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Le pré héroïque de l’enfance

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Ciruja

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Une pelouse au gazon irrégulier. Deux sapins en cure d’amaigrissement face aux garages de la résidence. De l’autre côté, deux immenses sapins où nous aurions pu nous cacher au grand dam des adultes et qui nous servaient d’abri quand il pleuvait des cordes.
De l’autre côté du minuscule sentier de gravier, l’unique patinoire de la ville et le skate-park.
Nous n’aimions ni le skate ni le patin à glace. Nous préférions l’odeur de l’herbe au mois de juin quand elle s’était gorgée de pluie tout l’hiver, son contact doux, l’humidité prégnante et le parfum des gourdes remplies de citronnade qui nous désaltéraient après l’effort physique.
Nous pouvions jouer sur cette pelouse jusqu’à dix, onze heures du soir, portés par la passion du football. Les équipes, les joueurs, les compétitions pouvaient changer, les pas être plus lourds, la passion restait identique.
Quand je revois ce terrain aujourd’hui, il me parait ridiculement petit et surtout silencieux, mais en juin 1986, quand la bande à Platini écumait les pelouses mexicaines, notre coin d’herbe nous paraissait aussi grand que les arènes lointaines surchauffées par le soleil de midi.
Les cris jaillissaient à chaque but. On se prenait pour Platini, pour Maradona, on mimait l’arrêt de Joël Bats, la frappe de Luis Fernandez, la main de Diego.
Au bout d’un moment, les scores étaient oubliés, seul le jeu restait en nous.
Je prends, je cours, je dribble, je passe, je frappe. A toi, à moi, à nous !
Les rockers avaient beau passé en laissant exploser leurs solex lestés de bouteilles en plastique vide entre les rayons, ils ne nous empêchaient pas de rêver et de nous sentir ailleurs.
Des cris stridents et gênants pour les oreilles adultes jaillissaient après chaque exploit mais ils étaient pour nous identiques aux clameurs étouffées des enceintes mexicaines restituées par une télévision entièrement publique.
La main droite sur la hanche droite, je commentais les nouveaux passements de jambes de notre Platini à nous, Sébastien qui, à n’en pas douter, allait jouer pour le Stade Rennais. Il voyait plus loin, courait plus vite que nous était toujours au bon endroit au bon moment.
La balle, dégonflée par l’usage immodéré des jeunes du quartier, faisait un bruit de caisse claire quand elle s’écrasait sur le mur des garages. Quand elle allait au-dessus, elle sifflait dans les airs puis retombait comme un caillou, nous priions tous pendant un court instant qu’elle ne touchât aucune voiture.
Transpirant dans mon t-shirt, j’entendais mon propre cœur battre la chamade, il me disait encore, encore, tu peux aller plus loin, ce jeu n’a pas de fin.
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Virgo34 · il y a
Nostalgie... Malheureusement, le foot n'est plus ce qu'il était...
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