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Didier Benini

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Vous ai-je déjà parlé de cette forêt chère à mon coeur, celle qui s’étalait dans une vallée d’une grande beauté où semblait régner une douce félicité.

Le vent qui filait habilement entre les cimes caressait de son souffle chaud bosquets et clairières animés dans un même ballet de vagues sans écume.

Bien avant qu’un petit d’homme ne vint en perturber l’équilibre naturel, l’arbre était le maître, et d’entre tous le chêne portait en lui la majesté du règne.

Nourri de la terre il drainait dans sa chair l’histoire de chacun et tous reconnaissaient en lui le père, celui qui transmet la vie, porte le savoir, détient la sagesse.

D’aussi loin que l'oeil portait, animal et végétal se pressaient auprès de celui qui saurait à coup sûr panser leurs plaies, apaiser leurs peurs ou répondre à leurs interrogations.

On dit même que plus tard, beaucoup plus tard, un autre roi nommé Louis trônera au plus près de ses racines et s’inspirera de sa grande sagesse pour rendre justice à son peuple.

Mais quel crédit peut-on accorder aux histoires des hommes dans l’Histoire ?

Aux temps qui nous intéressent le maître des lieux s’appesantissait de son rôle de confesseur, guérisseur et conseiller en tout genre.

Tantôt ses branches ployaient du rebondit d’un écureuil trop vif à débiter tout à trac sa plainte de s’être fait voler, tantôt il lui fallait consoler un corbeau vaniteux qu’un renard malin avait allégé de sa proie, et maintenant c’est un nénuphar esseulé qui pleurait son papillon trop vite envolé.

- Change ton regard, cesse de pleurer et admets le papillon riche et pauvre de sa nature. Ses couleurs sont vives et chaudes, sa fragilité est touchante et le velours qui le couvre n’est que poudre aux yeux, à trop le caresser on risque de le perdre. Vois son vol désordonné au gré des vents, jusqu’à se poser à nouveau, et perdre encore un peu de son précieux maquillage.
Il t’appartient de plonger au plus profond de la mare à la moindre nouvelle approche de l’un de ces insectes lépidoptère, condamné par nature à papillonner.

Et la plante aquatique de se jeter à l’eau...

Une journée bien ordinaire pour le sage en habit vert.

La musique silencieuse de la nuit berçait maintenant la forêt, les prédateurs nocturnes chassaient les noctambules imprudents et le chêne veillait.

S’en était trop de ces lamentations.

Qui pourrait l’aider, lui le colosse éreinté ?

De quart cette nuit là, la lune s’arrêta de tourner et s’enquit auprès de lui du malaise qui le tourmentait. Que cette nuit fut longue ! Le soleil piaffait déjà d’impatience à l’horizon quand l’astre de nuit, le sourire défait s’éclipsa enfin.

Il en est des histoires comme de la vie, et ici comme ailleurs la délivrance vint de là où on l’attendait le moins.

Une toute petite voix parvint à percer l’écorce plusieurs fois centenaire.

´ Oh ! Le chêne, Oh ! Tu m’entends ?

´ Qui me parle ? Exprime-toi plus fort, à mon âge je suis un peu dur de la feuille. Et où es-tu ?

´ Je suis là en bas, ma voix est un peu étouffée parce que je suis prisonnier de la crotte que mon hôte voyageur a déposé hier à tes racines !

´ Allons bon et que veux-tu ?

´ Je puis t’aider ! Coincé toute la nuit dans mon étron fétide j’ai bien malgré moi écouté ta conversation lunaire, et je puis t’aider !

´ Ah bon ? Du fond de ta crotte ! Dis-moi ton hôte voyageur n’aurai t-il pas abusé de plantes hallucinogènes ?

´ Mais non te dis-je, la plante c’est moi ! Je suis ton ami. N’est ce pas dans le besoin que l’on reconnait ses amis ?

´ Explique toi et sois plus clair, mon temps est compté !

Et le crottin de livrer son plan.

Avant d’être ingéré, digéré puis déféqué par le globe crotteur indélicat, il était, dans une autre vallée plus colorée, une jolie baie ovale d’un rouge vif au ton chaud. On venait de loin pour goûter ce fruit âpre aux milles vertus dont la seule vérifiée était fortement laxative.

L’arbre qui la portait n’existait que dans cette autre vallée plus colorée et portait le nom de CORNOUILLER.

Du fond de sa sentinelle malodorante, la Quenieulle prolixe convainc l’aïeul de la laisser naître auprès de lui. Ses jolies couleurs et sa souplesse aux vents égayeraient l’endroit, ses baies aux multiples vertus dont une seule était vérifiée serviraient de médication laxative, et le chêne bonimenteur saurait venter, à un peuple décidément trop naïf, les charmes et pouvoirs magiques de ses pilules dures à avaler.

Il convient ici d’admettre que bien avant l’Homme la nature candide et gobe-mouche, soucieuse de ses moindres maux trouvait en ses matières réponses à ses questions !
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Pascal Depresle · il y a
Une ode à la nature qui s'approche de la fable, bravo. A l'occasion, si le cœur vous en dit, mon "Gamin" est en finale et mon univers vous est grand ouvert Amicalement http://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/gamin-le-pont
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Elena Hristova · il y a
de la poésie verte pur bio plaisir qui s'en chêne
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Plume Le chat · il y a
Fraicheur et esprit habitent aussi en cette forêt.
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Guy Bellinger · il y a
Un vénérable chêne guérisseur qui, trop sollicité, s'associe dans son cabinet de médecine végétale avec un jeune confrère cornouiller, la fable ne manque ni de fantaisie, ni de références agréables à dénicher, ni d'humour...
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SakimaRomane · il y a
La petite histoire dans la grande Histoire...Bravo :)
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Yasmina Sénane · il y a
Quelle belle fable !
Puis-je vous inviter aussi dans la nature pour "La fenaison" ?

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