Le retour de l'espoir

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Certaines personnes ont besoin de la littérature, pour d'autres, c'est la littérature qui a besoin d'eux. Disons que je suis un mélange assez intéressant des deux, voulez-vous  [+]

Image de Automne 2013
J'entre, accompagnée d'un garde. Il m'attache les mains à la table. Il y a une petite barre prévue à cet effet. Je n'ai pas grand espoir de sortir d'ici. Mon regard est vide, fuyant. Mon avocat entre à son tour, me salue. Il regarde les menottes avec une espèce de regard qui se veut admiratif et jaloux, heureux et plein d’espoir. Foutaises ! Je ne vais jamais sortir d'ici. Il le sait et il me le cache. Pour me protéger ? Non. Je ne crois pas. On ne protège pas quelqu'un de l'inévitable. On le laisse pourrir. Le destin fait le reste. Il prend une chaise, qu'il traîne sur le sol. Je me couvre les oreilles : le chuintement du métal est horripilant. Je perds espoir, autant que lui. Chaque jour, je lui parais plus affaissée. Je le sais. Lui fait de son mieux pour m'aider, pour me représenter. Mais nous combattons à un contre cent. Pardon. Correction. A deux contre cent. J'en ai marre. Je suis lasse. Je veux mourir. Qu'on en finisse, bon Dieu. La justice est lente. On analyse chaque facette du problème, en long et en large. On délibère longuement, pour savoir quelle peine on va infliger à l'accusé. C'est un supplice aussi long et difficile que la peine elle-même. La Mort est plus simple qu'eux. Elle ne trie pas, elle ne délibère pas. Pourquoi, eux, devraient-ils le faire ? Je n'ai plus aucun espoir. Je suis seule, face au monde.

Nous allons nous en sortir qu'il me dit. Mais pour qui se prend-il ? Il faut qu'il arrête avec ses sourires forcés et ses faux espoirs. J'en ai marre. Je suis lasse. Qu'il me tue lui-même, ce sera beaucoup plus rapide.

Je suis innocente. Vous le savez, ça ? C'est ça le plus drôle. Je suis innocente. Ce soir-là, j'étais au cinéma. Avec mon amant. Bizarrement, il n'est pas venu me rendre visite. Il n'a pas dit la vérité non plus. Ce soir-là, j'étais à côté de lui, pendant toute la durée de la soirée. Je n'aurai pas pu tuer mon mari. Encore plus bizarre encore, c'est que les caméras de vidéo surveillance ne m'ont pas filmées. Je me souviens parfaitement être allée au toilettes mais la seule personne qui y va de toute la soirée sur les vidéos de surveillance est une vieille dame, octogénaire. Personne d'autre. Il doit y avoir quelqu'un. Même plusieurs quelqu’un, qui m'ont vus dans le cinéma ce soir-là. Je suis sur toutes les chaînes de télés, nationales, locales, régionales, tout ce que vous voulez. Mais personne ne se manifeste pour aller dire au FBI que je suis innocente, que j'étais bien au cinéma ce soir-là, à l'heure du meurtre, et que je ne l'ai pas commis.

Mon avocat, lui, il le sait. J'étais venue lui parler de mon amant. Je voulais me protéger en cas de divorce, vous voyez ? Je lui avais dis que ce soir-là, j'allais au cinéma puis que je terminerais sûrement la soirée chez mon amant. Mon avocat le savait et lui, il s'était manifesté, je le payais bien assez. D'ailleurs, en parlant d'argent, je n'en aurais bientôt plus pour le payer. Je lui fais savoir. Il reste immobile. Il pleure. Je ne comprend pas pourquoi. Lui non plus d'ailleurs. Il lève les yeux et il me dit qu'il me défendra gratuitement. Il poursuit : la seule mission est maintenant devenue de me défendre, jusqu'à la mort. Je renchéris : jusqu'à la mort.

Il est vieux. Intelligent et doué mais vieux. Il est vulnérable. Je n'aime pas ça. La personne qui a réellement tué mon mari est quelqu'un de puissant et de connecté, de très puissant. Je ne vois pas beaucoup de personnes capables de tuer quelqu'un devant l'Amérique entière et d'être capable de se couvrir à ce point. La liste des suspects est assez courte. Puis, je me rappelle de plusieurs phrases que mon grand-père me disait quand j'étais enfant: « Après tout, nous sommes tous des Hommes, ce qui nous différencie c'est l'argent, la puissance et beaucoup d'autres paramètres, mais après tout, nous sommes tous des Hommes, des communs mortels ». Je l'avais toujours admiré. Il m'avait tout appris. Tout. Il disait aussi, très souvent : « Il faut des milliers de fourmis pour tuer une vache mais ça ne prend que quelques secondes si elles sont suffisamment nombreuses ». Un grand penseur, mon grand-père.

Malgré le désespoir qui m'emplit, je me rappelle de ces phrases et le sourire me revient : il y a de l'espoir. Il y a toujours de l'espoir, il suffit d'avoir la force d'y croire, encore une phrase de mon grand-père. J'éclate de rire. Mon avocat, silencieux jusqu'alors, est étonné de me voir heureuse et les larmes lui viennent aux yeux en même temps que moi. Je vais m'en sortir. On va s'en sortir. Mais d'abord, ...

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