L'ultime frontière

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Fan de musique, de cinéma, militant culturel dans deux associations (Concert Chez Moi qui organise des concerts en appartement et Télé Chez Moi, web-TV niçoise indépendante), j'écris aussi de la  [+]

Et elle se réveilla. C'était juste un cauchemar.
Elle avait chaud et soif. Sa bouche semblait être tapissée de papier abrasif.
Le camion évoluait sur une piste pleine de cailloux et de nids de poules. La conduite était nerveuse et rapide. Ils étaient une vingtaine, allongés sous une bâche de couleur kaki. Elle se heurtait contre les autres réfugiés, certains qu'elle n'avait jamais vus, d'autres qu'elle avait peut-être croisés, un jour de marché, dans une rue de la grande ville...

Et elle se réveilla. C'était juste un cauchemar.
Elle avait froid et faim. Sa bouche semblait être entièrement couverte de sel. La mer était agitée. Le moteur diesel toussotait. Ils étaient une cinquantaine, serrés les uns contre les autres, petits objets fragiles au regard vide, plein d'incompréhension.

Et elle se réveilla. C'était juste un cauchemar.
Elle était appuyée contre un pan de mur absurde au milieu de ce désert immense. Le groupe s'était arrêté quelques minutes, le temps pour certains nouveaux de payer le passeur. Ils n'étaient plus qu'une dizaine d'êtres humains, les autres s'étant effondrés à cause de la chaleur, de l'épuisement ou des balles des rebelles qui avaient sifflées un moment.

Et elle se réveilla. C'était juste un cauchemar.
Elle était dans une pièce sans fenêtre, une cave sans doute, vu la fraîcheur du lieu. Autour d'elle, une quinzaine de jeune femmes, perdues, comme elle. Elle avait tellement mal à l'entrejambe, elle saignait même un peu, mais c'était le prix à payer pour survivre, alors elle avait pensé à son village, à sa mère, à ses frères et sœurs, tandis que les trafiquants étaient en elle.

Et elle se réveilla. C'était juste un cauchemar.
Elle était allongée sur un lit. Le médecin de la Croix Rouge venait de l'ausculter. Un avocat militant lui expliquait que tout était en bonne voie d'aboutir, qu'elle allait obtenir le statut de réfugiée politique, et qu'on allait voir pour pouvoir rapatrier une partie de sa famille dans un premier temps.

Et elle se réveilla brusquement. C'était juste un beau rêve.
Elle ouvrit ses grands yeux clairs et profonds. Deux jours qu'elle était coincée là, seule, sans possibilité de s'échapper. Le mur était tiède, la terre battue, au sol, brûlante. La déflagration avait tout fait trembler. De la poussière tombait du plafond. Cette fois, ça n'était pas passé loin.
Une fois de plus, le bombardement avait commencé.
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