Le roman que je veux terminer

il y a
2 min
1 633
lectures
349
Lauréat
Jury
Recommandé

Je serai bref  [+]

Image de Eté 2016
À quoi ressemblerait le roman que j'aimerais terminer ?
Ce serait un livre où chacun se remarquerait sans se reconnaître. Un livre surtout dépouillé de phrases-poncifs comme la précédente : « Chacun se remarquerait sans se reconnaître. » Quelle angoisse ! Quel ennui aussi.
Ce serait un roman clair qui, pour une fois, m'éviterait d'avoir à expliquer l'intrigue oralement, surtout qu'en général, personne ne m'écoute.
Donc un roman intéressant, et pas trop choquant, je garde ça pour plus tard. J'ai pas envie de me griller tout de suite, je sais bien que personne ne lui donnera sa chance si j'écris : « François Hollande est quand même un type bien » ou « Franchement, fumer c'est pas si grave ».
Ça ne m'empêcherait pas d'y écrire librement, ce ne serait pas que pour le grand public, je me soucie tout autant des petits lecteurs, et je crois qu'il faut cesser de les exclure de la vie culturelle. Je comprends qu'il soit nécessaire d'être grand pour aller au cinéma, quoique de nos jours les salles de ciné soient de plus en plus pentues (et qu'il existe des rehausseurs), mais cette contrainte ne s'applique pas à la lecture.
Mon roman aurait le goût des tragédies sans en avoir l'odeur. Que ça se termine mal, oui, mais sur le tard. Je veux que ce soit une mauvaise surprise, comme un restaurant mexicain.
Et qu'il y ait des références cachées, des petites pépites qui ravissent les gros malins qui les trouvent. Je reprendrais des phrases d'écrivains talentueux et je les mettrais en italique, sans les nommer : c'est une bonne technique. J'éviterais quand même de mettre du Saint-Exupéry, déjà, parce que je ne l'aime pas et, surtout, parce qu'il a de nombreux lecteurs, et qui croirait que « On ne voit qu'avec le cœur, l'essentiel est invisible pour les yeux » est de moi ?
Il y aurait, dans mon roman, quelques bonnes recettes de cuisine ; c'est un truc de cinéaste italien. Mais j'y mettrais pas comment faire une bonne bolognaise ou une pizza, tout le monde sait faire ça. Ce seraient des recettes tendance : tartare de canard et rillettes véganes. Faudra que je me renseigne.
Pour l'adaptation au cinéma, je prendrais Omar Sy et Marie-Anne Chazel. Ce serait, j'en suis persuadé, un couple explosif, qui ferait vivre à l'écran la complexité de mes personnages. Marie-Anne saurait incarner la fougue de Morgane. Et M. Sy, que j'appréciais déjà dans ses sketches pour Canal+, apporterait au film un prestige de classe internationale.
Le roman que j'aimerais terminer serait une pure application des deux cent vingt et un principes de La Société du spectacle, en souvenir de mes longues soirées de terminale. Je repense au numéro cent soixante-quatre : « Le monde possède déjà le rêve d'un temps dont il doit maintenant posséder la conscience pour le vivre réellement. »
Mais je crois que je perds mon souci de clarté, c'est regrettable. Comment pourrais-je maintenir une tension pendant des centaines de pages si j'égare mon lecteur au bout de quelques lignes ? Mieux vaut que j'écrive des haïkus, ce sera plus simple pour tout le monde.

Recommandé
349

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,

Vous aimerez aussi !