Les culs de mes jours. Lydie 1

il y a
2 min
44
lectures
4

Auteure, éditrice, théâtreuse et touche à tout (pas à tout le monde), la Zib a joyeux caractère, et la plume philosophe ou caustique. Elle dirige Monty-Petons Publications, met en scène ses  [+]

Revivre. Renaître dans un autre corps en passant par elles. Le parfum de la peau moite de Divine me saute à la gorge, reflux de narines encombrées. Une petite, une candide brûlante devenue chienne par innocence. Je porte sa marque.

Lue Divine, j’aurais dû comprendre. Je n’ai dit que Vine, je n’étais pas lu. Qui a Lue Loira, a clamé la gueuse des bords de Loire en plongeant sa main dans mon slibard.
Ses ongles ont labouré. Mes canines ont percé. J’ai lu son sang, lapé son cou en gelée — cou de poulette — osselets crépitant. J’ai dessiné une chatière à l’orée de son petit rat, un passage tapissé de mousse moelleuse et je me suis glissé dans la tanière, transi d’amour à jamais.

Lue Divine, j’ai lu les stries de ton jardin carmin, j’ai lu tous tes chemins. Puis un jour, j’ai oublié.

La suivante. Une autre à dévorer, j’y prenais goût. Lydie. Ma période lecture. Je lis, tu lis, il lit au lit. Le présent après le passé. J’ai lu et je lirai, mais je n’ai pas su l’être, lu. Seules les dents de mon ventre savaient, en soubresauts qui m’agitaient le neurone.

Lydie, c’était un florilège de couleurs pétulantes déclinées de je pétule, tu pétules..., étant stipulé qu’elle posait son corps étrange sur des spatules non moins extraordinaires. Lydie avait des pieds bateaux, de ces paquebots qui vous mènent au rhum, des racines d’argousier qui vitalisaient son quotidien d’interjections pimentées telles que « Autant en emporte pas le vent », « Palette sur pattes », « Big foot ».

« J’en pince pour tes paturons » était celle qui, à mon sens, lui seyait au mieux, comme aux vieux. La panardée s’en moquait comme d’une guigne et étalait ses arpions sur le bitume en terrasse, les ongles vitaminés d’orangé éclatant. Ses arpions fascinants monopolisaient le regard, ce n’est qu’ensuite, levant les yeux, que se découvrait l’arbre qui les surmontait.

Elle était branchue. Pas une liane svelte, mais un buisson épineux qui débouchait sur un fessu distordu. Sa fesse gauche remontait vers le bassin, cherchant la droite qui s’était fait la malle, sans doute avalée par un aspirateur gourmand. Son ventre chaloupait au-dessus des transatlantiques, menaçant équilibre qui tressautait de rire à chaque instant.

Car Lydie riait, riait, de ce rire grelot roucoulé qui vous vrillait l’âme et vous happait vers sa bouche délicate. Elle était belle, Lydie, du haut, de la racine de ses cheveux noirs à la pointe de ses tétons. J’en oubliais la disgrâce du bas. Mon regard vissé au sien, j’écumais la confiture, j’explorais de mes mains ce que les quinquets ne voulaient voir, l’endive rosissait de désir et j’enfournais, mains aux apaise-braillards, sa plotte fiévreuse de fieffée pelleteuse. Elle les roulait à la perfection, les pelles.

J’étais encore jeunot, mais, déjà, le sel commençait à me monter au ciboulot. Ç’aurait pu être un supplément de charme, mais je m’obstinais à arracher cette montée de vieillerie. Je ne voulais pas perdre un instant de ces vies. J’ai perdu Lydie, au détour d’un camion qui lui a écrasé les ripatons. Ses nougats ne la portaient plus, le buisson étiolé a flétri et son rire a fondu dans le beurre de bique.
4

Un petit mot pour l'auteur ? 4 commentaires

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de Vrac
Vrac · il y a
Comme les boulevards qu'arpente Notre-Dame-des-Fleurs, et ça chaloupe sur les pavés des quais de la Loire
Image de Eve Zibelyne
Eve Zibelyne · il y a
Oh, merci de m'avoir fait découvrir ce buisson que je ne savais , inculte aux petits pieds que je suis, j'ai découvert le topo du bouquin, je crois bien que je vais l'acheter pour découvrir comment est cette autre facette de divine, merci, Vrac !
Image de Adonis
Adonis · il y a
J ' aime beaucoup Eve. .
Image de Eve Zibelyne
Eve Zibelyne · il y a
Pour Lydie, merci !

Vous aimerez aussi !

Très très courts

Quelques mains

Ch Levinky

La main de l’art, rarement main de lard, qui peut se faire main dollars pour peu qu’elle soit experte.
La main qui pause, le temps de reprendre pied.
La main qui pérégrine pour connaître... [+]