Les sables de Mars

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Je suis marié, papa de quatre filles, et seul homme de ma tribu. Je suis le coupable de 3 romans aux éditions Edilivre, dont une saga « les enfants d’Atlas » sur le blog de Volgu  [+]

Les sables de Mars n’ont pas toujours été du sable.

Les sables de Mars n’ont pas toujours été stériles.

Les sables de Mars n’ont pas toujours été glacés.



Ils s’en souviennent.



La mémoire minérale possède cette étonnante propriété d’être capable de se souvenir de tout, du moindre détail, comme un cliché à l’abri de l’outrage du temps.



Ils ont vu bien des choses, les sables de Mars. Certaines indicibles et d’autres merveilleuses.

Les sables de Mars ont été les témoins secrets d’innombrables naissances et d’autant de morts. Chaque émotion par elles engendrée est gravée avec les ciseaux de l’éternité, d’une indélébile facture,



Les siècles sont passés sur les sables de Mars comme des secondes séparent deux battements de cœur. L’océan du temps les abreuve de sa perpétuelle redondance jusqu’à ce que vienne un nouveau cycle où tout recommencera.



Si les sables de Mars pouvaient parler, ils n’auraient certainement rien à dire, car pour eux chaque instant est imprégné de banalité et se reflète à l’infini dans le couloir du temps.



La couleur des sables de mars est celle de la colère et du sang, de la mort et de la vie. Mais pas les leurs. Les sables de Mars n’ont pas besoin de ces artifices pour être. Ils sont, c’est tout.



On les croirait oubliés, les sables de Mars, pourtant ils partagent leur éternité avec le vent et le froid. Compagnons de fortune et d’infortune, parfois agréables et parfois gênants. Mais toujours présents.



Le vent chante sa joie de ne pas avoir d’obstacle à sa route, tant d’espace à occuper, et le froid cherche désespérément une vie à pétrifier, n’ayant plus d’ennemi contre lequel lutter depuis bien longtemps.

Mais les sables de Mars se moquent bien de cela. Ils sont l’espace qu’occupe le vent, et le froid ne mord pas assez fort pour les figer dans sa gangue de glace.



Pourtant, les sables de Mars n’ont pas toujours été les sables de Mars, ils s’en souviennent.



Les sables de Mars ont été les galets sur lesquels coulait une rivière ; ils ont été la grève sur laquelle venaient s’échouer les vagues d’un océan primordial ; ils ont été la terre meuble dans laquelle s’enfonçaient profondément les racines d’arbres depuis longtemps disparus.

Ils se souviennent, les sables de Mars.



Ils se souviennent qu’ils ont été l’argile façonnée par les mains d’un artiste.

Ils se souviennent qu’ils ont été le marbre des palais, les dorures des tapisseries, les joyaux des couronnes.

Ils se souviennent qu’ils ont été le ciment de leurs maisons, les charpentes de leurs bâtisses, les briques de leurs temples.

Ils se souviennent qu’ils ont été le sol que les hommes ont foulé.



Aux tréfonds des sables de Mars, demeurent les souvenirs de ceux qui étaient là avant eux, avant que n’existent les sables de Mars.

Emportés par leur propre gâchis et leur propres avidité, les hommes s’en sont allés vers un autre horizon, et vers un nouveau départ.

Ils sont partis, et ils n’ont laissé aux sables de Mars que la nostalgie de ce qu’ils ont été, et l’amertume de ne plus jamais l’être.



Mais depuis, les sables de Mars n’ont rien oublié et rien pardonné. Un jour les hommes auront oublié d’où ils viennent, que les sables de Mars les ont vus naître, grandir et partir.

Un jour les hommes reviendront refouler les sables de Mars.



Les sables de Mars attendent ce jour en contemplant avec colère et envie cette étoile aux reflets bleus, vers laquelle se sont envolés les hommes, en laissant derrière eux la poussière et les sables de Mars.
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