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Les canards, le chat, et moi.

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Mélaniea

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Le ciel s'obscurcit lorsque j'atteins l'immense étendue blanche et glacée. L'eau a entièrement gelé. Personne aux alentours, me voici seule face à ce lac aux faux-airs de patinoire naturelle.

De l'autre côté, sur la rive d'en face, des dizaines et des dizaines de canards sont immobiles telles des statues de plumes.

Je m'assois sur l'herbe fraîche et les observe. Petit à petit, je me recroqueville : si seulement ils pouvaient oublier ma présence...

Mais les voici qui s'agitent. Deux d'entre eux se font face, le cou dressé. On dirait deux fiers mousquetaires à moustaches brunes. Ils se jaugent, se tournent autour, attendent le moment opportun. Les ailes battent fort dans le vent frais...

Soudain, tous cancanent. Et leurs cris résonnent alentours, emplissant le silence et la nuit, étouffant tout autre son que l'écho de leur bruits. Une étrange tension palpite entre les plumes et gagne l'atmosphère.

Comme malgré moi, ma main se saisit d'un caillou sur le sol et le jette sur la glace. En un grand craquement, celle-ci se brise et de fines ridules commencent à se dessiner sur la surface blanche.

Les canards s'affolent, s'agitent, puis tournent leur tête d'un même mouvement vers la même cible : moi. Effrayée et fascinée, je ne bouge pas et continue à les observer. Alors, d'un pas décidé et chaloupé, les voici qui s'avancent. L'armée d'oiseaux me toise et marche en cadence droit sur moi.

Je les fixe, immobile. J'ai la sensation que mes cuisses et mes pieds ont pénétré la terre pour se figer en racines gelées. Mon esprit me chuchote de partir, mais mon corps engourdi ne sait plus qu'assister et subir. L'écho du mot "pars" semble trembler sous ma peau et se perdre dans les méandres de mon ventre.

Un miaulement brise l'enchantement. Un chat. Un énorme chat roux se dresse entre les canards et moi. Les poils dressés, il miaule en direction des oiseaux, si fort qu'il réveille mes tympans et transperce mon crâne. A sa vue, les canards s'éparpillent puis s'envolent de l'autre côté du lac.

Un instant, le chat me fixe de ses yeux jaunes. Puis, d'un pas serein, s'installe sur mes genoux comme sur un coussin chaud et accueillant. Et ronronne.
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