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le voyageur immobile

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L'oiseau bleu

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J’ai voyagé un peu, trop peu selon moi et j’ai souvent pensé que la distance que je mettais entre moi et mon lieu d’habitation ne représentait guère plus que la tentative de parvenir à une destination intérieure à laquelle j’aspirais depuis longtemps et qui me semblait inaccessible sans déplacement physique.
Le changement d’environnement m’étais apparu comme une nécessité, et le besoin de sortir d’un cheminement intérieur souvent circulaire, m’avait décidé à partir.
Mes ancêtres avaient beaucoup voyagé, souvent par nécessité, parfois dans l’espoir de trouver mieux ailleurs. Etais-je en train de suivre leurs traces  ?
Mais si des raisons économiques avaient pu les pousser à émigrer dans un autre pays, il me semblait quant à moi que c’est à être tout simplement que j’aspirais sans autre forme de procès que le besoin d’exprimer la nature profonde qui m’habitais et que je sentais parfois darder au travers de nuages d’incertitudes et d’habitudes qui me paralysaient. Prendre de la hauteur, trouver son propre soleil, me semblait possible en voyageant.
Ma première destination devait correspondre dans mon esprit à quelque chose de radicalement différent de ce que je côtoyais au quotidien.
Je voulais des mentalités différentes, des lieux différents. Je suis parti de manière un peu précipité au Maroc sur l’invitation d’un ami de ma mère qui venait de rentrer du pèlerinage et qui partait quelques jours plus tard au bled.
Nous avions fait le voyage depuis Paris jusqu’à Fès en autocar. Il n’était pas climatisé mais je n’en garde pas un souvenir trop pénible.
En fait les ennuis pour moi ont commencé le jour de notre arrivée au village, situé à une trentaine de kilomètres de Fès. Nous y étions parvenus dans l’après-midi et à peine les bagages posés, nous avions fais le tour des personnes les plus proches à visiter qui –hospitalité oblige- ne manquèrent pas de nous faire prendre une collation voire un véritable repas.
Le couscous à trois heures de l’après midi ne m’avait pas vraiment réussi et la journée inondée de soleil qui s’apprêtait à céder la place à la nuit , avait vu mon état «  intérieur  » se détériorer peu à peu. J’étais pris de nausée, et je m’apprêtais à rendre un repas que je m’étais il est vrai forcer à finir par politesse.
On m’avait finalement emmener dans le village voisin, pour y être ausculter par le seul médecin des environs. Il me fit pour «  améliorer mon état  »  une piqûre qui resta douloureuse trois semaines durant.
Je ne garde pas un souvenir impérissable de ce voyage au Maroc, entre les remarques désobligeantes de ceux qui ne voyaient en moi qu’un petit français incapable de s’adapter au mode de vie local et les regards incendiaires des hôtes qui m’agressaient presque pour que je continue à manger alors que j’étais au bord du malaise.
Je me suis littéralement sauvé lorsque l’occasion m’en a été donnée.
Il me semblait que j’étais parti un peu trop loin de ce que j’étais et je n’avais eu qu’un seul désir au cours de ce voyage, retourner au plus vite dans le pays qui m’avait vu naître et retrouver mes petites habitudes.
La fréquentation de la famille qui m’avait accueilli là-bas et que j’avais visité dès leur retour en France, soucieux que j’étais de leur fournir un semblant d’explication sur mon départ précipité, me semblais pour le moment un éloignement tout à fait raisonnable et en accord avec mes aspirations du moment, ni trop ni trop peu. Un voyage à peu de frais, pour mes finances et la souplesse de mon esprit d’alors.
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