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L'Ondine du Solstice

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L'eau suintait doucement de son crâne à ses reins, psalmodiant sur la faïence des clapotis arythmiques. Dodelinant de la tête, pour faire varier ces tempos aqueux, il se perdit dans la contemplation de cet instant, alangui par la chaleur ambiante que les jets d'eaux bouillantes avaient engendrée dans la salle d'eau. Une épaisse vapeur occupait à présent l'espace confiné de sa cabine tandis que d'ultimes gouttelettes concluaient leur mélodie tintinnabulante. Reprenant prise sur son cortex, multitudes de pensées chaotiques l'assaillirent peu à peu, sans doute générées par le brusque changement de température qui contractait lentement ses chairs. Amina, ses problèmes financiers et d'autres trivialités encore qui le ramenait vers les douloureuses problématiques de sa vie présente. Aussi fit-il le vide dans son esprit, car il voulait que persiste, pour quelques secondes encore, la légèreté de cet instant. Fixer son attention sur la nature de ces sons, étrangement apaisants... Quelle nymphe avait autrefois présidé au juste écoulement des sources ? Songea-t-il, et son nom lui revint comme une certitude, Castalie... s'abandonnant alors aux douces rêveries prodiguées par son image sensuelle, il parvint à se souvenir de la juste orthographe de son patronyme grec et traça de l'index les lettres formant son nom sur le miroir de sa salle de bain. Il se perdit un instant dans les reflets succincts de son visage que ses glyphes éphémères lui avaient révélés, puis grimaça en soupirant et s'apprêta à effacer le nom de la nymphe. Mais alors qu'il approchait sa paume du verre souillé, une main jaillit hors du miroir et l'entraîna de l'autre côté.
D'abord, il ressentit la froidure de la pierre sur sa joue puis la douceur de la mousse sur ses flancs. Il reposait en chien de fusil dans la nature, nu, mais n'avait nul souvenir d'y être venu... il tenta de se redresser, mais en se retournant il manqua de basculer dans l'étang auprès duquel la main l'avait mené. Il jura en prenant prise sur la roche et s'adossa contre elle, essayant de reprendre ses esprits. Une brume vaporeuse lui masquait la plupart des éléments qui l'entouraient, seul le rocher la mousse et un fragment des berges où il était installé lui apparaissait clairement. Il se surprit à ne pas avoir froid, la brume était chaude, mais non point suffocante, et il remarqua qu'à part le son de l'eau s'écoulant, nul autre bruit ne transpirait... et c'est alors qu'il l'entendit, la voix. Qui susurrait une mélodie ahanée, vocalises cristallines qui accompagnaient la mélopée de la source qui se déversait. Progressivement, des gazouillis d'oiseaux invisibles vinrent l'égayer et l'harmonie merveilleuse qui s'installa peu à peu dissipa l'angoisse qui avait saisi l'homme à son réveil. Hypnotisé par la musique naturelle, par l'épais voile de vapeur aux entêtantes fragrances de miel, il ne fit bientôt plus qu'un avec l'instant. Son corps rejoint peu à son esprit, s'alanguissant complètement, si bien que sa main finit par pénétrer l'eau de l'étang. À son contact, ses doigts clapotèrent alors, suivant instinctivement le rythme de la source. Mais ce choeur digital impromptu brisa le charme des éléments qui bientôt se turent, s'éteignant à mesure que les doigts de l'homme tentaient de les atteindre.
La concorde était rompue, et accompagnant sa chute, la brume s'évanouit peu à peu, laissant place à une brisée moins agréable qui rappelèrent à l'homme sa nudité présente et l'étrangeté de sa situation. Si bien qu'il appela son nom. « Castalie ? Est-ce bien toi qui m'as mené ici ? » Personne ne lui répondit, mais alors qu'il se retournait pour l'apercevoir, il ne vit qu'une ombre fuyante se perdre dans les adiantes de l'autre côté du point d'eau. Il se redressa et chercha à rejoindre la berge opposée, mais la roche sur laquelle il cheminait suintait de rosée. Il finit par basculer dans l'eau. Là, il entrevit le fond de l'étang d'où émanait une étrange luminescence verdoyante aux reflets magnétiques... mais l'air commençait à lui manquer. Il refit surface avec peine luttant contre l'appel des profondeurs enluminées et le poids de l'eau qui l'entourait. En quelques brasses, il finit par rejoindre la berge et s'accrocha à une pierre. La nymphe était là, perchée sur un rocher moussu; elle l'observait en silence son visage aux doux contours tourné vers lui, ses yeux azurés l'étudiant minutieusement. D'elle émanait une telle douceur, une telle sensualité que l'homme en eut le coeur et le vit saisit, mais qu'aurait donc t'il put dire, aucun mot n'aurait convenu pour exprimer son émotion. Le temps se suspendit. Il ne pouvait cesser de contempler le visage de Castalie, bien que son corps nu révélait ses courbes parfaites, c'était les yeux et la bouche de la nymphe qui le transportaient le plus. Enfin ses lèvres s'animèrent, dévoilant des dents aux doux reflets nacrés.
– Homme, que fais-tu donc ici ? L'interrogea-t-elle.
– Je... Mais, c'est ta main qui m'a mené jusqu'ici... Non pas que ça me dérange. Répondit-il, tentant de lui offrir son plus beau sourire.
– Ma main...? Non ce n'est pas moi qui t'ai enlevé à ton monde, homme. Comment as-tu pu rejoindre cet endroit ?
– J'ai écrit ton nom sur un miroir.
– Ho... Je vois, et quel jour sommes nous aujourd'hui ?
– Je ne sais pas... mi-décembre... C'est le début de l'hiver, mais pas ici visiblement.
– Le jour de l'illostasia... le moment de l'inversion. Quand dans ton monde la nuit prend le pas sur le jour. Et c'est sans doute aujourd'hui. Voilà pourquoi tu es là, et voilà comment elle a pu t'atteindre.
– Elle ?
– Celle que tu as appelée, ce n'est pas moi. Vas au fond de l'étang et comprendras... Tu ne peux pas rester de toute façon.
– Mais... pourquoi ?
– Tu troubles l'harmonie qui règne, déjà les vapeurs d'ambroisie se dissipent, déjà les oiseaux pépient sans s'accorder à l'onde, déjà la froidure prend place expliqua-t-elle en frémissant. Va, là-bas tu seras plus à ta place... Ici, tu n'es pas le bienvenu.

