Le Passage

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J'adore la poésie, j'en écris un peu et j'en lis beaucoup. J'ai déjà publié un recueil et je publie régulièrement dans la revue "L'Albatros" de "l'Académie de la Poésie Française". Et puis  [+]

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Dans un royaume lointain, situé bien au-delà de nos pensées concrètes, vivait le bon roi Ouskot, (ne sont-ils pas tous bons !?) Il régnait disait-on avec bonté et sagesse... et une main de fer sur ses sujets les trigoulins.
Trigoul est un pays riche et prospère. Il est bordé au sud par la grande mer des Sarcasses, au nord le désert des Rides, à l’est les montagnes des paradis perdus ; nulle âme n’a jamais franchi ces frontières dans un sens ou dans l’autre, et à l’ouest le grand pays des boufoss, les terribles mangeurs de cranes. Les boufoss avaient un jour essayé d’envahir Trigoul mais ils furent repoussés au-delà de la frontière.
Le bon roi Ouskot avait cinq enfants, trois garçons et deux filles, aussi bons que lui à part son tout dernier qui n’était point comme ses frères et sœurs. Alors que la famille royale et son entourage se vautraient dans le faste et l’abondance, les populations elles vivaient dans la misère. Cela le révoltait.
Il décida de les aider. Il se déguisa en garçon ordinaire et se mêla au peuple. Il aida au bonheur la chance ceux qu’il rencontra dans sa quête en mettant la main à la pâte. Il rentrait au soir harassé mais heureux d’avoir accompli de bonnes actions. Il travaillait dur, il était habile de ses mains. Il changeait souvent de métier et de lieu lorsque les gens s’intéressaient à lui en devenant curieux.
Deux années s’étaient écoulées et la situation des gens ne s’améliorait guère. Il devint négligeant lors de ses sorties. En plus de se dépenser physiquement, il distribuait de temps à autre de l’argent aux plus démunis. Un jour il fut reconnu et la nouvelle se répandit comme une trainée de poudre. Ceux qui l’avaient côtoyé se rappelèrent de lui et ceux qui ne l’avaient jamais rencontré espérèrent croiser son chemin. Le prince Namir devint alors le héros du peuple. La nouvelle arriva aux palais et son père vit le danger et sévit aussitôt ! Il lui interdit désormais de sortir du palais et le fit surveiller étroitement.
Il sentait qu’il étouffait à l’intérieur du palais, il voudrait s’en aller en dehors du royaume, tenter l’aventure ailleurs. Il s’en ouvrit à son percepteur et confident qui l’aiguilla vers la sagesse de l’étrange madame Sorfeere maîtresse des va-et-vient et des fins maux disait-on, pour lui trouver une solution. Le prince n’avait que 25 ans.
« Il y a un moyen ! lui dit madame Sorfeere avec un étrange regard, suivez-moi ! »
Namir s’engagea avec appréhension dans la brume dense qui s’étendait aux pieds des montagnes des paradis perdus tout en répétant la formule magique de madame Sorfeere : « par le pouvoir des paradis perdus, passage ouvre-toi pour le prince Namir ! » Il regrettait de n’avoir emporté qu’un simple couteau à l’insu de madame Sorfeere pour se défendre contre l’imprévu. Elle l’avait habillé d’une manière débraillée et lui avait assuré qu’il n’aura pas besoin d’armes là où il allait. A un certain moment il sentit la terre se dérober sous ses pieds et eut l’impression de tomber dans gouffre interminable et se retrouva, après un temps indéterminé entre une conscience indéfinie et un rêve cauchemardesque où il se battait contre des fantômes impalpables, assis par terre en plein jour dans lieu à priori inconnu.
Il fut attiré par un éclat de voix et regarda autour de lui, c’était manifestement un cimetière ; deux individus étaient en train de molester un troisième, un homme fluet, pas très grand, qui passait un mauvais quart d’heure entre les mains des deux malabars. N’écoutant que son courage il se précipita sur les lieux et engagea le combat avec les deux agresseurs. C’était un jeu d’enfants pour lui de les faire déguerpir. Il était passé maître dans le combat à mains nues. Il aida l’homme qui se confondit en remerciements et l’accompagna en dehors du cimetière. Namir comprit qu’il était arrivé dans l’autre monde, le monde dont avait parlé madame Sorfeere.
« Et ne parlez pas du royaume, restez toujours évasif lorsqu’on vous posera des questions !» avait-elle insisté.
L’homme marmonnait à haute voix : « C’est certainement un coup du parti de la justice et du développement, où est la justice de ce parti dans cette agression? Les frères paisibles ne sont que des arrivistes et des opportunistes et veulent exploiter la naïveté des populations par leur discours démagogue et manipulateur. Heureusement que vous étiez là, ils ne vont pas s’arrêter avant de m’éliminer de l’équation électorale ! Voulez-vous travailler pour moi comme garde du corps, du moins jusqu’à la fin des élections municipales si vous n’avez pas d’autres obligations», suivit une série de questions auxquelles Namir répondit avec parcimonie. « Il s’appelle Namir ,il vient juste d’arriver des contrées de l’est, il est disponible et il serait heureux de le servir ».
Namir était complètement dérouté par ce peuple où tout était différent de ce qu’il connaissait. Heureusement qu’il parlaient la même langue que lui, légèrement différente avec plein de mots inconnus mais dans l’ensemble c’était la même. Namir passa un certain temps au service du représentant du parti de la démocratie et du progrès social, des termes qui lui étaient incompréhensibles au début. Il apprit plein de choses sur ces gens et comment ils fonctionnaient, des choses admirables et des choses moins bonnes.
Namir passa plus de quatre années à s’émerveiller sur ce monde et ses créations qu’il ne comprenait pas tout à fait. Ces gens de toutes les couleurs étaient extraordinaires. Ils avaient domestiqué la lumière, conquis les airs et les mers et fabriquaient des outils ingénieux qu’ils utilisaient au quotidien. Cependant ce qui le chagrinait et lui faisait peur c’était les armes qu’ils utilisaient pour se faire la guerre, des armes infernales, il pouvait voir leur effet abominable sur les choses et les hommes dans cette boite qu’ils appelaient télévision. Heureusement pour lui il était tombé dans une contrée où il n’y avait pas de guerre.
Mais ce qui le laissait pantois d’admiration c’était l’organisation de la chose publique. Des écoles partout pour tout le monde et des hospices et même des soins pour les animaux ! Tout était organisé de la meilleure manière qui soit, armée, agents de l’ordre public, commerce, transport, etc. rien n’était laissé au hasard.
Hélas ce monde était trop compliqué pour lui ! Il se sentait mal à l’aise et fatigué de travailler pour les autres, lui un prince appelé peut-être à régner un jour sur les trigoulins ! Il commença alors à chercher le passage qui le conduira chez lui. Parou était en pleine campagne électorale pour le renouvellement des élus et Namir était tout le temps sollicité par son employeur.
Madame Sorfeere était restée dans le vague quant au passage pour son retour : «lorsque votre temps viendra le passage s’ouvrira là où vous seriez arrivé». Cela voulait dire le cimetière. Alors il passa son temps libre à errer dans le cimetière jusqu’à ce qu’il rencontra son destin sous la forme de deux voyous qui le prirent par surprise, un coup de couteau fatal l’envoya ad trépas. Ils le dépouillèrent de tous les objets de valeur. Il sentit la vie le quitter lorsqu’ils le jetèrent dans une des tombes ouvertes prêtes pour recevoir de potentiels morts. Et miracle il se retrouva assis aux pieds des montagnes des paradis perdus, chez lui !
Un retour douloureux, la mort était donc le passage tant recherché par Namir. Il comprenait maintenant les paroles énigmatiques de madame Sorfeere.
Namir ainsi habillé, costume cravate, attira aussitôt l’attention des gens qui le reconnurent et lui firent un bon accueil. Le prince disparu depuis plus de vingt ans, oublié, était de retour ! Le temps ne s’écoulait pas de la même façon dans les deux mondes. Ils lui donnèrent les dernières nouvelles. Le bon roi Ouskot étai mort de vieillesse et son ainé d’une maladie qui avait décimé une bonne partie du peuple, c’était le fils cadet qui était sur le trône et il était malade et n’avait pas toute sa tête.
« Il était temps que je revienne ! » se dit Namir.
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Eva Dayer · il y a
Je suis confuse, moi aussi, de rencontrer trop tard ce Prince, mais n'ayant pas participé au concours, je n'ai pas été attentive à la date d'échéance...
Un Prince qui découvre un monde bien proche du nôtre...

