l'hôpital

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Ca recommence. Pour la troisième fois, je finis en hospitalisation. C’est la troisième fois et c’est toujours la même raison : T.S. autrement dit tentative de suicide. Les deux premières que j’ai faites, j’étais mineures donc pas de téléphone, un lit télécommander et une télévision. Là je suis majeur donc je me suis dit que ce serait différent. En effet, ça l’est. Pas de téléphone, pas de télévision ni de lit télécommander. Juste des murs, un lit, des toilettes et du silence. Ca ne devait pas se passer comme ça. D’après les urgences, j’avais le droit de garder mon téléphone mais une fois arrivée dans ma chambre, à l’hôpital psychiatrique, on me l’a retiré. Je ne peux donc ni parler à ma famille, ni à mes amis et surtout à mon copain.
Mes journées se résument à : manger (peu), dormir (beaucoup) et pleurer (énormément). Il fait froid dans ma chambre, si froid que même sous la couette je tremble encore. Il n’y a pas que la chambre qui est froide... Le personnel aussi. J’ai l’impression qu’à chaque fois que je les appelle ils veulent se tirer une balle. Je ne vous raconte pas l’ambiance... Elle est aussi glaciale que ma chambre. Ça ne fait que vingt-quatre heures que je suis ici mais j’ai déjà l’impression de tourner vers la folie.
Je suis l’une des seules patientes à être en isolement TOTALE (à cause du covid) autrement dit, je fais absolument tout dans ma chambre. Les seules sorties auxquelles j’ai droit c’est pour aller fumer et encore... Moi qui voulais que mon morale s’améliore, je suis mal fichue.
Imaginez-vous à ma place. Une semaine dans le froid dans une chambre sans aucune activité à faire avec juste trois visites par jour pour les repas (qui en plus de ça sont immondes), comment réagiriez-vous ? Pour répondre à ma propre question, vous finirez fou. Le petit plus qui me met le moral à -15c°, c’est qu’on me promet au moins un rendez-vous médicale par jour afin que ma santé mentale s’améliore mais rien. Personne ne vient.
Pour avoir de la compagnie, je sonne souvent sur la sonnette pour que les infirmiers viennent me voir. Le problème c’est que je n’ai rien à dire à part : « sortez-moi d’ici » donc forcément ça n’aide pas.
Je suis contre les zoos. Vous savez pourquoi ? Parce qu’actuellement je me sens comme un lion en cage à tourner en rond dans mes neuf mètres carrés. Et pour les animaux au zoo c’est tous les jours comme ça.
Mon côté agressif prends le dessus sur moi de jour en jour. Dans ma tête, les infirmiers sont mes servants donc je les traite comme tel. Ma routine manger, médicaments, dormir, manger, médicament, dormir, manger, médicaments et dormir encore me rends complètement folle. Et puis ce froid dans la chambre... Ça n’aide pas. Moi qui pensais ne rester qu’une semaine, je ne sais pas quand je sortirai d’ici.
Les médecins ont changés mes traitements. Ils sont plus forts qu’avant, ce qui fait que je dors beaucoup plus. Quand je dors, je fais des cauchemars où je m’éclate le crâne contre les murs, où j’explose un miroir pour me couper les veines...
Un jour, je me suis réveiller avec une bosse sur la tête pourtant je ne me souvenais pas m’être cognée ni être tombée pendant que je dormais. Mon cerveau se mettait à confondre le réel et l’irréel.
Je ne sais même plus depuis quand je suis là. Je sais juste que dans ma blouse d’hôpital, les infirmiers sont obligés de me remettre dans ma chambre parce que je siffle dans les couloirs. Tout se passait à peu près bien jusqu’ici... Sauf qu’un jour je rêvais que j’étais à quatre pattes par terre en train d’étrangler une infirmière. Malheureusement, ce n’était pas un rêve. J’étranglais cette femme et je riais en plus. Pourquoi ai-je fait ça ? A vous de me dire. C’est dommage parce que c’était la seule infirmière avec laquelle je m’entendais bien. Depuis ce jour, ils se sont mis à m’enfermer à clefs dans ma chambre.
Je riais, j’hurlais, je pleurais extrêmement fort sans raison. Il m’arrivait d’ouvrir la fenêtre (qui ne s’ouvrait que de très peu étant donné que je suis dans un hôpital psychiatrique au premier étage) juste pour hurler. Par moment, je laissais la fenêtre ouverte des heures afin qu’il fasse encore plus froid dans ma chambre pour que je ne sente plus mes membres.
Un soir, j’ai fait un cauchemar. Je m’arrachais les cheveux, les ongles, me cognait la tête contre les murs jusqu’à voir du sang sortir de mon crâne. Je me mordais, m’arrachait des morceaux de peaux avec les dents pour les manger. Je tapais mes membres si forts sur le coin d’un mur qu’ils se sont brisés et je riais. Je riais fort.
A partir de ce soir, plus personne n’a eu de mes nouvelles. Le froid et la folie me sont montés à la tête et mon cauchemar était en fait réalité. Je suis morte dans ma chambre où il faisait -15c°.
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