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Les méfaits de la soupe

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Camali

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Les méfaits de la soupe




La table était dressée comme tous les jours, sur ses quatre pattes, le dos plat. Un dressage dans le meilleur institut mobilier de cuisine, nous avait rendu cette table absolument immobile.
Ma femme, non dressée, assise, reposant sur ses deux pattes, se tenait face à moi. Aucun dressage n’avait pu en venir à bout, et son agitation contrastait avec la quiétude de notre table.
Depuis 30 minutes, tête baissée, je fixais mon assiette avec de gros clous, sans adresser un seul regard à mon épouse.
Tendrement, elle me sermonna : Tu n’arriveras à rien avec ce marteau, prends ta cuillère, la soupe va refroidir !
Je levais la tête, et les yeux suivirent. Embués de larmes, achetés la veille pour cette occasion, je lui livrais mon problème, bien emballé dans un papier à tristesse, contre réception de sa compréhension.
- Je ne suis pas dans mon assiette ! J’ai peur !
Abasourdie, comme si elle avait reçu un coup de marteau, elle me fixa, sans clous, les yeux embués de soupe trop vite avalée, et se mit à fouiller ma soupe.
- Tu as raison, tu n’es pas dans ton assiette ! Appelons un médecin.
Habituellement méfiante quand à mes remarques, et très soupe au lait, ma femme prit ce soir, ma déclaration très au sérieux. Pensait-elle à ce moment que je devenais marteau ?
Prompt au quotidien à lui clouer le bec, elle dut, devant mon absence de réparti, me trouver plus agréable donc forcément très malade.
Pendant cette échange, je pu constater, le dressage exceptionnel de notre table, qui malgré tous les clous plantés sur son dos, ne manifesta aucune irritation.
Le médecin, un parfait inconnu, se présenta, avec une de mes cousines, ce qui en fit spontanément notre médecin de famille.
Après quelques questions précises sur mon régime alimentaire, son diagnostic fut formel :
- Vous avez 60 ans de soupe derrière vous, c’est grave !
Je me retournais alors, sans bien comprendre.
Le spécialiste en soupe, me remit à l’endroit et poursuivit.
- A avaler tous ces légumes frais sans modération, vous avez joué avec votre santé. Tout se paye ! Et moi d’abord ! Vous me devez 60 euros.
Effondré devant ses honoraires, je le suppliais de m’octroyer une petite réduction, en tant que médecin de famille.
Il renvoya ma cousine assoupit près de lui, et mon argument familial disparut.
Ma femme, clouée de stupéfaction devant la cène, se décloua et prit les choses en main.
Elle paya les 60 euros, et intercéda pour une solution gratuite à ma maladie.
Sensible aux arguments féminins, il délivra la table de ses clous, puis m’offrit un conseil anti-soupe pour seulement 59 euros supplémentaires.
- A partir de ce moment, mettez-vous avec rigueur à la charcuterie et aux sucreries, sinon je ne vous donne pas plus de 50 ans à vivre.
Croyez-moi sur parole, car je ne donne jamais grand-chose.
Mes yeux, et ceux de ma femme s’illuminèrent de bonheur, ce qui nous fit passer toute notre fin de soirée avec cet éclairage, à concocter mes futurs menus.
Pour 119 euros, j’étais sauvé, et je pus continuer à taquiner ma femme sur toutes ces soupes qui avait failli causer ma perte, jusqu’à mon décès, 6 mois plus tard, rempli de cholestérol et diabétique.
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