Les pigeons ne sont pas des enfants

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L’impact des gouttes sur le métal de la gouttière produisait un ploc-ploc disgracieux sonorisant tout l’immeuble.
« Ben mon salaud t’en a encore foutu partout » se dit à lui-même René
Il était sur le toit de son hôtel, enfin celui où il dormait actuellement, et balayait la scène du carnage.
René tueur à gage discount, était accessible à toutes les bourses, mais ne faisait pas pour autant dans la dentelle.
Des flaques de sang jonchaient la toile goudronnée avec quelques bouts de plumes découpés au hachoir. Une dizaine de cadavres parsemaient l’ultime terrasse de cet hôtel à bas prix, et leur sang dégoulinait jusque dans la gouttière. Trois jours qu’ils chiaient sur les rebords de sa fenêtre, fallait bien qu’il sévisse, et puis René c’est un sanguin. Saloperie de pigeons, il ne pourrait même pas les manger avec des petits pois et des carottes, étant donné leurs alimentations douteuses à base de bouts de pains rances et de kebabs avariés, abandonnés par les passants.

Une fois sa tâche finit, il allait devoir en commencer une autre, un vrai travail se coup-ci, de quoi payer sa chambre d’hôtel pour les prochaines semaines. Honorer une dette aussi, car il l’avait promis à ce pauvre homme dont le divorce n’en finissait pas de s’éterniser.
René était là pour trancher,... dans le vif.

Nous sommes quelques heures plus tard, et il fait sacrement noir dans ce putain de couloir. Des bruits de chasse d’eau, quelques éclats de voix, de ceux qui ne dorment pas encore, mais tout est calme dans cet immeuble résidentiel de classes moyennes. Le glissement d’une main gantée sur la rambarde métallique de l’escalier est inaudible. Le crissement d’une clé dans une serrure l’est un peu moins, ou ne serais-ce pas plutôt un tournevis... ?
Un tournevis qui force une serrure, une porte que l’on ouvre brusquement d’un coup d’épaule faisant sauter le loquet, et puis le claquement de sa fermeture.
Une femme frêle, fragile, se lève sur ses jambes tremblantes, de son canapé ou elle s’était assoupie, bredouillant faiblement « Qui est là ? », tout en tentant d’atteindre l’interrupteur.
Trop tard ! Le hachoir zèbre le silence dans une giclée sanglante. Son corps chute sur le carrelage avec un son mat d’os et de peau, sans un cri. L’assassin le laisse ainsi, on ne l’a pas payé pour faire le ménage.
Des enfants, au fond de l’appartement, pleurent dans le noir sans comprendre ce qu’il se passe, juste intrigué par se grabuge inhabituels.
De cela non plus, le contrat n’en parlait pas.
Des bruits indésirables, des témoins gênants... Que faire?

Ne vous inquiétez pas les petits, René s’en est allé sa besogne accomplie.
Son hachoir dégoulinant sur le goudron, il est déjà dans la rue triste et sombre de cette cité sans nom.

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