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L'enveloppe

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elmostafa hdih

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L’ENVELOPPE
Aujourd’hui, c’est la dernière journée de travail pour monsieur Alain avant sa retraite complète et définitive. Une retraite bien méritée !
Depuis une quarantaine d’années, accoutumé à une assiduité rigoureuse ,à une rigidité du bon service et à une bienveillance sociale, Alain, gracieux et prévenant, menait une vie de fonctionnaire ordinaire, chéri par ses collègues, respecté par ses supérieures et très sollicité par la clientèle. Il était chargé d’un programme régional visant l’aménagement des quartiers insalubres.
Il gara sa petite voiture sur le parking fétide de cet immeuble niché au milieu de ce quartier pernicieux et mal sain. Une cité pauvre, sale et dangereuse ; c’est pourquoi on a décidé de raser le tout en vue de réédifier une nouvelle ville prospère et sécurisée.
Le vieux fonctionnaire, béret sur une tête très chauve, figure ridées, ventre tombante et une petite allure enveloppée d’un vieux costume gris, se dirige vers l’immeuble écaillé, franchit le seuil et se prépara à prendre l’ascenseur ; malheureusement une pancarte, apparemment croulante, avertissant une panne de la machine !
Le vieil homme devait transmettre une enveloppe adressée au propriétaire de l’immeuble dont le bureau se trouvait au cinquième étage. Son devoir l’obligeait à remplir cette tache même s’il devait affronter les marches innombrables de ces escaliers sombres et insalubres.
Arrivé au premier, Alain fut surpris, une fois son regard posé sur ces quatre appartements que constituait l étage, dont les portes étaient grande ouvertes et d’où des clients s’approvisionnaient de bouteilles d’eau de vie. L’odeur d’alcool imprégnait les lieux.
Etonné, Alain, fuyant ce milieu illicite, enjambait les marches pour atteindre le second étage. Là, une autre scène l’attendait, plus irritante, peu ordinaire, deux jeunes qui lui barrèrent le chemin en le menaçant, l’un deux s’approcha du vieux en lui criant :
« Eh vieux, veux-tu une dose, la bonne, la pure...défonce-toi vieux, profite puisque il ne vous reste pas grand-chose à vivre »
Soudain, l’autre acolyte, plus âgé ordonna fermement :
« Laisse le partir, regarde le, il n’a plus de force, il risque de mourir, va- t’en papi. Faites attention aux marches grand-père... »
Au troisième étage, il entendit des hurlements, des gémissements et des cris venant du fond du couloir, sa curiosité le dirigea vers un appartement dont la porte entrouverte, Alain épiait la scène qui se déroulait : une petite fille sur le sol, toute nue, subissait des cultes bizarroïdes ; son thorax portant des signes en noir, un liquide rouge versé sur le visage de la fillette et des femmes toutes en noir psalmodiaient des cantiques incompréhensibles. Subitement, une main se posa sur l’épaule droit du vieux le fit immédiatement retourné :
« Vous n’avez rien à faire ici, monsieur, c’est un lieu privé et réservé aux patients. Eloignez-vous !»
C’était un homme de grande allure, barbu portant une soutane noire, regard froid et terrifiant dévisagea le vieux avant de s’éclipser dans l’enceinte de l’appartement.
Apeuré, Alain enjamba les escaliers menant à l’étage suivant .Il se sentait fatigué, las de toutes ces scènes que celait cet immeuble maudit, irrité de ce monde de malfrats et imposteurs. Il n’avait qu’un souhait : remettre l’enveloppe au propriétaire et rentrer sain et sauf chez lui.
Au quatrième, le fonctionnaire, tout perturbé, s’assit sur une marche espérant reprendre son souffle lorsqu’une femme à moitie nue, devant le seuil d’un appartement, l’interpella :
«  Eh vieux, désirez vous un petit massage, venez jouir vos plaisirs... je vous rendrai plus jeune ; plus viril... et tout ça avec un bon prix !!
D’autres femmes se métrèrent alors au découvert ; de jeunes femmes de toute forme et couleur, des adolescentes et surtout des fillettes sans sourire, sans enthousiasme dont les regards n’étaient que des massages de secours, de délivrance !
Alain comprit alors que cet étage refermait des maisons closes, des gites de plaisir où on exploitait vulgairement l’être humain. Un lieu sordide et abject.
A bout de ses forces, , malgré l’effort fourni, la faiblesse de son cœur qui était sur le point de s’arrêter et la répugnance de ce lieu, le pauvre fonctionnaire préservait toujours l’enveloppe qu’il devait remettre au propriétaire de l’immeuble.
Au dernier étage, haletant et abattu, Alain accédait finalement à sa destination finale. Son cœur battait la chamade, ses yeux brouillés ne distinguant plus rien, ses jambes frémissantes s’articulant difficilement et figure pale et mouillée, le vieil homme tomba sur le pavé du bureau du propriétaire. Entendant le tapage, ce dernier sortit de l’appartement et remarqua le corps allongé du vieux dont la main gauche tenait encore l’enveloppe !
Le propriétaire examina le pouls du fonctionnaire qui venait de décéder !
Il ouvrit alors, l’enveloppe qui portait son nom et décoda la synthèse avec stupeur :
«  Très urgent : Evacuation immédiate. Immeuble en cours d’effondrement... »
Soudain, il leva les yeux au plafond... un craquement...Un deuxième...
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