Le saule et la rivière

il y a
2 min
46
lectures
11
Dans la campagne éclairée de printemps, un saule croissait au bord d'une rivière.
En s'approchant tout près on pouvait l'entendre se désoler:

- Rivière, j'envie ta vigueur et ta gaieté . Tu as la chance de voir beaucoup de pays. Tu es utile à l'homme et aux animaux qui se baignent dans ton onde ou qui s'y désaltèrent. En toi il y a la vie puisque tu abrites des poissons. Là où tu passes, les terres ne sont plus arides et la campagne est embellie, tandis que moi, je n'ai aucune raison d'être ! Toujours fixé au même endroit, le sol est ma prison et les racines sont mes chaînes. Mon horizon ne varie pas. Je suis toujours triste et je tremble au moindre souffle de vent.Je suis là et me désespère les cils toujours baissés. Je suis tributaire de ta force agissante; sans toi je ne pourrais pas vivre.Tu as de la force en toi, et moi de la fragilité.

La rivière, qui avait écouté les lamentations de l'arbre rencontré sur son chemin, en fut touchée et tut son murmure pour le consoler:
-Allons!Allons! cher saule pourquoi tant de tristesse, d'aigreur et de jalousie? Crois tu que tu as été créé pour ne servir à rien ? Regarde autour de toi, même les pierres sont utiles. Comme elles et le sable tu fais partie de la nature. Tes franges et leurs doux bruissements enchantent les promeneurs. Tu leur dispenses ton ombre quand le soleil est trop chaud. Et puis tu loges la rousserolle qui enveloppe tes tiges avec son nid. Et ne donnes-tu pas tes longs rameaux pour faire des corbeilles et des paniers que l'on peut voir se balancer aux bras des demoiselles?
Crois moi et ne désespère pas. Chacun a son rôle à jouer. Mets-y tout ton coeur.

Tu m'attribues les qualités. Il est vrai qu'elles existent mais tu ne sais pas tout.
Dans le fond, je suis moins heureuse que toi, mais je fais bonne figure et me sers de ce qui m'a été donné, consciencieusement, Je me réjouis des bienfaits que je peux offrir; c'est pour cela que je suis joyeuse.
Et pourtant, j'aurais mille raisons de me lamenter.

Le saule ne veut pas la croire.

Depuis le rocher qui me donne vie jusqu'au fleuve qui m'engloutit, je ne fais que passer. Je n'ai jamais de repos. Des pièges peuvent m'attendre à tous mes méandres. Mon principal ennemi est l'homme et sa science. Alors que j'ai mis tant de temps à creuser mon lit et à m'y installer, ne voilà t'il pas qu'ils détournent mon cours, refroidissent mes berges en y érigeant des hauts murs sans beauté, qu'ils arrêtent ma course vagabonde pour me signifier une route à suivre ! Moi qui ai l'habitude d'aller à mon gré et de me réjouir de mon travail ! Je ne suis plus qu'un jouet entre leurs mains alors que c'est moi qui jouais avec eux . Je me sens comme prisonnière, enchaînée et dirigée comme une infirme. Ma liberté a disparu. Je ne te parles pas des déchets qu'on déverse dans mon eau , empoisonnant ma faune.
Alors je peux te dire, saule, que lorsque j'arrive enfin au fleuve où mène ma destinée, je n'ai de hâte que de me précipiter vers celui qui, en m'engloutissant, m'envoie la délivrance.

Dis moi maintenant, toi qui est centenaire, solide devant une éphémère comme moi , as-tu lieu de te plaindre encore et gémir sur ton sort ?

Tu vois, tu t'es fait consoler par plus malheureux que toi, toi grand et fort et moi toute petite et vulnérable. C'est toi qui pleure sur ma tête alors que je chante à ton pied.

Moralité

Il ne faut pas se fier aux apparences ni être toujours mécontent de son sort.
11

Un petit mot pour l'auteur ? 1 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de Guy Bellinger
Guy Bellinger · il y a
Un morale utile fort bien illustrée par cette jolie fable.