L'Isère dans tous ses états

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Je suis toujours dans ma campagne, une retraitée qui cultive son jardin. Dans mes écrits je mets la même passion que quand je sème, je repique, je soigne mes légumes, servis l'un et l'autre  [+]

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L’Isère dans tous ses états! C’est tentant d’essayer de participer à ce concours pour moi qui suis une Iséroise ! Une vieille dame, d’accord, dont on dit parfois qu’elle radote... Soyez bons avec la vieillesse, jeunes gens, c’est un état auquel vous parviendrez forcément un jour... Si vous avez de la chance !

Donc ce cher département de l’Isère est envié, et à juste titre par ses voisins qui n’ont pas autant d’atouts que lui ! En Isère, chaque paysage est une invitation au voyage et à la découverte. Des personnages hors du commun sont nés en Isère et l’ont rendue célèbre...
Chut.... Concentrez-vous... J’ai le pouvoir de les faire revenir !
Esprits êtes-vous là ?

Qui m’appelle? Qui a besoin du commissaire San Antonio ? Mon géniteur, Frédéric Dard né à Bourgoin-Jallieu en 1921 a rejoint hélas le paradis des écrivains en l’an 2000, mais moi, je suis éternel ! Y aurait-il une énigme à résoudre ? La police piétine sur une disparition d’enfant, dites-vous ? Pas de souci, je fonce !

Par Jupiter, vous avez vu ? Ça marche ! La vieille dame que je suis a le pouvoir de faire intervenir des revenants... Vous en voulez un autre ? Un industriel par exemple...

Moi, je suis Charles Albert Keller pour vous servir, jeunes gens ! J’ai exploité la force motrice du courant de l’eau, et crée dans les années 1925 des centrales hydroélectriques dans cette vallée de l’Oisans, une énergie non polluante, notez-le ! Un exploit, car, à cette époque la fumée des usines assombrissait et décolorait le paysage ! Je sais qu’aujourd’hui toutes ont disparu sauf Ferropem qui fabrique du silicium sur Gavet. Par chance, ma centrale des Vernes sera préservée et classée au patrimoine de par son architecture. Les six autres seront déconstruites, je sais, quand EDF à qui j’ai « mâché » le travail, aura fini de réaliser une centrale souterraine Romanche-Gavet la plus grande de France, qui devrait fonctionner à l’horizon 2020. C’est la vie ! J’ai laissé aussi à la postérité ma maison sur pilotis à Livet, et je suis plutôt content parce qu’elle a servi de décor à un film... Les rivières pourpres... Vous connaissez ?

Ce qu’il oublie de vous dire, Charles Albert Keller, c’est qu’il nous a laissé aussi une centrale au fin fond de l’Ile de Falcon alimentée par de gros tuyaux dont la prise se situe au lac mort, près de Laffrey. Pauvre hameau vidé de ses habitants ! Je pense à eux quelquefois, expropriés, déracinés, stressés, mal indemnisés souvent à cause de l’éboulement prévu en 1998 de la montagne de Séchilienne. Montagne qui n’est toujours pas tombée du reste ! On a interdit toute circulation dans le secteur et la nature y a repris ses droits. Tout bouge dans un mouvement perpétuel, tout change tout se transforme ou meurt. Je n’arrive plus à suivre, larguée par cette vie qui va de plus en plus vite... Plus envie non plus de m’accrocher, mais mon train-train me plaît bien tout de même, et pour rien au monde, je ne me priverais de mes promenades avec mes deux chiens, au bord de la Romanche, qui tantôt s’écoule doucement, ou bien suite au redoux et à la fonte des neiges devient tumultueuse, en furie, noire de colère et de boue. J’aime aussi passer de grands moments dans mon jardin sans pesticides, dans ma maison avec ma famille et mes amies...

C’est bien gentil tout ça, petite mamie, mais à moi, personne encore n’a rien demandé... Grenoble, c’est en Isère non ? J’y suis né en 1783. Henri Bayle dit Stendhal, pour vous servir. Si vous n’avez pas encore lu le Rouge et le Noir ou la Chartreuse de Parme, il est temps de vous y mettre, jeunes gens ! Ce sont des classiques ! Demandez à vos profs ou bien interrogez le Dieu Internet! Il me connaît très bien aussi.

Et moi, donc ? Je ne suis pas dans la romance, mais dans l’action, et plus que tout autre j’ai le droit que l’on se souvienne de moi ! Je suis né à St Etienne de St Geoirs le 11 février 1725. J’ai sillonné l’Isère avec ma bande de contrebandiers et déclaré la « guerre » aux collecteurs de taxes de la ferme générale, qui était haïs par la population. On a dû vous apprendre en cours d’histoire que le système d’affermage de la collecte entraînait des abus considérables. Les fermiers accumulaient d’énormes richesses et ne reversaient au roi que le quart de ce qu‘ils prélevaient. J’ai été soutenu, le savez-vous, par la population, et même une partie de l’aristocratie locale... Le grand Voltaire m’a admiré ! Mais hélas je fus pris au piège en 1755 et roué vif à Valence. Avant de mourir, j’ai crié qu’il fallait continuer la révolte contre le fisc. Vous avez peut-être fredonné la légende du bandit justicier ?

« ...Compagnons de misère,
Allez dire à ma mère,
Qu’elle ne me reverra plus,
Je suis un enfant...
Vous m’entendez ?
Qu’elle ne me reverra plus,
Je suis un enfant perdu ! »

Bien sûr que nous l’avons chantée, Monsieur Mandrin, votre complainte ! Impossible de vous oublier !

Et moi ? C’est possible de m’oublier, moi ? Roméo et Juliette, la symphonie fantastique, la damnation de Faust, les Troyens... C’est possible d’oublier ces grandes œuvres musicales ?

Non Monsieur Berlioz, on ne vous a pas oublié ! Ni vous ni votre musique prolifique, échevelée, exubérante, incandescente à l’image de votre portrait...

Il resterait tant de choses à dire encore sur l’Isère ! Paysages, je n’en voudrais point d’autres ! Entourée de toute part de montagnes, je vis dans un écrin. Un livre ne suffirait pas pour vous conter ses richesses et je ne parle pas ici de monnaie, pas de billets ou de compte en banque... Non, je parle des richesses qui vous inspirent, qui mettent un baume sur des plaies ou des tourments, qui vous redonnent du souffle et de l’entrain, qui reformulent les priorités, qui font oublier le temps qui s’écoule... Ce temps qui sans qu’on sache ni comment ni pourquoi vous conduit à l’âge de la retraite et vous laisse des souvenirs plein la tête.

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