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M. Iraje · il y a
Désolé pour mon "passage" tardif ... Ce prince là méritait pourtant le détour.
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JACB · il y a
Une bonne idée que ce passage entre deux mondes, la découverte, la connaissance et l'acceptation d'une autre civilisation et puis ce prince un peu "compagnon du devoir" qui retourne parmi les siens. Chute un peu escamotée, une suite peut-être ? Bonne chance Sgann, passez rencontrer mon Prince, il est venu par la mer.
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Sgann · il y a
Merci JACB, j'y vais de suite !
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Hermann Sboniek · il y a
Bonjour Sgann.
L'éloge de l'altruisme comme fil conducteur, c'est sympa. Je rejoins Denis ci-dessous en ce qui concerne la chute qui est un peu rapide.
Merci.

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Sgann · il y a
Eh oui ! Merci Hermann Sboniek !
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Denis Delepierre · il y a
Quel texte intéressant, le héros qui n'hésite pas à payer de sa personne est très arrachant, et son regard naïf sur notre monde apporte de l'épaisseur à votre histoire. C'était une lecture très agréable et sympathique. J'ai juste trouvé la fin un peu abrupte, mais je comprends que la limitation des caractères n'est pas évidente à gérer. Je vous invite à visiter Torul et à rencontrer les pêcheurs de nuages si le cœur vous en dit, c'est par ici https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/tranches-de-nuages Au plaisir de vous lire ! Et bonne continuation.
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Sgann · il y a
Merci Denis Delepierre, je reviens de Torul, mes voix !
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Beline · il y a
J'ai bien aimé ce conte, et le regard neuf du prince sur ce qu'il y a de bon et de moins bon dans notre monde
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Sgann · il y a
Merci Beline !
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Doria Lescure · il y a
un conte qui joue avec les codes et l'espace et le temps avec quelques notes orientales ! original et surprenant !
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Sgann · il y a
Merci Doria Lescure !
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Eric Chomienne · il y a
Un conte tardif mais qui mérite le haut du panier...mes voix. Si vous avez le goût à la fête, venez faire "la fête au village" et si vous aimez les étoiles, le"paradis d'étoile" vous attend. Bonne lecture, et bonne année
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Sgann · il y a
Merci Éric Chomienne,
Je ne sais pas quand mais j'ai déjà voté pour vos deux écrits !

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jusyfa *** Julien · il y a
Agréable à lire, belle histoire contée par une plume de qualité.
Julien.

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Sgann · il y a
Merci Julien !
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Sabrina Bezzah · il y a
Une très très belle histoire, bien rodée et très agréable à lire et à relire😊 bonne chance🍀
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Sgann · il y a
Merci Sabrina Bezzah !