L'équation divine

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AMICXJO prononcer amite-chiot Retraité, jeune (ou presque : couvée de 1950). Agnostique mais avec des idoles : Jacques Brel, Vincent de Paul et ses réincarnations : Henri Grouès, Madeleine  [+]

Jean Malkovrist avait abouti : l'équation était là belle, simple, intuitive, mais personne n'avait eu cette intuition. Elle brillait sur l'écran de son mac.
Elle décrivait le vide, ce vide qui donnait aux particules élémentaires leur masse, leur localisation, leur temporalité. Il n'était pas le meilleur théoricien, le meilleur mathématicien, le meilleur physicien, mais un peu tout à la fois et la synthèse s'était opérée, presque inconsciemment dans son cerveau, triomphante...

Les journaux titrèrent : APRÈS LA PARTICULE DE DIEU, L’ÉQUATION DE DIEU.

Il avait dû refuser le prix Nobel et toutes les médailles, il considérait que la formule qui lui avait valu sa gloire avait été synthétisée dans la machinerie de son cerveau sans n’avoir, ni fait appel à sa conscience, ni à son travail. Seule la chance pouvait en être l’explication. Il ne voulait être récompensé que de son travail. On faillit lui décerner le prix Nobel de la modestie puis comme pour satisfaire son humilité, on commença à l’oublier. La simplicité est une forme d'orgueil que personne n'accepte vraiment.

La science avançait: Jean n'avait jamais rien inventé à part la fameuse formule qui explicitait tout. Elle disant sur quels paramètres intervenir pour obtenir des effets: tels que la modification de la gravité ou la maitrise de l'énergie noire...

Il ne regrettait pas d'avoir tourné le dos à la gloire. Ce matin il avait pris le chemin le long de la percée "verte" qui menait rapidement hors de sa petite ville, polluée comme une grande, bruyante comme une grande, enfiévrée comme une grande.

Le chemin était calme, le printemps était arrivé.
L'air embaumait les feuilles et fleurs nouvelles. Schrödinggri son chien, griffon gris, ne tirait pas sur sa laisse ce matin. Dans son sac à dos un bon casse-croute de déménageur préparé avec soin et dont il avait compliqué la formule (celle-là !). Il y avait aussi une bonne bière fraîche, de l'eau et une boite de thon pour Schrödinggri. Il était célibataire lui aussi (!).
Soudain la chaleur arriva. Paradoxalement un frisson le traversa. Il regarda Grigri qui s'ébroua comme quand il revenait d'une chasse à la mouette, toujours infructueuse, le dimanche à la plage.
Bizarrement Il n'y avait personne aujourd'hui sur chemin. Surprenant pensa-t-il, pourtant le temps était superbe, idéal pour la promenade et la course à pied, le marathon d'avril arrivait. Il regarda encore son chien qui semblait 'faire la mâchoire' (la gueule chez canidés ! (note du traducteur)).
— il est 11h le chien, encore une bonne heure et l'on casse la croute, tu veux faire une pause?
Schrödinggri ne répondit rien, comme d'hab! Se contentant de lever la patte pour déposer un sms olfactif sur une jolie fleur.
Une soixante-dizaine de minute plus tard, ils refirent le plein de calories dans la petite clairière qui accueillait habituellement les randonneurs quand ils y en avaient, mais pas ce jour-là!.
Un petit coin d'herbe tendre leur offrit une petite sieste autant champêtre que mérité. Mais le chien, malgré la marche qui avait deux fois plus usés les coussinets de ses pattes que les semelles en polyuréthane bio de son maître, ne dormait pas. Devant la nervosité inhabituelle de l'animal, Malkovrist se contenta d'une honnête caresse d'une vingtaine de minutes sur les bras de Morphée, un court abandon à la quiétude du lieu.
— tu veux rentrer Schrödinggri?
— wouah, répondit-il astucieusement.
Jean ramassa son nécessaire de rando. Tira sur la laisse-démarreur de son quadrupède et prit le chemin du retour.
Ils rejoignirent leur chemin de l'aller qui instantanément se transforma en chemin de retour, ou presque...
— dis donc le chien, je vieillis: dans mon esprit le chemin était goudronné.
Le chien ne répondit pas même pas du regard. Au fur et à mesure qu'ils avançaient, le doute s'accrochait à lui comme une tique sournoise sur Schrödinggri.
— dis donc, Schrödinggri, je ne reconnais plus le chemin, toi qui a du flair, cherche...
Le chien haussa les épaules (antérieures). Au bout d'une heure, ils retrouvèrent la côte.
Jean reconnut ce bout de littoral. Les cabanes des ostréiculteurs et les parcs à huitres avaient disparus. Ils reconnaissaient presque le paysage vide et sans signe habituelle de modernité, de la nature, maritime, pur 'port'. Arrivé à un détour des rochers familiers où il se perchait dans sa tendre jeunesse. il réalisa avec effroi que sa ville avait disparue, sans aucun espoir de se rassurer d'incertitudes.

L'ordi se ralluma tout seul... " Voulez-vous éffacer les fichiers de façon permanente OUI NON "
Une souris invisible cliqua sur le OUI et en un instant dans tout l’univers, dans le présent comme dans le passé et l’existence même de Jean Malkovrist, le moindre de ses atomes, sa formule et ses applications, n’eurent jamais existé...
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Gérard Le Gal · il y a
Tout a disparu dans un monde parallèle ! Ah, les mystères de l'existence !

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