1
min

L'homme et l'oiseau

Image de Agnès Poésie

Agnès Poésie

11 lectures

0

Enfant, tous les soirs, il en avait rêvé, s’était endormi en l’imaginant tel un grand final, une apothéose, un coucher de soleil façon « 20th Century Fox » : le bout du monde ! Puis avait oublié. Ce soir, encore une côte, il rêve de trois fois rien, une douche, une bière, un lit, insulte le maudit escalier taillé dans le rocher, ses marches chaotiques, les buissons griffus, sa gourde vide, quand tout à coup un vertige : le ciel immense, le monde, tout vacille bascule vers l’horizon. Le bout du monde ! Il est arrivé, il le voit ! Tel qu’il l’avait rêvé. Plus vaste encore.
Plus beau qu’il ne l’avait souhaité, le soleil a disparu, abandonnant à l’horizon sa traîne immense aux ors changeants... comme un concert de lumière suspendu entre le ciel et la terre, la plaine et la montagne. Tel celui qui arrive au terme d’un long voyage, il jette un regard en arrière, vers ce chemin parcouru des jours durant, qui serpente quelque part derrière le Serrat de l’Estelle, le Rasos de Peguerra, les falaises d’Ensija; contemple une dernière fois ce monde qu’il quitte.
C’est en se tournant à nouveau du côté du couchant qu’il les aperçoit, l’animal et l’homme dansant sur le jour qui s’éteint : un parapentiste et, il plisse les paupières, un gypaète barbu ! Ils planent au-dessus du bourg à une vingtaine de mètres l’un de l’autre, dans cette frange entre plaine et montagne où la fin de journée active l’inversion des courants thermiques. Suspendus dans la lumière irradiant terre et ciel, l’homme et l’oiseau dansent sur le même courant ascendant. Presque immobiles, deux mondes unis dans une lumière de bout du monde.
0

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,