Lettre

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J'ai des mots qui trottent dans ma tete, des histoires qui chuchotent a mes oreilles, de la poesie en musique de fond. J'aime ecrire, lire, dessiner, vivre tout simplement et surtout etre une maman  [+]

Il y a une immensité, un vide.
J’essaie désespérément de le remplir de mots.
Je déverse des torrents de phrases, des inepties pour la plus part, des déliriums de mots hélium, des non sens, des sens interdits.
J’ai parsemé quelques fautes, comme un piment pour échauffer les esprits.
J’ai gommé les graves et les aigus, pour être monochrome.
Le circonflexe reste perplexe. Quand au tréma, pas loin du coma, penche vers le trépas de l’oubli.
J’ai grossi mes points sur les i, surtout sur mes cris.
J’ai allongé les points de suspension en une trainée de poudre.
J’ai mis entre parenthèses ma syntaxe douteuse et suspicieuse, entre guillemets ma vie conjuguée à l’imparfait et mes sentiments à l’index.
J’écris pour respirer.
J’aspire à l’inspiration et j’expire une encre qui vient s’étaler sur ce blanc bien trop lourd.
J’aime casser la droiture des lignes imposées et imposantes.
J’aime les arrondis des m, l’élancé de mon J majuscule, sorte de virgule qui aurait la folie des grandeurs.
Le s serpentin, sucré, susurré savoureusement sous un satin soyeux et sensuel à souhait.
Le t, un tantinet torturé de la tête, trébuchant, triturant, tordant, testant toutes les tensions dans sa tendre tristesse.
Le r rarement en reste, retourne, redouble de rage, ravissant royalement un râle rosi d’une chute de rein.
Le q culotté, catastrophé, quémande, une queue-leu-leu de qualificatifs, quantitatifs et qualifiés en caresses coquines sur le q d’un quidam.
Le l, lacet lancinant, lové lubriquement le long de l’échine, lèche l’enveloppe luisante d’une lèvre libertine.
Le x expire, c’est un expert exquis qui exécute excellemment cet exercice, l’expérience excitante d’une dextérité extraordinaire. Exulte. Extase.
Oh! Mais je m’égare, je me perds. Mes mots se mélangent, mes lettres glissent le long de ma pensée, sur la peau de mes pages perlée de sueur d’encre.
Et pourtant il arrive, rond et plein.
Le o de satisfaction, omniprésent, omniscient, omnipotent, onéreux dans l’arrondi de son explosion.
Il dure, s’allonge, allonge la jambe, traine en longueur. Il ondule, il varie, s’illumine de couleurs, roule sur la peau, l‘émulsion se fait.
Le o enfle, s’enflamme d’un oripeau orange, ose poser un organdi oisif sur un épiderme à bout de souffle. Un origami ocre éclos sur une épaule osée.
Le o augmente, des paillettes d’or dans le regard obnubilé de l’autre.
Le o obscurcit la lumière, obsède les pensées. Il est l’opium que l’on inhale et recrache dans un soupir onirique.
Le o est l’orgasme oral d’une gourmandise hors norme quand il glisse à l’oreille de l’homme.
Mon encre se délie, coule, pulse sous mes doigts enflammés.
Le tournis s’empare de ma vue, mes mots s’expriment dans des soupirs.
La page se finit, la dernière ligne est atteinte.
Le point g enfin trouvé, pose un final à cette tirade.
Mes mots ont joué des tours, mon esprit s’est égaré dans la douceur de leur poésie de satin.
L’ivresse retombe, la chaleur s’estompe.
Je finirai sur un a, adouci, alangui et amoureux des mots.
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