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Lettre d'amour d'un cuisinier à sa chair et tendre

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Gilles Bonnet

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Mon tendre amour, ma gourmandise,

Laisse moi te dire combien je savoure notre réussite d’avoir su élever notre passion au sommet des arts les plus raffinés.

Dès notre rencontre, quand tu venais t’attabler dans le restaurant où j’officiais en chef, j’ai toute de suite senti ta délicieuse personnalité : je t’ai trouvée à croquer. Tu fus alléchée par mes talents de maître queux, et moi par la beauté de tes formes généreuses et appétissantes.

Alors que j'affûtai mes couteaux de cuisinier, tu aiguisais mon appétit sexuel. Les frémissements de notre délectable relation avaient déjà le goût du bonheur. Nos premiers baisers nous ont mis l’eau à la bouche, et nous avons consommé le péché de chair sans modération.

Jour après jour, tu dégustais tout ce que je concoctais pour toi. Avec la plus grande attention, j’ai veillé aux saveurs dont j’imprégnais tes formes que je voyais s’arrondir avec envie. Chaque ébat était plus épicé que le précédent, et nous nous mélangions avec délice dans un sucré salé suave. Je devinais de ton cœur d’artichaut le souhait intense de nous fondre l’un en l’autre et ne faire plus qu’un.

Tes désirs et les miens se lient, et nous allons aujourd’hui unir nos destins.

Tu attendais de moi que je concrétise notre dessein. Tu as été surprise que cela se produise si tôt, mais j’étais prêt et l’inspiration culinaire n’attend pas.

A l’heure de nous réunir pleinement, après t’avoir ficelée comme on le fait d’une belle pièce, je te sais fière de ma persévérance : malgré tes suppliques quand j’incisais ton épiderme velouté, j’ai minutieusement laissé ma lame courir sous ta peau de pêche. Ta chair était si fraîche qu’il m’a fallu demeurer concentré pour découper ton filet mignon. J’ai pris soin, et tu m’en sauras gré, que tes sens restent en éveil pour que tu puisses observer combien j’ai fait appel à mon art pour mitonner ta haute venaison. Écorcher, émincer, saisir, rôtir, griller,... j’ai passé en revue tout mon savoir-faire sous tes yeux écarquillés dans lesquels j’ai lu la reconnaissance que tu ne pouvais exprimer à cause de ton bâillon. Il ne m’a pas échappé comme ta respiration était soutenue : je sais que tu es sensible aux effluves, et celles-ci avaient le parfum de l’amour. Tu as pu profiter de tout, jusqu’à ce que j’entaille ta panse pour l’éviscérer.

Ne crains rien, mon amour, je n’ai rien négligé et j’ai poursuivi avec ardeur de te cuisiner de la plus belle manière qui soit. J’aurais aimé que tu puisses contempler ce merveilleux banquet qui s’étale sous mes yeux et que j’ai réalisé à partir de toi, ma tendresse.

Quand tu m’auras régalé une dernière fois, nous serons réunis, mon amour, ma gourmandise. Nous ne ferons qu’un.

Je t’aime.
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Utilisateur désactivé · il y a
Deux épicuriens sur la même longueur d'ondes...
Bien écrit.
Sandrine.

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Gilles Bonnet · il y a
Deux épicuriens dont il ne reste plus qu'un ... Merci pour votre lecture, vote et commentaire.
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