L'essentiel

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JCJR parce que ce sont mes initiales. Mon stylo court sur le papier,ayant parfois une vie propre et je ne sais pas toujours où il peut m'emmener...bonne lecture. Jean-Claude.  [+]



Les lueurs du soleil, filtrées par les volets, viennent chatouiller mes yeux agréablement. Il est temps de me réveiller tranquillement, tendant mon corps sous la couette pour mieux l’étirer. Et puis, après une profonde inspiration, le plaisir de découvrir une nouvelle journée. Se lever ? Non, pas encore ! Le calme du petit matin, enroulé dans mon lit, est propice à la rêverie. Et je me suis laissé aller, non pas à ce nouveau jour, mais à mes souvenirs, qui m’ont ramené en 2010...

***********

Je veux divorcer, dit-elle, non pas parce qu’il y a quelqu’un d’autre mais j’ai envie de continuer toute seule.
- Heu...
- Et si tu n’es pas d’accord, ce sera la guerre.
- Ce n’est pas parce qu’on divorce, qu’on est obligé de se taper dessus, répondis-je.
Voila, le cadre est posé.
Nous avons donc divorcé, entre amis. Tout s’est très bien passé. Consentement mutuel, vente, avocat, partage et tout le toutim. Les enfants étant pratiquement tous grands, cela simplifiait les choses. Ce que nous avions construit, pendant trente ans de vie commune, nous permettait, chacun, de nous réinstaller correctement. Et nous avons gardé d’excellentes relations.

Et là, nous nous sommes perdus.

Alors, comment vous dire, c’est bien gentil, tout ça, mais n’étant pas l’instigateur de cette décision d’importance, la pilule a quand même été difficile à avaler. Et mes rêves à moi, une retraite cool avec deux salaires et plus de crédit ? Pfuit, envolée. Une envie bien ancrée de petits voyages à deux ? Envolée aussi. Je pouvais habiller mon Ex de tous les défauts du monde, mais pas discréditer la mère de nos enfants, au nombre de quatre. – Dilemme – J’ai eu l’impression d’un mur interne, qui s’effondrait et il m’a fallu un certain temps pour ré-émerger. Mais tel n’est pas l’objet de ce texte aujourd’hui. Reprenons notre fil, en 2014.
Je suis intervenu pour quelques petits problèmes de mon Ex. Perte de clefs, voiture garée dans on ne sait quel parking et complètement oubliée, visions. Ce n’était pas habituel. Ces petits délires se sont accentués jusqu’à une crise plus importante, qui a nécessité l’hospitalisation. Et là, le diagnostic est tombé, précis et sans appel. Cette maladie, que je croyais réservée au quatrième âge, alors qu’elle venait d’atteindre une femme de cinquante sept ans. Cette maladie, qui vous lave le cerveau des souvenirs anciens et dérègle le présent. Qui vous éparpille l’élocution, rendant les mots plus rares, vous enfermant dans un monde, qui se rétrécie et dont on ne sait rien, si ce n’est que l’émotion en est le vecteur. Alors apparaissent la tendresse et les petits gestes, oh combien importants, pour des rencontres, dont on sait qu’elle en effacera très rapidement le souvenir. Je suis allé la voir, mais pas aussi régulièrement, que je l’aurais souhaité, jusqu’en 2017.
Elle est maintenant en EHPAD et nous lui avons souhaité ses soixante ans. Après, j’ai eu besoin de mettre une certaine distance, pour me protéger, parce que c’était difficile.
2018. J’ai accompagné mes enfants pour la voir et j’ai retrouvé une femme, dont la maladie avait évolué. Elle avait pris quinze ans, se déplaçant difficilement et ayant du mal à parler. Quand elle m’a aperçu, son regard s’est éclairé et nous nous sommes embrassés. Elle a détaillé intensément mon visage, lisant dans mes rides l’histoire de notre vie. Nos mains se sont trouvées et leurs doigts sont partis à la découverte de nos avant bras, avec beaucoup de tendresse et de délicatesse. Ensuite, elle a mis sa main sur ma joue, tout doucement, comme un signe de reconnaissance affective et j’ai vu ses yeux s’embuer. Elle m’a dit : « Tu reviendras ? ». On s’est serrés dans les bras et je lui ai répondu : « Oui, je reviendrai ».

Et là, nous nous sommes retrouvés, il ne restait que l’essentiel.


Les traces affectives

Elles sont invisibles, mais ont marqué mon ciel comme une poussière d’étoiles, au cours de trente années de vie commune. Cela ne s’oublie pas dans l’aube d’un départ pour une éternité. Même si les circonstances nous ont séparé, nous emmenant chacun vers un autre chemin, elle n’en reste pas moins la mère de nos enfants. Son départ réactive ces traces affectives, qui ont parcouru nos vies, je pensais les avoir mises un temps de côté.
Péguy dirait qu’elle est juste passée dans la pièce à côté, de l’autre côté du chemin.
Les souvenirs s’embrasent, s’entrechoquent et s’emmêlent dans toutes les émotions de notre relation.
Le fil n’est pas coupé. Il s’est simplement effiloché dans d’autres dimensions. Elle a vécu sa vie et puis elle est partie, préférant un départ à un oubli total dans cette maladie.
C’est maintenant l’au revoir, la vraie séparation. Peut-être était-ce pour elle ce qui pouvait lui arriver de mieux.
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...Les lueurs se font plus insistantes, m’invitant à me lever. Les effluves du café sont venus m’envouter. Je vais ouvrir les volets, le soleil est déjà haut et flottent quelques nuages de t
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Les Histoires de RAC · il y a
Un texte riche en émotions ♫ Des personnages bien campés, un récit bien construit, des allusions pertinentes...