle en baissant les yeux vers ses pieds.
— J'ai rarement vu des baisers aussi goulus et baveux...
— Yerk ! déclarèrent-ils ensemble avant d'éclater de rire.
— Ton rire m'a manqué, petit agrume, lui dit-il en lui lançant un regard qu'elle reçut comme une caresse.
— Ah bon ? Pourtant je pensais que tu préférais celui de notre jolie costumière.

Son ton avait été plus sec qu'elle ne l'aurait voulu, mais cette fille s'était interposée alors qu'ils commençaient à peine à se rapprocher. Et ça lui était resté en travers de la gorge.

— Quoi ? Tu parles de Calice ? Figure-toi que quelqu'un lui a laissé entendre que notre beau et jeune premier avait des vues sur elle. Depuis, ses gloussements et ses décolletés sont exclusivement consacrés à notre star. Tu n'aurais pas une idée sur l'identité de la personne qui lui aurait mis ça dans la tête, par hasard ?
— Mmmh... Non... mais il faut croire que les paillettes et les sourires éclatants ont plus d'effet sur elle qu'un régisseur dans l'ombre.
— Aïe ! Si ce n'est pas toi, je n'aurais peut-être pas dû dire à ce charmant figurant que tu étais la mère de trois beaux enfants.
— Quoi ! T'as osé faire ça ? C'est pour ça qu'il me fuyait ! Ça c'est vache de ta part. Moi je n'ai fait qu'attirer l'attention sur quelque chose qui était vrai !
— Ah, ah ! Donc tu reconnais avoir manigancé contre moi ! Dans ce cas, on est quitte. 
— OK, OK. Et qu'est-ce qu'on fait pour la scène du premier baiser au lever du jour ?

Ils descendirent de la scène et prirent du recul pour mieux observer l'ensemble. L'aube et ses dégradés d'or et d'ocre éclatants, le champ bucolique à souhait...

— Pff ! Je ne sais pas. Mais si je dois me montrer honnête, tu as raison. Il y a trop de jaune. Le jour peut se lever avec plus de douceur.
— Et toi, tu n'as pas tort. Même si on ne m'a pas demandé de faire dans la nuance, mes branches sont trop chargées. Je vais enlever quelques fleurs.

Ils se mirent au travail, chacun de leur côté. Quelques minutes plus tard, ils se retrouvèrent face à la scène pour évaluer le résultat.

— Alors ? demanda Clémentine.
— Alors, ce sera au metteur en scène de valider. Mais je pense qu'il y a un moyen de vérifier si notre travail peut donner quelque chose. Allez, viens, suis-moi.

Intriguée, Clémentine se laissa entraîner sur la scène.

— Bon, alors, ça marche ?
— Quoi ?
— Est-ce que te retrouver à l'ombre d'un pommier au lever du jour te donne envie de partager un premier baiser... avec moi ?

Clémentine cilla avant d'éclater de rire. C'était donc ça le test !

— Mais l'ensemble est pour le public, pas pour les acteurs !
— Peut-être, mais ça doit les inspirer aussi. Alors ?
— Alors... commença Clémentine en se mordillant la lèvre et en croisant son regard. Alors... continua-t-elle en s'approchant un peu plus de lui. Alors... murmura-t-elle à deux centimètres de ses lèvres, je pense qu'il y a trop de lumière.

Quand l'équipe revint dans la salle après le déjeuner, tout était plongé dans le noir. On n'y voyait goutte. Quelqu'un trouva l'interrupteur pour la salle. Un autre eut accès à la cabine du régisseur et tout le monde s'extasia sur les changements qui avaient rendu ce décor de pommiers en fleurs à l'aube, à la fois plus spectaculaire et plus doux. Mais ce furent les cris outragés des acteurs de retour sur scène, les exclamations paniquées et la fuite désordonnée de deux amants échevelés qui provoqua les applaudissements et les hourras.

Chaque fois qu'elle se remémorait ce moment, les yeux posés sur son Xavier, son artiste de mari dont le talent pour l'éclairage relevait parfois de la magie, Clémentine avait un grand sourire et se disait qu'elle avait eu raison. Pour une première fois, il y avait vraiment eu beaucoup trop de lumière.

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