3 lectures

Les premiers jours sont les plus difficiles. C’est le deuil de ses sourires au petit-déjeuner, de ses câlins le soir, de sa musique mélancolique du haut de la mezzanine. Anna prépare le dîner, le regard perdu par-delà la vitre de la cuisine, couverte de gras et d’odeurs évanouies. Elle n’a pas le cœur à chanter, les sons restent coincés. Que fait-il au même moment ? Anna ferme les yeux. La larme qui pointait au coin de son œil depuis dix minutes se défait des cils et glisse sur sa joue comme une araignée au bout de son fil. Elle envoie la planche de carottes sur le sol, propulse son visage sous l’eau du robinet.
À 21 heures, elle s’allonge sur le canapé, le ventre vide. Il faudrait qu’elle apprenne les nouvelles paroles. Mais elle fixe le salon, le salon du soir, elle ne voit qu’une vaste toile morte où une seule araignée attend encore.
Ses photos posées sur le buffet ont les couleurs des manèges qui ont tourné trop vite.
Pourquoi faut-il qu’ils grandissent et qu’ils s’en aillent ? Le téléphone sonne : il pense enfin à sa mère. Anna prend une grande inspiration avant de décrocher.
Elle ne parlera pas des carottes renversées.
1

Vous aimerez aussi !

Du même thème

Du même thème

TRÈS TRÈS COURTS

C’étaient mes voisins d’en face. On les surnommait « les siamois ». Soixante-dix ans de mariage, selon la légende. Personne ne les avait jamais vus l’un sans l’autre. On ne ...