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L'Histoire d'amour d'un etudiant

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Le chemin portant encore les rossées rengorgées sur les herbes qui poussaient parallèlement sur les bordures, Bangaly, un nouvel étudiant orienté à Conakry, à l’université de Sonfonia, au département de sociologie, s’apprêta pour affronter l’humidité de la lueur de l’aube et celle des brouillards gelant sans cesse. Le premier chant du coq lui trouva sur les tombes de ses deux parents. Morts par la suite de l’épidémie, la fièvre hémorragique à virus Ebola avait ravagé des nombreuses âmes des fils et filles du pays et de la sous-région ouest-africaine dans les années 2014. Il versa les larmes qui mouillaient ses joues rondes. En poussant les deux bois de la fenêtre, son oncle, le jeune frère direct à son papa, lui perçus. Prenant le rôle de ce grand père de famille, il sortit de sa case rectangulaire coiffée de pailles séchées.
— Tu dois être à retard. Lui lança-t-il paisiblement en mettant son bras robuste sur l’épaule de Bangaly. Un homme sans malheur ne réussit jamais. C’était moi qui devrais pleurer à ta place. Puisse que mon grand frère, Laye Tolno, m’a appris à ne rien faire. Qu’est-ce qui me manquait dans ce village ? Rien !
A ces mots, les larmes se développaient pour mouiller les paupières. Même un petit clin d’œil pouvait déverser le contenu de ses yeux. Bangaly, cet orphelin supportant le misérable sac de voyage à son dos, porta un vêtement religieux. Un pantalon « sauté » qui ne couvrit pas entièrement ses pieds. Après un long trajet, les voici à la rentrée de la capitale guinéenne. Etudier dans une si grande ville n’a jamais été facile. Les étudiants-mendiants, ces jeunes qui se souciaient tous les jours sur ce qu’ils doivent manger et où habiter prenaient une grande distance pour être à l’université.
Un mercredi, Bangaly emprunta un taxi qui les fit descendre au milieu d’un embouteillage. Il marcha une demi-heure, trouvant déjà les places occupées et les camarades qui peuplaient la devanture de la salle. Parmi lesquels, certains bouchaient l’espace des fenêtres. Chacun dégageant les souffrances de son corps, la chaleur régna infernalement à l’intérieur. Arrêter au dehors en suivant les explications de ce professeur qui criait très forts pour se faire entendre, chacun essaya d’apporter le silence, profitant des deux heures du cours dans la semaine.
— Que penses-tu de ce système d’enseignement ? Demanda Mamadou Oury Barry. L’ami inséparable de Bangaly.
— Le système LMD n’est pas un bon système pour les pays développés et non pour les pays en voie de développement. Affirma Bangaly.
— Justement ce que je pensais ! Nos dirigeants ramassent tout ce qu’ils trouvent dans les poubelles de l’occident afin de venir instaurer ses bêtises dans nos ministères.
— C’est pourquoi notre niveau intellectuel est passable. Il n’y a même pas de centre de recherche digne de nom pour les étudiants qui ont les 70% de charge dans la formation.
Neuf mois plus tard, les universités ont fermé leurs portes, Bangaly se vadrouillait dans la rue pour chercher de quoi se nourrir. Chacun se tenait tous les jours sur les pieds. Il se rendit sur la route, aidant les chauffeurs de taxi à chercher les passagers.
— Chauffeur augmente 500 GNF sur ces 500 GNF. Dit-il. Au moins ça me fera 1 000 GNF
— Mon frère, moi travaille pour un quelqu’un. Répondit le chauffeur. illettré.
— Ce n’est pas grave. Que Dieu vous bénisse !
L’homme ne pouvant pas vivre sans la femme, Bangaly tenta sa chance vers une jeune fille qui revendait les marchandises dans une assiette posée sur sa tête. Acceptant sa candidature, Bangaly se sentit fort de pouvoir draguer une si belle fille de teint artificiellement clair. Elle ne fut pas la seule. Ce sont filles de la nouvelle génération. Il faut se dépigmenter pour séduire les hommes. Bangaly conserva avec soin le numéro de téléphone de la fille dans sa poche où même une mouche était surveillée à la loupe.
— Barry, j’ai croisé une très belle fille qui a accepté mes dossiers de candidatures.
— Tu veux commencer un stage ?
— Non. Je l’ai aimée et elle m’a aimé.
— C’est pourquoi tu portes les dents en recréation ? Les jeunes filles de la capitale sont gratuites. Elles sont à la portée de tous les hommes. Il suffit d’avoir les poches lourdes. Bref, si tu veux te revoir nu dans la rue, il faut harceler les filles belles et sales.
— Avec elle, ce n’est pas de la blague.
La nuit, Bangaly rappela la fille.
— Bonsoir Maïmouna. Salut-il, le cœur battant.
— Comment tu vas ? C’est qui, s’il te plait ?
— C’est Bangaly ` de la gare.
— Ah ! Oui. Il y’avait quoi ?
— Je t’aime.
— Je te l’ai déjà confirmé, n’est-ce pas ?
Le téléphone coupa. La fille avait parlé lentement comme si son cœur dégustait un plat de haines.
— On dirait que tu as raison, Barry. Dit Bangaly. Maï n’a pas accordé d’importance à cette conversation. Pourtant j’ai beaucoup souffert pour gagner ce prix d’E-recherche.
— Tu n’as pas parlé encore. Ça ne fait que commencer. Et pourquoi te lamentes-tu ?
Le téléphone de Bangaly résonna.
— Elle m’a rappelé ! Exclama-t-il. Avant de décrocher.
— Allô ! Maï.
— Apprêtes-toi de m’accueillir demain. Je serais chez toi à partir de 16 h.
— Tu jures ?
— Ne me crois-tu pas ?
— Je te crois
Le lendemain, voulant mettre la chambre en ordre, il sortit tôt pour puiser l’eau du robinet chez les voisins. Barry dormait encore.
— Dans le château d’eau d’Afrique de l’ouest, l’eau se gagne difficilement et s’achète chèrement. Dit à son retour.
— Depuis quand ce nettoyage de cette chambre s’est révélé en toi ? Questionna Barry d’un ton moqueur en sortant sous sa couverture.
— Maïmouna doit venir aujourd’hui ici à 16 h. c’est ce qu’elle m’a dit.
— Sitôt ?
— Oui.
— C’est ce qui te pousse à chasser les souris de leurs trous, les sauterelles et les araignées ?
— La maison n’a pas un bon visage pour accueillir une femme blanche.
— Poroto ! C’est aujourd’hui que tu le sais cette saleté, toi ? Les ainées n’ont pas menti : quand votre enfant commence à tomber amoureux des femmes, il prend soigneusement la propriété en deux mains.


(A suivre)

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