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Lettre à maman

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Violaine Biaux

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FINALISTE
Sélection Jury

Ma très chère mère,

Je vous écris pour vous raconter mes dernières et glorieuses aventures.

Comme vous le savez, j'ai pris route dans le bateau du Vicomte de Flambois, qui me considère désormais comme son plus fidèle associé voire même comme son ami.

Hier, après moultes péripéties et une attaque par traitrise, nous avons décidé de régler définitivement leur compte à une bande de brigands. Ces derniers se sont montrés extrêmement récalcitrants et j'ai dû sacrifier un orteil pour que nous sortions victorieux de cette bataille épique. L'abordage a été donné par le Vicomte aux aurores, vers 11h45.

Sorti de mon lit par les cris d'épouvante, encore décoiffé et presque nu, je me suis jeté comme un fou sur l'ennemi et n'écoutant que mon courage, j'ai embroché le molosse frisé aux crocs aiguisés qui défendait l'équipage adverse.

Puis, attaqué par l'arrière, j'ai réussi à faire plier une femme aux dimensions gargantuesques qui me menaçait d'un seau d'eau bouillante et de tasses en porcelaine. Enfin, et ce n'est certes pas le moindre de mes exploits, j'ai glissé le long de l'échine d'un requin affamé pour attaquer le capitaine, le sieur de la Glycine, un des pirates les plus revêches et les plus sauvages qu'il m'ait été donné de croiser.

Il m'a aussitôt menacé de son bras armé d'une cuillère et a tendu vers moi un drap blanc afin que je m'y étouffe promptement. Mais j'ai fait fi de ses sournoiseries et je l'ai transpercé de part en part. Son épouse et ses sbires se sont alors jetés sur moi et j'ai cru y laisser ma vie. La sorcière qui lui servait de compagne m'a presque coupé un orteil pendant que je me débattais contre un monstre velu et noir venu des ténèbres les plus obscures. Le Diable en personne s'était réincarné et j'ai cru trépasser.

Heureusement, mes hommes sont venus à mon secours. Après m'avoir quelque peu assommé, ils ont désinfecté ma plaie à l'alcool tout en contenant la diablesse déchainée. Je n'ai dû mon salut qu'à la bravoure d'un équipage dévoué et le Vicomte de Flambois n'a pu contenir son émotion en me voyant revenir à moi sain et sauf. Nous avons pleuré de joie, dans les bras l'un de l'autre. Un moment d'une rare tendresse virile, une communion de tous dans la plénitude retrouvée.

Voilà mère, ce que devient votre valeureux fils qui, engagé sur le navire le plus glorieux de l'Empire, doit chaque jour ou presque risquer sa pauvre vie au service de son Pays et de son Royaume. Je vous salue ma douce mère, priez pour moi et le salut de mon âme.

Courageusement,

Arthur de Sainte Cloque, votre héros qui vous aime gros comme une montagne

PS: Depuis cet abordage viril, l'équipage n'ose plus m'adresser la parole, j'ai l'impression d'être un demi-Dieu. Et certains m'ont même promis que je verrais des baleines bientôt, et peut-être même des gentils requins avec de grandes dents. Je suis tellement heureux de cette opportunité chère mère que je bénis le Seigneur tous les jours. Mon ami Quentin m'a même promis de jouer à cache-cache avec moi sur la prochaine île avec des autochtones "en trop pofages" (je n'ai pas bien compris le terme employé, pardonnez mon inculture). Quant à Désiré, il me met de telles bourrades amicales dans le dos que je crains parfois qu'il ne mesure pas sa force ce sacripant et qu'il me fasse passer par dessus bord. Une belle équipe de coquins croyez-moi et enfin, une bande d'amis serviables. Je n'ai jamais été aussi heureux de ma vie malgré tous les dangers que je cours. Il me tarde de tout raconter au Père Jean-Luc et à mémé Marie-Rose aussi. Embrassez-les pour moi voulez-vous et mon lapin nain aussi je vous prie (et aussi pépé Jacques-François ou ce qu'il en reste chère maman).

