Le vélo de Léon

il y a
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Pour toi, lecteur, lectrice, qu'est-ce qui va bien pouvoir te plaire dans mes très courtes histoires ? Cherche ! Et tu m'en diras des nouvelles. Merci de me lire  [+]

Cela faisait un moment que j’en pinçais pour Jean-Paul, seulement lui ne semblait pas me remarquer. Pourtant, ce n’était pas faute d’avoir essayé d’attirer son regard. Toutes les occasions étaient bonnes. Quand il allait jouer au ping pong dans la salle du patronage, je m’asseyais sur un banc, je suivais les échanges jusqu’au bout et je l’admirais disputer le match courageusement . Il était beau, grand, les yeux verts et un long nez, j’adorais les longs nez, j’ai toujours pensé que ça donnait de la personnalité, ses cheveux châtain clair, ses longs bras nus dorés. Très beau mais pas pour moi apparemment, peut être à cause de notre grande différence d’âge. Il préférait les filles qui sortaient facilement et je ne lui en voulais pas. Quand il y avait un bal dans le village, il se querellait tout le temps pour épater la galerie. C’était un garçon nerveux, fougueux, allant, venant, il ne pouvait tenir en place et il épiait la moindre conversation pour envenimer la situation. Le lendemain dans le village, les conversations allaient bon train et mes parents, commerçants, avaient toutes les informations. Cachée derrière la porte, je les écoutais, elles alimentaient mon amour pour lui. Une fois par an, il y avait la ducasse sur la place, ma pauvre mère s’y préparait en remplissant mon porte monnaie. J’y passais des journées complètes dans les autos tamponneuses et je ne manquais pas de lui rentrer dedans même s’il était en bonne compagnie mais il prenait cela pour de la rigolade. A contrecœur, je repartais chez moi, avec des bleus à l’âme et sur le corps, bredouille, dépitée, ce n’était que partie remise. Le soir, dans ma chambre, je l’imaginais se battant comme un valeureux soldat aplatissant tous les guerriers pour finir la fête foraine en beauté. Un jour, je le vis passer en bicyclette, un magnifique vélo de course, il était fier, les cheveux au vent. Je n’en avais pas un pareil, le mien, dont l’ex-propriétaire était mon grand-père Léon, ne comprenait qu’un guidon, deux roues, une selle et un pédalier. Les freins étaient inexistants et sa couleur, si on peut appeler cela une couleur, était crème. Ma maison avait une grande allée en pente et il m’arrivait souvent de descendre celle-ci à grande vitesse. Mes pieds étaient habitués au freinage et j’appréciais tout ce qui était périlleux mais une fois, je ne sais comment l’expliquer, j’ai raté la descente et j’ai croisé la route de mon Jean-Paul adoré qui arrivait à toute vitesse. Nos vélos finirent emmêlés au beau milieu de la route, j’avais mal un peu partout, lui s’était très vite relevé et pestait la perte de son magnifique vélo sans se soucier de moi qui pleurait à chaudes larmes. On peut dire que ce jour-là, je me suis faite rouler.
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Joëlle Brethes · il y a
Tournez la page et trouvez un gentil garçon qui ne se préoccupe pas seulement de son "véhicule" quand il renverse une jolie demoiselle ! ;) ;) ;)
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RAC · il y a
Ben l'avait qu'à aller min vit' et pis c'est tout ! Très sympa ch't'histoire !
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Françoise Desvigne · il y a
Merci, je vous invite à lire "Erreur d'impression" qui est en lice.

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