L'étincelle

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«L'espoir c'est le dernier souffle des mourants.»  [+]

Image de 2020
Image de 15-19 ans
La cendre est un linceul gris sur les ruines de la maison. Les pans de murs qui sont encore debout ont la couleur du charbon. Les fenêtres n'ont plus de carreaux. Le verre brisé repose parmi la poussière, attendant que quelqu'un vienne recoller les morceaux. Le vent s'engouffre dans les pièces sans vie et hurle à la place des fantômes. Il crie comme une mère qui aurait perdu son enfant, c'est à vous donner des frissons. Lorsque l'on se faufile dans les décombres, on sent encore la chaleur des flammes qui ont léché le toit. Le vide comble chacune des pièces, vestiges d'une autre histoire. Chaque pas en avant est étouffé comme si on marchait sur un tapis. Le seul son est celui du vent. Il ne se calme que lorsque vient la pleine lune, alors on peut entendre quelques murmures. Si on tend l'oreille, des pleurs retentissent légèrement. Le bruit est si doux qu'il en est écœurant. Les ombres s'allongent et englobent les meubles pour ne plus les lâcher. Comme si la nuit voulait garder les secrets de ce lieu parti en fumée. C'est difficile de distinguer la fonction des pièces. Parfois on croise une chaise en métal, tordue, agonisant sur le sol. L'évier est encore accroché mais aucune goutte d'eau ne s'écoule du robinet. Les livres les plus chanceux en sont sortie gravement blessés, du reste il n'y a qu'un résidu de cendres. La seule pièce qui a gardé une vague forme se trouve au fond de l'ancien couloir. Même la porte est toujours fixée au chambranle. À l'intérieur, il y a un lit à barreaux, qui semble avoir été préservé du feu. Les rideaux de la fenêtre ne sont qu'à moitié brûlés. Certains jouets ont fondu, mais pourtant aucune odeur de calciné. Simplement l'odeur des pins et de la nature. Et quand on ferme les yeux et qu'on écoute, de jour comme de nuit, il n'y a aucun bruit. Pas même le vent et ses appels au désespoir. Rien qu'un paisible silence. Ensuite, il suffit d'ouvrir de nouveau les paupières et de regarder au centre de la chambre. On remarque alors ce qu'on n'avait pas vu immédiatement. Une fleur blanche. Elle a poussé sans eau et sans soleil. Mais elle est bien là, allongeant ses pétales diaphanes et ses feuilles vertes. Resplendissante. La fleur ressort de manière si forte qu'on se demande comment il est possible de l'avoir manqué. Si petite et si puissante, c'est inexplicable. Elle semble irradier la maison entière de sa belle lumière. Et si on se concentre assez, on peut voir à travers le papier peint brûlé. Les briques se remettent en place, les unes sur les autres. La cendre disparaît, le vent se tait tout à fait. Les pièces reprennent vie. Mais elles ne semblent pas appartenir au passé. Les meubles, dont on a distingué les fantômes jusqu'ici, ont été remplacé par de nouveaux. C'est la vie qui renaît de ses cendres. Un futur possible qui se joue sous nos yeux ébahis. Puis, d'un clignement, tout disparaît. Les ruines redeviennent des ruines mais la fleur, elle, n'a pas bougé. Elle attend que quelqu'un vienne la cueillir.
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