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Il était parti pendant trois mois. Trois longs mois à l'autre bout du monde, mais avec internet les kilomètres ne se comptent plus. "Et comment vous feriez sans ça ?" Eh bien on s'enverrait des lettres qui mettraient des semaines à être délivrées. En fait, elle ne voulait même pas y penser ; c'était déjà assez dur comme ça. Ne pas se voir, ne pas se toucher, ne pas partager des moments ou des sorties ensemble, ne pas s'embrasser, ne pas dormir l'un contre l'autre... La liste infinie des "Ne pas" pour toutes sortes de petites (et grandes) choses du quotidien qui paraissent énorme lorsqu'on se retrouve seul.

Mais aujourd'hui était différent. Les longs mois étaient passés, chaque jour avait été barré. Elle était en route pour l'aéroport. Elle allait être en avance, voire plus, car elle ne tenait plus en place. Chacune des cellules de son corps était tendu vers ce moment, le moment.

"Tu ne m'embrasses pas ?" La tête nichée au creux de son cou, elle ne bougeait plus. Elle l'avait repérée tout de suite, ses yeux comme aimantés par cette silhouette qu'elle n'avait pourtant pas vue depuis des lustres. La joie qui l'avait envahie était telle qu'elle avait cru fondre en larmes (et même fondre tout court). Au lieu de quoi, elle remplissait tous ses sens des sensations qu'on lui avait ôtées pendant toutes ces semaines. Son odeur, sa peau, sa voix, sa présence, enfin.
Elle avait juste peur d'une chose. Une chose dont elle avait tant rêvé, qu'elle avait tant imaginée, scénarisée... Le baiser. Le premier baiser après l'éloignement, tant attendu, tant désiré, celui pour lequel elle avait pleuré, le soir, pour lequel elle aurait été prête à acheter un aller-retour express sur la semaine, ou à créer un téléporteur qui relierait le bord du monde à son petit appartement.
Et maintenant, elle avait peur, que l'univers s'envole, la laissant seule, ou que le contact de leurs lèvres provoque une explosion qui détruirait tout sur son passage, à des milliers de kilomètres à la ronde. Mais c'était complètement fou. Irrationnel ! Alors elle leva la tête, se perdit dans son regard, approcha sa bouche de la sienne...
Ce ne fut pas une bombe, ni un ouragan, mais un savant mélange de douceur et d'amour, de retenu et de passion, de lui, d'elle, de sucre et de fraîcheur. Le meilleur baiser jamais consommé ; le temps lui-même voulut s'arrêter pour laisser les amoureux profiter de cet instant.

Quand elle rouvrit les yeux, tout avait disparu.
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Commandant · il y a
La dernière petite phrase est rude !!! Grrr
Très joli texte tout de même ;)

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Image de Isaiah
Isaiah · il y a
Rude, mais nécessaire ! C'est avec cette phrase que le texte est né...
Merci en tout cas, ça me fait très plaisir !

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