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L'éponge rusée

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Mwan Zamba

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Un après midi de grandes vacances après la 5e, Djiyo et moi allions je ne sais plus où, peut-être chez Kazié, probablement chez Kazié vu qu'on y allait tout le temps, parfois même plusieurs fois par jour, voici qu'on rencontre ce garçon d'à peu près notre âge qu'on voyait depuis un moment tout près de chez nous à Up station le quartier administratif de Bamenda chef-lieu la province du Nord-Ouest au Cameroun, le nouveau venu s'amusait bien avec mes voisines, les stars du quartier, cousines plus ou moins directes de Minal un de nos bons camarade de classe, Djiyo et moi n'en pouvions plus de jalousie car nous n'avions pas eu en deux ans le courage d'aller plus loin qu'un regard de chien battu, lui le nouveau avait débarqué d'on ne savait où, était passé devant nous et avait créé un lien avec nos chéries, ce qui pourrissait nos cœurs, tous les tous les jours depuis la remise des bulletins, cet après-midi de 1993 , je nous sentais fort du haut de nos 13/14 ans, nous étions deux et notre rival n'était pas plus épais qu'un poteau gringalet, alors que nous n'étions plus qu'à quelques pas de ce frimeur impeccablement vêtu et masqué de lunettes de soleil design, j'ai lancé : « hum, le tchatcheur va à la conquête », « à la conquête des gos » a appuyé Djiyo et nous avons ri de concert tout en jetant au dragueur des regards obliques, c'est alors qu'une voix grave et décidée nous a coupé les jambes, la langue, les lèvres, les cordes vocales, « Hé les gars ! », nous nous sommes retournés, Beau Gosse faisait face, posté dans toute son assurance, ses lunettes de soleil déjà entre les doigts, près à en découdre au besoin « Je demande hein, c'est vos sœurs que je drague ? » , Djiyo et moi avons probablement bafouillé comme le font les gens pris en défaut, le regard de beau gosse est passé de la colère au mépris à la pitié, puis Beau Gosse a remis ses lunettes de soleil design en nous toisant comme on regarde une chose qui n'en vaut pas la peine, il a continué son chemin et nous sommes partis dans le sens inverse, ce jour-là, j'ai su ce que signifie « avoir des couilles », et j'ai décidé de ne plus jamais abandonné ma dignité à la couardise. Chaque fois que je dois faire preuve de courage je me demande : « Que ferait Amadou Amadou » et à chaque fois la réponse est : « Amadou Amadou porterait ses couilles », donc je porte mes couilles, et ça marche toujours, parce que le courage conquiert tout.

Merci à mon frère Amadou Amadou pour cette leçon de courage, depuis notre rencontre je sais qu'il ne faut pas toujours chercher loin les héros qui vont nous inspirer, c'est pour ça que je suis passé d'aspirateur à éponge rusée, les premiers avalent tous les défauts qui traînent alors que les seconds absorbent les qualités du prochain pour devenir la meilleure version d'eux-même.

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