Les démons de minuit

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Jury

J'ai 400 caractères pour dire l'essentiel. C'est déjà mieux que sur twitter où je n'ai que 140 caractères pour essayer d'avoir une pensée pertinente. Bon, en même temps 400 caractères pou  [+]

Image de Hiver 2015
« Tu vois moi ce que je voudrais c’est l’oublier. Faire comme Jim Carrey dans Eternal Sunshine of Spotless Mind. Putain rien que le titre me fait rêver. Tu l’as vu ce film ? C’est le plus beau film sur l’amour que j’ai jamais vu. Le plus beau de l’histoire du cinéma. »

Ce sont les 5 verres de vodka-orange qui ont ajouté : « le plus beau de l’histoire du cinéma » et c’est l’absence d’orange qui m’empêcha de pleurer. J’étais bien pourtant. Beaucoup mieux qu’elle. Sa tête faisait un angle bizarre. Elle bavait un peu. J'ai voulu la secouer, elle est tombée du siège m’offrant ses fesses dans une posture plus burlesque qu’indécente. Dans un film de Tarantino j’aurais sniffé un dernier rail et profité de l’offrande. Dans la réalité j’ai vomi.

Deux heures plus tard me revoilà confronté aux peurs de mon enfance. J’entre aux Caves du Roy, LA boite de nuit de Saint-Tropez, me rappelant ma terreur enfantine lorsque mon grand-père m'envoyait chercher une bouteille de vin dans sa cave à lui. Ce lieu terrifiant où se terraient les monstres de mes cauchemars, prêts à me sauter dessus dès l'ouverture de la porte.

Les monstres sont toujours là, que du beautiful people. Le haut du panier, ceux qui font le monde d'aujourd'hui. Nul doute, le monde est mal barré. Déambulant au milieu de la foule des night-clubbers de la haute, je suis soudain pris de vertige à la lumière d'une évidence. Ma race est décadente. Je m'assieds au bar pour retrouver mes esprits, commande une vodka orange pour les perdre. À côté de moi une gamine se trémousse sur les genoux de son grand-père. Finalement à la vue de la main du vieillard, directement glissée dans la culotte de la jeune fille, j'ai un doute sur le lien de parenté. Voilà ce qu'est devenue notre société, une enfant souillée par des doigts grabataires en échange de quelques verres de champagne. Ça me dégoûte. Je bande. Je me dégoûte.

À Saint-Tropez je regarde les blindés en civil venus fêter la vie, au même moment un autre à des centaines de kilomètres regarde les blindés en arme venus fêter la mort. Je finis ma vodka et me dirige vers la piste, il marche vers la place principale. Je ne ressens plus d'angoisses, juste une harmonie. Tout se mélange, les odeurs de la ville et celles de la nuit, la musique du DJ et le bruit de la rue. Je n'ai pas peur, lui non plus. Je suis au milieu du dance-floor, ombre immobile entourée d'âmes perdues. Je le vois. Il est au cœur d'un foule compacte, une foule innocente mais damnée. Il sourit, moi aussi. En voyageant dans l'esprit de l'autre j'ouvre enfin le mien. Libéré des certitudes programmées, affranchi du manichéisme corrompu, débarrassé de la morale sponsorisée, je découvre la générosité du bourreau, la clairvoyance du fou, la joie de vivre du kamikaze. Aidé par une ivresse naissante je suis étrangement serein. Serein comme un païen touché par la grâce, comme un bébé trouvant sa mère. Une lueur divine illumine mon esprit, tout me semble évident, mes questions trouvent des réponses, ma vie trouve enfin son sens. Je ne suis pas égaré, je ne suis pas inutile. Je suis un martyr, je suis un sauveur.

Une fille en sueur me regarde, elle reprend les paroles de Tom Jones : « I'm a sex bomb ». J'ouvre le bouton de ma veste, dévoile ma ceinture d'explosifs et lui réponds : « Moi aussi... »

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