Liberté

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Image de 15-19 ans
Il est 5h03.
Je suis debout.
Les yeux ensommeillés,
mais les pieds droits dans mes vieilles Docs.
On voit la lune par la fenêtre.
Elle est rousse.
Ça fait longtemps que j'en avais pas vu des comme ça.
Dans la rue,
c'est désert.
Sous le pont,
il y a un petit groupe.
Ils chantent autour de leurs bières.
Faut croire que les Bérus sont encore connus de nos jours...
Qui chante encore ça de nos jour ?
Ont-ils chanté toute la nuit ?
J'en sais rien,
Je dormais.
Ils m’ont réveillé.
J'aime bien les Bérus,
alors je leurs pardonne.
Un air frais vient du dehors,
ça rafraîchit la pièce,
c'est agréable.
Je m'habille.
Pas de dilemme, simple.
Normal.
Comme d'hab.
Je prends un carré de chocolat.
Du pain.
Je sors.
Une petite vieille me coupe la route,
elle traîne un cabas derrière elle.
Elle est déjà levée à 5h20.
Peut être qu'elle a une réunion.
Avec des copines.
Pour apprendre le karaté.
J'vais quand même pas lui demander.
Elle risque de me prendre pour un fou.
Mais bon.
J'aime parler aux gens,
alors j'me lance.
J'lui demande.
Si elle va à un cours de karaté avec des copines,
aucune réaction,
ou si elle est juste tombée du lit,
elle rit.
Elle trouve ça drôle.
Elle a des grand yeux quand elle rit.
Elle me dit que ce matin c'est son cours d'astrologie,
mais que son cours de karaté c'était jeudi.
Elle m'a répondu.
C'est rare les personnes qui le font.
D'habitude les gens m'ignorent.
Ils me contournent.
Et continuent leur route.
Je souris.
Je lui souhaite une bonne journée.
Et un bon cours d'astrologie.
Mais elle me dit,
qu'aujourd'hui,
elle a envie de sécher.
Alors.
Elle me suit.
Elle me parle.
Je la suis.
Je lui parles.
On se parles, quoi.
Puis elle est fatiguée.
Alors on s'assoit sur un banc.
Je n'saurai pas si...
elle avait vraiment un cours d'astrologie.
Ou de karaté.
Ou si elle s'est juste fichue de moi.
Mais c'est pas grave.
C'est pas comme si ça me regardait.
On observe ce qui nous entoure.
On commente.
On critique.
On complimente.
Elle me parle d'une copine.
D'une copine du cours d'astrologie peut-être ?
Marie.
Elle l'aime bien Marie.
Mais des fois elle est carrément chiante Marie,
elle me dit.
Elle parles trop Marie,
elle me dit.
J'lui parles de...
mon prof de philo.
Incapable d'imaginer un sujet,
sans un prendre un pétard avant.
C'est cliché,
certes.
Mais celui là, il est vraiment barré...
Elle se marre.
C'est vraiment une rigolarde.
Dans ce monde...
Je sais pas comment elle fait...
Rire...
Enfin bon,
c'est chouette de rire...
Les mecs de sous le pont,
ils passent devant nous avec leurs chiens.
Toujours avec leurs bouteilles.
Mais elles sont vides maintenant.
Ils chantent.
Toujours.
Mais ils ont changé de registre.
" je lui dirai toi tu me fous les glandes,
puis t'as rien à foutre dans mon monde,
arrache-toi de la t'es pas d'ma bande
casse-toi tu pues et marche à l'ombre. "
Moi j'aime bien Renaud.
Vivent-ils dans...
une comédie musicale ?
En tout cas, on dirait.
J'aime les comédies musicales...
Elle se lève.
Elle me souhaite une bonne journée.
Je me demande pourquoi...
elle a pris le temps de discuter...
d'être, avec moi.
Je ne saurai sans doute pas non plus.
Je la salue.
Elle part...
à petits pas.
Elle se retourne.
Elle me fait un signe de la main.
Me fait le salut d'Albator.
