Le vrai Slim Shady

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Du beau boulot, pour sûr. Le marshall Mathers n’était pas peu fier de lui tandis qu’il passait en revue les mines défaites de ses prisonniers. Ainsi donc, ces quatre olibrius étaient tout ce qu’il restait de la bande de Slim Shady, qui avait semé la terreur dans toute la région pendant plusieurs mois, vidant les coffres-forts, attaquant les diligences, rançonnant les fermiers… Fini tout cela ! Une réussite de plus à l’actif des Texas Rangers.
Demain, ces canailles se balanceraient au bout d’une corde, et Mathers regrettait qu’il ne fût possible de les pendre qu’une seule fois. Il pensait à ceux de ses hommes qui avaient donné leur vie pour mettre ces salauds hors d’état de nuire, et à Stan en particulier… Le monde serait bien vide sans lui, mais bon c’étaient les risques du métier – et il ne s’était pas sacrifié en vain.
Une seule ombre restait au tableau, du moins en ce qui concernait Mathers qui était un esprit positif épris de clarté et haïssant toute forme d’ambigüité. Slim Shady serait pendu demain avec sa bande, cela ne faisait aucun doute, mais il emporterait un ultime secret dans la tombe : son identité ! Car personne ne savait à quoi ressemblait Slim Shady, tous ceux qui l’avaient croisé l’ayant payé de leurs vies. La seule chose qui fut certaine à son sujet, c’est qu’il était l’un des quatre hommes mal assis sur le banc de la prison, leurs regards évitant obstinément celui du marshall. Et celui-ci de demander une nouvelle fois :
— Lequel d’entre vous est Slim Shady ?
Et le même manège recommença.
Le premier prisonnier en partant de la gauche leva la tête et dit :
— Je suis Slim Shady.
À peine avait-il parlé que son voisin, secouant la tête, le contredit :
— Non, c’est moi Slim Shady.
Le troisième, un type à l’œil torve, ricana :
— Ne les écoutez pas. Je suis Slim Shady, le vrai Slim Shady.
Le dernier éclata de rire et lança :
— Ce sont tous des menteurs, marshall. Slim Shady, c’est moi.
L’espace d’un instant, Mathers envisagea d’opter pour des méthodes que la Constitution désapprouverait, mais sa décence et son respect innés des lois l’emportèrent une fois de plus. Il était pourtant à bout de nerfs, furieux non seulement que l’on se fiche de lui, mais de savoir que Shady même vaincu aurait tout de même le dernier mot. Il y avait donc une note de désespoir, presque de supplication, quand il demanda d’un ton plus accommodant :
— Est-ce que le vrai Slim Shady veut bien se lever, s’il vous plaît ?
À ces mots, le troisième prisonnier se leva.
Puis le quatrième.
Puis le premier.
Et enfin le second.
Mathers jura et quitta la pièce avant de se laisser aller à des actes qu’il pourrait regretter.

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