Les godasses

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Comment dire ? C'est toujours difficile d'écrire, quelques fois pénible, très pénible même. D'autant qu'on ne refera plus le Voyage, pas plus qu'on ne refera Le monde selon Garp. Alors on  [+]

Je les voyais de ma fenêtre. Deux hommes et deux femmes. Deux couples l'un en face de l'autre sur le trottoir. Deux couples qui se chicoraient.
Au début verbalement et violemment, des cris des gueulantes des insultes. L'un des hommes retenait sa femme, au moins au début. Puis il lui a lâché le bras et elle s'est jetée sur l'autre femme, très maigre et toute petite. Les deux hommes se sont employés et les ont séparées, les maintenant à distance.
Ça s'est calmé, de là où j'étais il me semblait même que les deux types discutaient entre eux et étaient parvenus à ramener leurs femmes à la raison. Puis de nouveau le ton qui monte, des voix d'hommes tonitruantes, puis encore, les insultes et les menaces, les défis. Les deux types étaient maintenant face à face, à quelques centimètres l'un de l'autre et leurs femmes en couinant leur imploraient d'arrêter. L'un des deux types écartait les bras, bravache il semblait dire vas-y, frappe je n'aurais pas mal, tu ne me fera rien, frappe fort j'ai de la caisse, du coffre, je peux engranger, il dansait en sautillant sur place. Il s'est mis à pleuvoir. Une averse d'orage et le vent est monté si bien que je n'entendais plus que des sons sortant de leurs bouches tordues d'amertume. Une voiture est passée dans la rue, les essuies-glaces à fond, le chauffeur nez collé au pare-brise, les gouttes de pluies comme des maillets martelaient sa carrosserie. En passant à la hauteur des deux couples elle a éclaboussé leurs pieds d'une large gerbe d'eau. Tout s'est arrêté. Les quatre ont regardés leur chaussures en jurant.
Chaque couple s'est consulté du regard (ah merde mes godasses!). La pluie a redoublé. Elle tombait maintenant en rideau et l'impact de chacune des milliers de gouttes alourdies laissait au sol une clochette éphémère. Le vent soufflait en rafales lugubre et deux ou trois prospectus ont traversé la rue à l'horizontale. L'orage a tonné et en face les deux couples se sont mis à courir. Ils ont traversé la rue pour venir se réfugier sous le porche de ma maison. Je les entendais haletants et silencieux blottis contre ma porte.
L'orage a duré à peine cinq minutes, aussi bref que violent. Le ciel plombé est repassé au gris laiteux. Le vent est tombé et la pluie a cessé. Je pouvais apercevoir une trouée bleutée venant de l'est.
Les deux couples ont quitté leur refuge pour retraverser la rue, main dans la main, lents et rincés, l'un derrière l'autre sur le trottoir, sans plus un signe d'agitation.
Au bout de la rue avant de se séparer, à gauche et à droite, ils ont de nouveaux jeté un regard à leurs godasses trempées. Ils semblaient regretter. Chacun a eu un haussement d'épaules puis ils sont repartis, disparaissant de mon champ de vision.
Je me suis levé pour me faire un café. Tu ne savais pas le doser et je l'ai souvent bu en grimaçant.
Je me souviens de cette époque où je te disais que tu n'étais pas celle que je voulais, tu m' agaçais autant que tu me reprochais mon cynisme. Entre nous il n'y a pas eu d'orage et je me souviens aussi que quand tu es partie tu portais une robe légère et que le talon de tes escarpins claquait sur le carrelage de l'entrée. C'était un bel été plein de promesses et j'aurais pu jurer qu'on ne reverrait pas un nuage avant longtemps.
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