Le quartier de mon enfance (façon Modiano !)

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Ecrire sur "la rue Vernier" accélère mon rythme cardiaque.
Mon cœur bat la chamade. J'ai 72ans et d'un seul coup, ce nom me fait revivre cette sensation que j'avais enfant:
Le monde, "mon" monde se trouvait là, au cœur du quartier St
Etienne, avec deux ouvertures sur "l'ailleurs". D'un côté l'avenue de la Victoire, de l'autre, le boulevard Gambetta.

J'habitais rue d'Autun, rue perpendiculaire à la rue Vernier entre deux sœurs parallèles: rue Miollis et rue de Dijon.

Dans "ma rue", souvent ombragée, l'ambiance était celle d'un village alors que dans la rue Vernier, les passages étaient davantage citadins et pressés. Le nombre de commerces était là, pour vivre avec tout à portée de main.

J'ai connu enfant, le bonheur de jouer dans " ma rue", comme si c'était une voie privée. Les autos passaient rarement, alors que rue Vernier le trafic était plus dense.
Nous pouvions tous faire du vélo sans inquiétude, trouver le 7ième ciel à la Marelle, jouer à cache-cache avec des arbres imaginaires, nous lancer sur des patins à roulettes, et soigner "nos bobos" au jeu du docteur! Malgré l'inquiétude de nos mères! Car il y avait les garçons!

La découverte de la vie était là, dehors, dans la rue.
Les soirs d'été, les jeux en bande continuaient mais les familles étaient présentes avec leurs chaises sorties sur le trottoir. Le bla-bla allait bon train entretenu par le regard porté aux autres, aux voisins. On n'avait pas besoin d'organiser la Fête des voisins... elle était toujours là, les soirs d'été...
J'ai ainsi découvert la vie, l'amitié...

La rue Vernier ne m'était pas étrangère...elle m'apparaissait dans ma jeunesse un peu plus "snob" que ma rue pour plusieurs raisons:
En premier lieu, elle était plus longue! Elle allait être témoin d'évènements importants dans ma vie. Tout d'abord l'école Vernier: celle des filles, celle des garçons séparée évidemment, allait m'instruire du CP au CM2. En face de celle-ci, la Maison du Bonbon était une halte de rêve pour toutes les sortes de bonbons qu'elle offrait insolemment dans la vitrine.
A l'époque il n'était pas insultant de demander "une tête de nègre"...Le rouleau de réglisse calmait nos craintes ou nos ardeurs juvéniles.

Dans le secteur, l'église St Etienne tirait son originalité par son clocher coloré qui se voyait de loin. La messe, le dimanche; la préparation à la communion solennelle où je me suis amusée comme jamais de ma vie; mon mariage; l'enterrement de mon père et de ma sœur ne pouvaient avoir lieu que dans cet édifice porteur et témoin des joies et des peines...; et donc de la vie.

La rue Vernier se distinguait de "ma rue" par l'éblouissement qu'elle m'offrait: cette lumière...si vive. Cela me paraissait naturel, normal à l'époque. J'en pris davantage conscience quand à 18 ans, je dus quitter Nice pour Grenoble. La nostalgie arriva vite...car sous un ciel gris, la vie n'est pas tout à fait la même....

Lorsque je "descendais" de ma rue vers la rue Vernier, le premier immeuble que je voyais était celui de mon amie, celle dont je peux dire encore heureusement "C'est mon amie d'enfance". Non loin, se trouvait le "Grand Garage de Bretagne": destination plus que lointaine pour moi à l'époque, malgré les propos de la fille du garage qui me parlait de marées et de crêpes au sarrasin! Vaste inconnue dans mon régime alimentaire niçois.... Autre différence aussi : le temple protestant. Je me souviens plus du charme d'un des fils du pasteur que des contenus théologiques...

Ma mère me "faisait faire les commissions". D'un bout à l'autre de la rue Vernier, j'allais donc à l'épicerie tenue par Mme Berra -forte femme au caractère trempé- et son mari assez fluet...Ils m'ont souvent fait penser à un couple Sempé! Leur commerce était plus simple que celui tenu par les "sœurs Ricci" que l'on disait plus cher, et où les rangements, la propreté étaient plus rigoureux. Ils se trouvaient à quelques mètres l'un de l'autre, différences de classe sociale: langage, manières...; très jeune, je percevais cela.

Je n'ai pas oublié non plus la mercière: Mme Codebo -petite femme qui boitait, d'une gentillesse extrême. Mon père, qui était couturier, s'y rendait très souvent: il lui manquait toujours un tubino de fil assorti au tissu! Le choix devait être difficile (il y avait tant de couleurs!)....mais sur son chemin de retour, vous avez deviné, il avait l'habitude de s'arrêter à l'angle de la rue d'Autun et de la rue Vernier au bar "Sur le pouce"...au désespoir de ma mère...

Plus loin, le grande droguerie "Vaquier" était déjà à l'époque très bien achalandée et technique. Du même côté, une boutique de maille offrait des tricots raffinés.... De nos jours, c'est une boutique de lingerie affriolante...
Les temps changent! Pardon pour ce lieu commun.
Enfant et jeune adolescente, je préférais bien sûr la pâtisserie "Goretta" et la charcuterie "Casazza". A chacun sa madeleine...
Pour moi c'est le souvenir des délicieuses quiches lorraines de "Casazza".

Mon père était fumeur, j'allais très souvent au tabac du coin des rues Vernier/Miollis...

Le plus loin de mes courses était le bout de la rue Vernier, côté Gambetta chez le boucher "Emile": souvenir de mon espièglerie enfantine quand dans le magasin, je me moquais de sa femme lui disant constamment: -Dis, Emile, je te pèse?!

Je fus grondée pour mon insolence! Pourtant avec le recul, je trouve que j'avais un certain sens de la langue française, n'est-ce pas?...

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