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Chère Madame de Sainte Cloque,

J'ai accepté, suite à vos demandes pressantes et à la somme conséquente versée par votre époux, de faire naviguer sur L'Olympia votre pauvre fils Arthur.

Cependant, au vu des événements survenus hier en fin de matinée, sa présence ne me semble plus souhaitable. En effet, alors que nous étions en affaire avec un bateau ami, il s'est jeté comme un perdu sur nos alliés. Après avoir tué Trognon, le caniche nain de la propriétaire, la Vicomtesse de la Glycine, il s'est attaqué à la fidèle domestique qui apportait l'eau pour le thé. La pauvre Germaine a été brûlée au genou et a failli être énucléée par votre malheureux enfant.

Puis, pris d'une nouvelle crise de folie, Arthur, presque nu et muni d'un coutelas, s'est jeté sur la pêche de notre ami le Vicomte. Il a fait une glissade sur un espadon mort en hurlant des insanités. Le malheureux Vicomte a alors tendu le bras et sorti pavillon blanc en signe de paix. Mais votre fils n'en a eu cure et a blessé le Sieur de la Glycine, lui transperçant le bras avec l'arme hélas laissée à sa portée.

Nous nous sommes alors tous interposés, Madame de la Glycine la première, tendant vers lui sa canne en argent qu'elle lui a finalement abattu sur un orteil. Malgré tous nos efforts conjugués et les assauts d'un maleureux chaton que votre fils a prestement jeté par dessus bord, il a fallu l'assommer pour lui faire reprendre ses esprits.

Quand il est revenu à lui, il s'est jeté dans mes bras en pleurant de joie, au risque de nous faire tous chavirer et de me luxer l'épaule gauche.

Madame de la Glycine était dans un état difficilement descriptible et je me suis retenu de ne pas faire passer Arthur de vie à trépas, malgré toute l'affection que j'ai pour lui. L'équipage a protesté avec véhémence et menace de l'abandonner sur la prochaine île s'il ne cesse pas ses fantaisies périlleuses. 

Il est plus qu'urgent Madame, que vous fassiez rapatrier Arthur vers votre demeure car je crains désormais pour ses jours ainsi que pour notre santé mentale et physique.

Inutile de vous préciser que je vous rendrais la soulte laissée par votre époux voire un peu plus si vous faites preuve de la célérité qui s'impose!

Bien à vous,

Antoine Becherelle, Vicomte de Flambois

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anonyme · il y a
Tellement gentil! Bravo! Je vous invite à lire ma ttc en concours, merci d'avance et bonne journée!
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/les-inventions-naissent-mais-les-hommes-meurent-1
Yasmine

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RAC · il y a
Quelle belle découverte que ces lettres fort bien écrites & si rythmées qu'on suit avec vous les aventures de ce pauvre garçon ! A bientôt !
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Amicxjo · il y a
suranné mais sympa
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Jusyfa · il y a
Bonjour Violaine, en première lecture, vous avez contribué à ce que " À chacun sa justice " soit en finale et je vous en remercie.
Aujourd'hui, ce texte est placé en tête des suffrages des nouvelles d'automne. Pour certifier la justesse de votre premier choix, je vous invite si vous le voulez bien, à venir le soutenir à nouveau.
Avec mes remerciements.
Julien.

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Jusyfa · il y a
Bonjour Violaine, je reviens vers vous avec l'espoir que vous soutiendrez à nouveau ce texte " À chacun sa justice " que vous avez apprécié. Merci.
Julien.

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Hervé Mazoyer · il y a
Mes voix à nouveau
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Billy Buffalo · il y a
Très originale cette histoire palpitante et drôle sous la forme d'un échange de correspondances...Bravo, mes 5 voix!
De mon côté, je vous signale mon poème en compétition : serez-vous sensible à la main tendue par l'homme élégant ?
https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/lhomme-elegant

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Isabelle Lambin · il y a
Pauvre Arthur...
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EM_dessine · il y a
Texte très sympathique ! C'est voté ! bonne chance :)
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AP3 · il y a
A voté, bonne finale !
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