Le voyage de l’anorak.

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Bonjour! Mes écrits s'intéressent à la famille sous toutes ses formes. Avec humour, tendresse et parfois émotions, j'aime raconter et coucher sur le papier ces portraits psychologiques. Merci de  [+]

— Où as-tu mis mon anorak rouge ?
— De l’autre côté, me répond jeff, le regard en coin.
C’est toujours comme ça qu’il me zieute lorsque je ne range pas mes affaires, enfin, que je ne les range pas « à sa convenance », une excuse qu’il se trouve lorsqu’il veut fourrer allègrement « mes affaires qui trainent » derrière la paroi de la chambre, un réduit attenant à la toiture qui fait main basse sur les objets superflus.
Je me glisse derrière la paroi par la fente savamment étudiée par mon tendre pour que je ne garde pas, moi, mes kilos superflus... Je pénètre dans les abysses qui se trouvent de l’autre côté et m’éloigne à tâtons.
Brr ! Il fait plus froid dans cette soupente que dans un des ex-glaciers du Kilimandjaro.
Plus j’avance, plus les murs se dérobent à mes bras tremblants.
Je choisis un couloir étroit qui descend en colimaçon. Je dois être derrière la cuisine ou même la salle de bain, car je repère les conduites du gaz et celles d’écoulement des eaux usées. Jeff vient de tirer la chasse, la maison soupire sous les gargouillis matinaux des tuyaux. Maudite bicoque construite au-dessus des égouts de Paris ! En plus, ça caille, ici, il me faut absolument retrouver mon anorak rouge !
D’un tas de sacs et de cartons plantés devant le soupirail, je sors quelques fripes encore fraîches que je pourrais remettre cet hiver. Un air tiède soufflé par je ne sais quel zéphyr m’appelle dans le coin sombre d’où sortent les tuyaux : une galerie ! Je m’y enfonce avec délectation, poursuivant ma route et débarrassant de mon chemin les plastics impropres à cette planète que je récolte dans les poches de mon pyjama. Mes poches me paraissent immenses, deux puits sans fond dans lesquels s’entassent toutes les besaces pétrolifères ou les défroques encore mettables que je rencontre, ça me fait de gros coussins autour des reins, mais toujours pas d’anorak rouge !
Dans l’anse d’un coude, un toboggan de glaise et de boue m’invite, une surface lisse et soyeuse... Mes coussins amortissent les virages et les pentes que mon corps emprunte. Dans la nuit surgit un arceau de lumière qui grandit, qui grandit. Prise de vitesse, je réalise trop tard que le flot tumultueux des égouts m’entraine vers ce point de lumière aveuglante. Stop ! On s’arrête ! Une grille épaisse sépare ce monde souterrain du reste de la rue. Derrière cette barrière, un paysage époustouflant de beauté : forêt vierge, cris d’oiseaux, pureté d’un ciel serein. Je suis bloquée dans mes loques. Mes plastics et les sacs qui me faisaient un radeau se prennent dans le courant. Je vais me noyer lorsque, aspirant une goulée d’air avant de plonger pour me dégager de la bouche d’égout, j’aperçois, de l’autre côté de la grille, une foule d’enfants, habillés de tissus multicolores, de plumes d’oiseau, de coquillages. L’un d’eux arbore fièrement sur sa peau nue et foncée, un anorak rouge, MON anorak rouge !
Je suis bloquée dans les couvertures, transpirant d’énormes gouttes dans lesquelles je nage.
Jeff est remonté de son pipi matinal, il lit, couché à côté de moi.
— Tu as parlé tout haut en dormant, me dit-il.
Je l’attaque :
— Je sais où tu as jeté mon bel anorak rouge.
— Ah oui ? me zieute-t-il de son air innocent .
— Tu as fait un sac pour l’association « planète bleue », mon anorak est parti aux recyclables !
— Rien à dire, avoue-t-il, comment as-tu deviné?
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