Le plus grand bonheur du monde

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Entomologiste de métier (il en faut), amateur de montagne et de course à pied (il y en a), modeste griffonneur quand le temps le permet (il en manque!), je me réjouis de faire partie de cette  [+]

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Le plus grand bonheur du monde est arrivé à cause de trois quiproquos.

J'adore le mot quiproquo. D'ailleurs je le dis tout le temps à la récré quand on n'est pas d'accord sur les règles d'un jeu : « Il y a quiproquo ! ». Alors maintenant les copains ils crient aussi « quiproquo » chaque fois qu'il y a une faute quand on joue au foot, même que ça m'énerve un peu qu'ils me volent mon mot mais Maman dit qu'il faut savoir partager dans la vie. Et puis c'est pas grave parce que des jolis mots j'en connais plein, vous allez voir. J'en sais même « moult ».

Le premier quiproquo de mon histoire vient du mot BA, que j'ai lu dans un album de La Patrouille des Castors. Ça raconte l'histoire des scouts, et les scouts ont une vie super : ils ont un beau foulard rouge, n'ont jamais école et passent leur temps à arrêter des malfaiteurs cachés dans la forêt et secourir des ours tombés dans des ravins. Quand j'ai dit à Papa que je voulais faire scout quand je serai grand, il a rigolé : « Les scouts, c'est comme le service militaire, ça n'existe plus ! ». Moi ça m'a fait pleurer (mais j'étais petit), alors Maman m'a offert un foulard rouge et depuis elle m'appelle « mon vrai petit scout » chaque fois que je le mets.

Dans la BD, c'est scout Pierre qui dit souvent qu'il est important de faire « une BA par jour ». Alors quand j'ai demandé à mon frère, qui est plus vieux, ce que ça voulait dire « BA », il a répondu que c'était la musique des films. En fait (j'ai compris plus tard), il pensait que je voulais dire « bande-annonce », et il avait confondu les sens de « bande-annonce » et « bande originale » (BO). Double quiproquo ! Alors quand la radio a passé une chanson que j'aime bien dans la voiture avec Maman et que j'ai dit : « C'est notre BA du jour ! », elle n'a pas compris. C'est en lui expliquant que nous avons fait la lumière sur cette affaire, comme dit Pierre quand il arrête les malfaiteurs à la fin de l'album.

Faire une bonne action par jour (parce que c'est ça que ça veut dire « BA » en fait), c'est devenu le but de mon été. Ça et regarder tous les matchs des Bleus à la Coupe du monde, bien sûr. Mais les BA ça peut être compliqué : quand je sauve une mouche d'une toile d'araignée dans le jardin, c'est une bonne action pour la mouche, mais une mauvaise pour l'araignée, non ? Alors, est-ce que ça compte ? Pour trouver de vraies bonnes actions, il faut réfléchir. Mais un jour, alors que j'étais fatigué, j'ai triché : j'ai mis le bazar dans ma chambre exprès pour pouvoir la ranger juste après. C'était le jour de France-Danemark et, pour la première fois du tournoi, les Bleus n'ont pas gagné et ont super mal joué. Alors j'ai eu peur : et si les matchs de l'équipe de France dépendaient de la qualité de mes BA ?

Du coup, pour le match suivant contre l'Argentine, j'ai mis « les bouchers doublent ». J'ai ramassé le courrier pour la voisine qui est très vieille. J'ai mis du miel pour les fourmis du jardin. J'ai fait la vaisselle avec Maman sans rien casser. Et j'ai retrouvé le stylo noir que Papa avait perdu. Quatre BA ! Et l'équipe de France a battu l'Argentine 4-3 après un match formidable. Quatre buts !

Les bleus étaient lancés, je savais ce que je devais faire et les bouchers ont continué à doubler. L'Uruguay en quart de finale : 2-0 ! La Belgique en demi-finale : 1-0 ! Il ne restait qu'un match et tout allait bien. Trop bien.

La veille de la finale, je me suis senti très fatigué et Maman m'a dit que je faisais un peu de fièvre. Le lendemain, impossible de me lever. Le médecin est venu et a parlé d'un « coup de fatigue dû à la chaleur ». Il a dit que je devais me reposer. Me reposer ! Alors que les Bleus allaient jouer la finale et comptaient sur mes BA ! Ce n'était pas possible. Alors, en début d'après-midi, je suis sorti discrètement dans le jardin par la fenêtre de ma chambre. J'étais en pyjama et j'avais chaud de partout, mais il fallait à tout prix que je fasse une BA. C'est alors que j'ai entendu un bruit qui venait de la piscine de la voisine : c'était le chien qui était tombé dedans et qui aboyait fort. Il était en train de se noyer !

Je ne sais pas nager, sauf un peu pour faire la planche. Pourtant, je n'avais pas le choix. Le chien se noyait. Les Bleus étaient en finale. Tout dépendait de moi. Alors je me suis mis à courir. Je suis arrivé au bord de la piscine de la voisine. J'ai pensé très fort : « À l'abordage ! » comme disent les pirates que Pierre ne croise jamais dans ses albums. Et j'ai sauté.

Quand j'ai rouvert les yeux, j'étais tout mouillé et Papa, Maman, la voisine et les pompiers m'entouraient. Ils m'ont posé plein de questions et j'ai appris que le chien de la voisine savait nager et qu'il aboyait parce qu'il était content. Troisième quiproquo ! Quand ils ont vu que tout allait bien, les pompiers sont vite repartis à la caserne car le match allait commencer.

C'est devant la télé que je me suis mis à pleurer. Je n'avais pas fait ma BA, les Croates jouaient bien et je savais ce qui allait se passer. Alors j'ai tout raconté aux parents. Ils ont fait de grands yeux. Puis Papa a rigolé. Et enfin Maman a dit : « Tu sais, mon petit scout, dans la vie c'est souvent l'intention qui compte. On ne peut pas tout réussir, mais t'être donné autant de mal pour accomplir une BA, c'est comme si tu en avais fait une vraie. »

Moi j'ai pensé qu'elle disait ça pour me faire plaisir et j'avais quand même peur. Et puis le match a avancé, avancé… Et au coup de sifflet final, ça a été le plus grand bonheur du monde. Papa m'a fait sauter en l'air en disant que c'était grâce à moi si on avait gagné. Partout dans la rue les gens et les voitures ont fait un bruit terrible toute la nuit. C'était incroyable.

Alors oui, c'est un peu grâce à moi si on a gagné la Coupe du monde. Mais Papa dit que ça doit rester secret parce qu'il faut « savoir faire preuve d'humidité dans la vie ». Pour ça, je ne suis pas inquiet : plonger dans une piscine, on ne peut pas faire plus humide !
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Juliette Gallier · il y a
Adorable naïveté de de petit scout!

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