Les Omelettes de Maman

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Étudiante de 21 ans, spécialisée dans la vente de billets pour le paradis  [+]

Madame LeRupove scrute son adolescent en tapotant ses ongles sur son avant-bras.

— Je peux aller faire du vélo, maman ?

Le menton de Madame LeRupove tressaute d'un tic nerveux.

— C'est toi qui as mangé les omelettes de maman ?

Kopran ouvre la bouche, puis fronce les sourcils.

— Je les avais posés ici, sur la table basse. Elle étire son doigt rigide et stricte.

Kopran hausse les épaules, puis secoue la tête.

— Non.
— Oh vraiment. Où sont-ils donc ?

Kopran s'adosse et regarde par la fenêtre.

— Ils étaient pourris alors je les ai jetés à la poubelle. Je peux sortir ?

Son menton tremblote et elle tape la table sans bruit en se redressant.

— Ouvre la bouche, Kopran.

Elle pivote la tête de Kopran à mesure qu'elle inspecte, puis gratte la molaire avec son ongle, déposant sa trouvaille sur sa langue qu'elle tâtonne entre sa langue et son palais pour identifier le goût.

— Des céréales, annonce-t-il, confirmant l'identification qu'elle en a faite. Elle sort de la salle à manger et se penche sur la poubelle de la cuisine. Vide.

Elle claque le torchon sur son épaule et rejoint à nouveau le séjour mais Kopran est déjà monté sur son vélo avec un grand sourire d'adolescent perturbateur.

— Il n'y a rien dans la poubelle Kopran ! Où sont les omelettes ?
— Je les ais jetés dans la poubelle publique ! Il lance avant de pédaler au loin.

Madame LeRupove enfile ses chaussons et se précipite à l'extérieur. Le camion des éboueurs est déjà plein à craquer et prêt à partir quand Madame LeRupove les interpelle. Les deux messieurs sourient à sa requête puis la reluque de la tête au pied, s'arrêtant sur ses chaussons et son torchon posé sur l'épaule. Madame LeRupove redresse la tête pour prouver que sa tenue ne lui fait pas honte.
— Pas possible madame, désolé que votre Kofrane aie mangé les œufs.
— Les omelettes précise Madame LeRupove qui fait mine de ne pas remarquer le sourire moqueur, mais son menton danse déjà.

Le camion décolle, alors Madame LeRupove grimpe dans sa voiture, jette le torchon sur le siège passager et appuie sur le champignon, filant le camion poubelle.


Devant l'immense pile de déchets, Madame LeRupove enfile ses gants et se plante devant la bête. Ses yeux chassent une omette à peine brûlée, assortie d’échalotes et de poivrons rouges et verts. Son téléphone sonne alors qu'elle se penche sur la première pile.
— Allô ? Elle tire sur un morceau brun qui se révèle être une peau de banane plantain.
— Madame LeRupove ? demande une voix féminine.
— Comment avez-vous obtenu mon numéro ? elle demande distraitement avant d'écarter le déchet.
— Vous êtes le numéro d'urgence de votre fils. Il y a eu un accident de circulation.

Son ton grave ébranle madame LeRupove.

— Je suis obligée de venir maintenant ? Elle appuie sur son menton, pour ne plus qu'il tremble et lance un dernier regard à l'immense pile, dans l'espoir qu'une omelette se démarque
— Je... Oui. Il est à l’hôpital de Pomono.


Arrivée sur place, Madame LeRupove est immédiatement conduite dans une chambre. Le médecin et son air grave lui énonce les faits.

— Un 4x4 est passé sur lui.

Explique le docteur mais madame LeRupove regarde ailleurs.

— Une chance qu'il soit presque intact, du moins je pense. Le choc est moins rude pour les familles. Il est reconnaissable, c'est que je veux dire.

Une idée jaillit dans l'esprit de madame LeRupove.

— Pouvez-vous inspecter son estomac ?
— Pardon ? L'accident est survenu sur la route Madame.

Le docteur écarquille les yeux de stupéfaction.

— Je sais, je sais. Mais mon fils était prudent, et à part une consommation de drogue illégale, je ne saisis pas comment il aurait pu se tuer sur la route. J'ai besoin de comprendre vous savez, je suis sa mère.
— Euh... D'accord. Accepte finalement le médecin en clignant des yeux.

Le tic nerveux de madame LeRupove, surgit à nouveau quand le médecin prononce son nom dans la salle d'attente.
— Il n'y a aucune trace de drogue dans son système Madame LeRupove.
— Qu'a-t-il mangé ce matin ?
— Euh... Des céréales spécial K. Au blé complet.
— Et ?
— Du jus de raisin.
— C'est tout ?
— Oui. J'ai retrouvé du gratin pas tout à fait digérer aussi.
— Il n'y avait pas omelettes ?

Le docteur ne semble même plus surpris et s'approche du bip qui retenti pour l'éteindre.

— Il n'y avait pas d'omelettes. Je vous laisse quelques minutes avec lui avant qu'on vienne le déplacer à la morgue.

Madame LeRupove attend que le médecin sorte pour caresser les cheveux de son enfant.

— Maman est fière de toi Kopran, tu n'as pas menti à maman.
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