Blessé par les mots de la nymphe, l'homme ne protesta pas et suivit son ordonnance en s'immergeant pour rejoindre les profondeurs du point d'eau où toujours la verte lumière l'appelait. Lui qui éprouvait d'habitude beaucoup de gêne à nager sans avoir pied ne ressentit aucune difficulté à atteindre les abysses luminescents. À sa grande surprise, une fois qu'il eut gagné l'étrange lueur, il se retrouva à la surface d'un autre plan d'eau, très différent de celui qu'il venait de quitter. L'eau était stagnante, sale et la mystérieuse lumière verte n'était finalement que le reflet d'un ciel aux teintes maladives qu'il percevait derrière la brume aux relents toxiques qui recouvrait la nappe du marais où il avait émergé. Il toussa en reprenant son souffle tant l'air était vicié, puis entreprit de trouver une rive où se hisser. Il n'eut pas à chercher longtemps. Perçant les rafales du vent grinçant et les craillements des corvidés, une voix l'interpella. Une voix de femme, qu'il aurait reconnue entre mille, celle d'Amina. « Amina, c'est toi !? » S'écria-t-il en s'élançant vers elle, réalisant très vite qu'il était possible de se déplacer à pied. L'eau du marécage était peu profonde.
Enfin, il atteignit la femme qui l'avait appelé du rivage. Il saisit la main qu'elle lui tendit et bascula sur elle emporté par son élan. Aussitôt, elle l'entreprit de baisers et l'enlaça de tout ses membres, son désir était si puissant, qu'il suivit très vite sa pulsion, s'abandonnant complètement à la passion génésique. L'étreinte ne dura guère, mais elle suffit à le faire jouir. Après l'avoir remercié pour cet instant, il se redressa toujours en elle et constata qu'elle n'était pas son amante disparue, mais une vieille femme au teint cireux, noires pupilles et sourire torve.
– Mais qui es-tu... ? Balbutia-t-il avec dégoût.
– Mon nom est Eilatsac, et il est temps pour moi aussi, de me sustenter... murmura-t-elle à son oreille avant d'enfoncer ses crocs dans sa gorge encore haletante de son plaisir assouvi.

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Richard Laurence · il y a
Encore un grand bravo pour ce texte !

Il y a, dans cette finale, des textes de moins bonne qualité, mais le système de votes est ce qu'il est et cela fait partie du jeu... Ce système est un bon système parce qu'il récompense les gens qui votent et font des commentaires sur les textes mais il a aussi un effet pervers : il ne reflète pas réellement les goûts du public.

Je vous invite donc à venir prolonger le plaisir en participant à la "sélection du public" du Festival Off, sur le forum : http://short-edition.com/fr/forum/la-fabrique/imaginarius-2017-le-festival-off

Que la fête continue et longue vie au prix Imaginarius !

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Yann Olivier · il y a
J'aime Sfumato. Je vote. 5 voix.
Je suis aussi en compétition :
http://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/ainsi-soit-il-2

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Richard Laurence · il y a
Un très beau texte !
Si vous souhaitez un commentaire précis et argumenté, n'hésitez pas à demander et, de même, ne vous gênez pas pour venir commenter, critiquer ou même détester ma "Frontière de brumes"...
Tous mes vœux pour cette nouvelle année !

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Matthieu-Malo Pihan · il y a
Merci pour tout vos commentaires !
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Patrick Peronne · il y a
J'ai horreur des vampires sauf sous une forme érotisée (sourire). Il y a de la qualité dans votre texte. Un style riche et expressif et la structure narrative est plutôt bien pensée. Mon vote
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Fraziejames · il y a
Un recit de vampirisation bien écrit. Mes votes.
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Athéna D'automne-et de Joie · il y a
Toutes mes voix pour ce très joli texte, tant dans la recherche du vocabulaire que dans celle du "scenario" !
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Keith Simmonds · il y a
Une belle plume pour cette histoire prenante ! Mes votes ! Mon récit, “Croisière”, est en compétition pour le Prix 2017 Imaginarius. Une invitation à partir en voyage si vous ne craignez pas la brume en mer ! Merci d’avance et passez de bonnes fêtes!
http://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/croisiere-2

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Mjo · il y a
Texte très bien écrit , vocabulaire riche , beaucoup de créativité pour décrire un univers impitoyable. Mes voix
Je vous invite à découvrir mon TTC:"Perdu dans la brume"

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Coraline Parmentier · il y a
Très beau récit ! Mes voix ! Si vous voulez continuer l'aventure, vous pourrez lire mon récit à propos des nymphes et des déesses aquatiques :
http://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/le-royaume-dans-la-brume

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