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L'orphelinat

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Diogo Goncalves

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Je n'ai jamais connu mes parents. Ils m'ont abandonné à la naissance, sans aucune raison. Pourtant, je ne leur en ai jamais voulus, car cela m'a permis de grandir dans cet orphelinat, où les bonnes sœurs ont su nous éduquer avec tout l'amour nécessaire à ce que je devienne un adulte accompli. Je vais avoir 18 ans cette semaine, et comme tous ceux qui auront le même âge cette année, je vais quitter l'orphelinat pour rejoindre la vie active.

Cet orphelinat est spécial, car c'est lui qui assure notre éducation. Pas besoin d'aller au collège, ou au lycée. Il y a tout ce qu'il faut aussi, ainsi, j'ai pu apprendre les mathématiques, l'histoire, la littérature, etc., sans jamais avoir à quitter l'enceinte de l’établissement. Nous n’étions pas prisonniers, nous pouvions sortir quand bon nous semblait. J'avais beaucoup d'amis à l’extérieur, et j'avais même une petite amie, qui voulait à tout prix que je quitte l'orphelinat en avance pour aller vivre en ville. Mais comment vouloir quitter cette place qui nous a tant donné ? Qui nous a apprit à lire, à compter, à respecter autrui, qu'il soit humain, animal, ou végétal ?

Car oui, une des particularités de cet orphelinat est que tout le monde était végan. Dés notre plus jeune âge, nous avons tous appris à respecter les animaux comme nos semblables. JE n'ai donc jamais mangé de viande, ou de tout autre produit issu d'un animal. Et cela ne me manque pas. Plusieurs fois, on m'a vanté les mérites d'un bon steak, qui était "La meilleure chose à laquelle je pourrais goûter". Peut-être, mais avant d'être un steak, c'était une vache, qui profitait de la vie, et qui souhaitait sans doute pouvoir continuer à en profiter.

"Mais alors, tu manges quoi, des graines ?" Était la question qui revenait le plus souvent. Il y tellement de façons de se nourrir sans avoir à manger des produits issus d'animaux. Et, malgré ce que les omnivores disent, nous n'avons aucunes carences. Les nutriments contenus dans la viande animale, on peut les retrouver facilement ailleurs. Bref, de toute façon, chacun fait de ce qu'il veut de sa vie.

Une fête avait lieu chaque année, ou chaque orphelin qui allait avoir 18 ans cette année, et donc quitter l’établissement, était convié. C’était, à ce que m'avaient dit les bonnes sœurs, un dernier dîner entre nous. Il fallait faire nos adieux à nos amis, car après ce dîner, nous étions envoyés dans la vie active, avec des recommandations. Nous étions dispatchés aux quatre coins de la France, là ou un travail nous attendait. Un bus nous attendait après le dîner pour nous emmener vers notre prochaine demeure.

Le jour venu, j'avais préparé mes valises, et j'avais salué mes amis, promettant de les revoir une fois dehors, dans quelques années, quand je serais devenu quelqu'un. Quelqu'un de bien. De riche. Je pourrais alors tendre la main aux plus démunis, comme on l'a fait pour moi.

On nous avait placés dans une salle, au fond de la cour de l’établissement. Arrivés là-bas, nous avions pu découvrir une grande table, avec de belles assiettes et verres en porcelaine, des couverts en argent, et, de grands saladiers disposés de çà et là de la table, qui ressemblait à ceux qu'on utilisait habituellement lors des déjeuners et des dîners. Comme tout le monde était Vegan, il fallait une grande quantité de salades et autres légumes, d'où la nécessité de grands saladiers comme ceux-ci.

Nos verres étaient remplis de vin Blanc. Normalement, nous ne buvions pas d'alcool, mais comme nous allions être bientôt adultes, il fallait marquer le coup. Nous nous sommes tous installés, et sous le regard bienveillant des bonnes sœurs qui nous avaient éduqué, nous avons porté un toast.

Tous ensemble, pour une nouvelle vie !

Je n'avais jamais bu d'alcool pour ma part, on m'avait prévenu de ses effets anesthésiants, mais j'ignorais qu'un simple verre pourrait me mettre dans un état-là. Mes yeux se fermaient, et j'avais de plus en plus envie de dormir.

De plus, j'entendais des bruits autour de moi. Des bruits sourds, suivis de sons gutturaux. Enfin, un bruit de liquide. Comme si un robinet était ouvert et que l'eau coulait dans un lavabo. Et puis, il y avait comme une odeur de sang. Ce qui n’était pas banal lors d'un dîner végan.

Je tournais la tête, pour voir d'où venaient ces bruits étranges. C'est alors que j'ai assisté à ce spectacle horrible. Les bonnes sœurs, qui nous avaient éduqué avec amour, qui nous avaient donné tout ce dont nous avions besoin, qui nous avaient inculqué ce respect si profond pour toutes choses, se livraient au massacre de mes camarades.

Armées d'une batte de Baseball, elles tapaient dans la tête de mes camarades, puis leur ouvraient la gorge a l'aide d'un couteau affûté, avant de laisser leur sang se vider dans un des saladiers qui étaient disposés sur la table. Je ne comprenais pas ce qui se passait, et pourquoi elles faisait ça. J'avais de plus en plus de mal a rester les yeux ouverts, je sombrais dans l’inconscience. J'ignore ce qu'elles avaient mis dans nos verres, mais ce n’était pas que de l'alcool.
Avant de fermer les yeux définitivement, j'assistais au massacre de mon voisin de table. Une fois le travail fait, un bracelet avait été attaché à son poignet, sur lequel je pouvais lire :

"Humain Bio. Nourri avec 100 % de produits végétaux certifiés sans OGM."

PRIX

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Bruno Malivert · il y a
1er ou second degré, qu'importe que l'on ait l'ivresse du noir, du sang noir....
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Mireille Bosq · il y a
Très convaincant ce plaidoyer sur le régime vegan et même si je ne suis pas cette discipline je partage et approuve. Mais quelle surprise au final? Quel est le but? Pure dénonciation ou jugement sur les abus de certaines étiquettes? Je vote. Moi aussi je suis en compet' pour le court et noir. Si le cœur vous en dit...
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Sophie H. · il y a
Oh wow, j'ai pas vu ça venir du tout! Mais j'adore. (J'avais entendu dire qu'être vegan c'était le mal, mais cette histoire y donne un tout autre sens :p) L'intrigue était très bien ficelée et c'était bien écrit, bravo!
N'hésitez pas à allez faire un tour sur mon oeuvre, peut-être vous plaira-t-elle?
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/une-pierre-tombale-impossible

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Alain Lonzela · il y a
C’est la chute finaaale ! Bravo
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Francine Lambert · il y a
Un récit très bien mené dont la chute m'a horrifiée ! C'est vraiment réussi, bravo Diogo !
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Florent Paci · il y a
Une version plus courte et noire de "Soleil vert", avec une dimension beaucoup plus sanglante et sombre. Mes votes pour ce divertissant moment de lecture ;)
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Brennou · il y a
Ah, si c'est bio sans OGM... !
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Keith Simmonds · il y a
Glaçante et saignante, cette histoire de steak ! Mes voix !
Une invitation à découvrir “Sanglante Justice” qui est aussi en lice.
Merci d'avance !

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Topscher Nelly · il y a
Saignant à souhait.Mes voix
Mon texte vous plaira peut-etre ?

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Abi Allano · il y a
Moi qui suis végétarienne...beurk beurk. Un récit bien mené. Bravo!

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