Que je lui retourne.
Je suis seul maintenant.
Ça fait bizarre,
Elle avait une présence cette dame.
Retour à la case départ.
Je mange mon carré de chocolat.
Ceux de sous le pont se dirigent vers moi.
L'un d'eux me demande si j'ai à manger.
Je leur donne ma tranche de pain,
je m'excuse de n'avoir que ça sur moi.
Ils me disent que c'est pas un problème.
Que c'est déjà chouette.
Ils s'installent sur le banc d'à côté.
Ouvrent un nouveau pack de bières.
Ils parlent de la dernière expulsion,
qui a eu lieu dans le centre ville.
Ils plaignent une certaine Josie.
Qui avait toujours vécu en squat.
Et qui se retrouve à la rue maintenant.
Un père et sa fille,
passent devant les bancs.
Il l'appelle Lola.
Il a l'air de n'avoir d'yeux que pour elle.
Je fredonne Morgane de toi.
Je l'aime bien cette chanson.
On m'interpelle,
un certain Ben d'après ce que j'entends.
Il vient vers moi.
Me dit qu'il m'a entendu chanter.
Qu'il a bien aimé.
C'est ça, et qu'est ce que ça peut me faire ?
Il me propose une bière.
Ses camarades le regardent l'air de dire,
« Il a que 17 ans... »
Alors j'accepte.
Par esprit de contradiction peut être.
C'est rien une bière.
Je les rejoins.
Ils m'accueillent avec le sourire,
malgré mon âge.
Ils me parlent de leur idéal de vie.
De leur vie en général.
De philosophie.
Ils sont clairement,
plus intéressants que mon prof.
On boit.
Moi pas beaucoup.
On chante.
À cœur joie.
Le soleil est haut dans le ciel maintenant.
Ils me parlent comme si j'étais quelqu'un.
Comme la vieille.
Je me demande ce qu'elle fait à cette heure.
Elle doit manger.
Je sais pas en faite...
Ils prônent clairement l'anarchie.
Ils disent qu'on aurait du finir,
ce qui avait été commencé en mai 68.
Qu'il faut pas laisser passer certaines décisions...
Mais bon, maintenant,
entre lacrymos et LBD,
faut y croire.
Et croiser les doigts,
pour pas perdre d'œil,
ou de main.
Je suis d'accord.
Je sais pas s'ils vont en manif,
eux.
Mais ils sont remontés.
Je sais pas si certains dans les plus vieux
on fait mai 68.
En tout cas,
notre système ne leur convient pas.
À moi non plus remarque.
À pas grand monde en fait.
Et puis,
Ils s'en vont.
Un rendez-vous important.
Paraît-il.
Ils partent sans se retourner.
Mais je les reverrai.
Ils vivent sous le pont,
à deux pas de chez moi.
A nouveau seul.
J'ai envie de bouger.
Je me lève.
Je marche,
sans but.
En fait,
je ne marche pas,
j'erre.
Les routes se transforment.
Elles deviennent chemins.
Il n'y a plus de bitume.
Juste de la terre.
Des herbes sèches.
Alors,
la nuit commence à montrer le bout de son nez,
il fait encore chaud,
les nuages passent leurs chemins,
ils sont pas nombreux,
mais ils sont là quand même,
y a toujours des nuages quelque part.
Une vieille passe devant moi à vélo,
une carriole brinquebale derrière elle,
Elle me fait penser à la dame de ce matin.
J'ai une pensée pour Carmen Cru.
Je l'aime bien Carmen Cru.
Il va falloir que je rentre,
il fait noir maintenant.
Ils vont s'inquiéter,
mes vieux.
Ils vont me demander ou j'étais.
Ils vont m'interroger sur ce que j'ai fait de ma journée.
Mais mes rencontres,
mes expériences,
ce que j'apprends...
avec les autres,
c'est mon jardin secret.
Je vais rentrer,
mais ce que j'ai vécu aujourd'hui,
dehors,
ça sera...
et ça restera...
un mystère pour eux.
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