Le paradis est sur la Lune... mais chut.

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Finaliste
Jury

Je ne comprends pas pourquoi j'écris, ni comment. C'est tout ce que je peux dire. À certains moments, un être que je ne connais pas prend possession de mon esprit et écrit des choses que je  [+]

Image de Hiver 2016
La dernière fois que Paulo avait vu son compagnon de galère, c'était entre deux gardiens de la paix. Depuis un mois il n'avait plus aucune nouvelle et il commençait à se dire qu'il ne le reverrait plus. C'était la loi de la rue. Mais alors qu'il entamait sa troisième bouteille de rouge de la journée, il l'aperçut soudain dans son champ de vision.
Paulo se précipita à sa rencontre et ils se jetèrent dans les bras l'un de l'autre. Après les effusions vinrent les explications. Paulo apprit ainsi que son ami sortait de l'hôpital psychiatrique. Après sa garde à vue, un juge avait trouvé nécessaire de l'y envoyer, vu qu'il n'avait aucun papier sur lui, qu'il semblait amnésique et qu'il tenait des propos incohérents.
À l’hôpital, au bout d'un mois, on avait finalement décidé de s'en débarrasser, pour la bonne raison qu'il était la douceur même et qu'à part le fait qu'il déclarait venir d'une ville de la Lune et qu'il n'en démordait pas, il n'allait pas si mal.
L'affaire s'était décidée à la réunion du service le matin-même. Après un bref résumé de son cas par l'interne, le professeur Tourneboule avait décidé de le faire sortir.
— Je vous rappelle que nous manquons de place, que nos ressources sont exsangues et que nous ne sommes même pas certains du renouvellement de nos crédits l'année prochaine.
— Mais monsieur, avait tenté l'interne, il est amnésique.
— Les rues sont pleines d'amnésiques et celui-ci ne ferait pas de mal à une mouche. Il n'a rien à faire ici.
— Mais ses délires, cette histoire qu'il habite la Lune dans une ville souterraine...
— Ça vous dérange ? Non ! Eh bien moi non plus. Qu'il habite où il veut, je n'y vois aucun inconvénient.
L'affaire avait été réglée et le malade jeté sur le trottoir.
Paulo n'en revenait pas. En général quand on entrait dans ces endroits on n'en sortait pas aussi facilement.
— Comment tu as fait pour qu'on te donne ta sortie ? Tu les as drôlement embobinés.
— Pas du tout, je leur ai dit la vérité, c'est-à-dire que je venais de la Lune, que j'y habitais une ville souterraine fort agréable et que j'avais bien l'intention d'y retourner le plus vite possible. Par chance j'avais justement révisé mon manuel de survie en milieu hostile la veille de mon arrestation et il est bien mentionné que la meilleure solution est de dire la vérité. En général, personne n'y croit et cela est bien préférable à un mutisme qui pourrait faire soupçonner qu'on prépare une vilaine action et qu'on a quelque chose à cacher.
— Tu es drôlement intelligent, dit Paulo, et au fait, tu as réussi à entrer en communication avec tes potes de la Lune ?
— Pas encore mais j'y travaille. Je dois encore réparer quelques synapses électriques endommagés pendant mon atterrissage malencontreux mais c'est une affaire de quelques jours. Dès que tout fonctionne, je communique ma position par télépathie à mes collègues restés sur la Lune et je leur demande de m'envoyer une équipe pour me secourir et me ramener d'autant que ma mission est terminée. D'après mes renseignements, les terriens ont l'intention de retourner sur la Lune. La première fois, ils ne nous ont pas trouvés mais nous devons être vigilants.
— Et moi ? Tu m'emmènes toujours ?
— Bien entendu. Je ne vais pas laisser dans cette ville de misère un ami comme toi, qui a eu la générosité de partager son carton avec moi et qui a su me remonter le moral dans les moments de profond découragement que j'ai traversés. Chez moi tu ne manqueras de rien. Grâce à d'ingénieux systèmes nos villes souterraines proposent tout ce que chacun peut désirer. Tu n'auras plus faim, ni froid. Tu ne craindras plus de tomber malade, ni quelque désagrément que ce soit. Tu seras heureux, pleinement heureux.
— J'ai hâte d'y être, sur la Lune, dit Paulo, en finissant sa bouteille.

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