10 lectures

0

Je flotte dans le néant. Le noir et le vide sont en moi. Je suis le néant.

    "Au commencement régnaient les ténèbres et l'image de Dieu flottait dans l'immensité du néant."
Cette image sombre, brouillée, ce vide dans lequel je baigne depuis si longtemps, depuis toujours, est donc celle des ténèbres et du commencement ?
Le temps n’existe pas. Je crois qu’il attend son heure, le signe divin qui lancera le compte à rebours, celui du début de tout, celui de la fin d’une création tout juste commencée.
Je baigne dans une béatitude intemporelle, dans une immobilité apaisée, dans un doux néant. Dans un vide peut-être éternel.
Serais-je éternel moi aussi ?

    "- Que la lumière soit ! Et la lumière fut."
Une lueur violente, un flash si puissant que j’en suis imprégné au plus profond de mon être.
J’assiste peut-être à la création du monde ou à la mort d'un univers. Peut-être le début et la fin confondus dans un même jaillissement ? La vie et la mort.
Inondée de lumière, l’image de Dieu grandit démesurément, tirée vers l’infini que je lui supposais. Ses yeux deviennent immenses, me fixant dans mon néant. Je passe soudain de ma sereine béatitude à la terreur. Mais comment exprimer de la terreur quand on n’est qu’un pur esprit et que la lumière s’éteint peu à peu ?
Je m’apaise à nouveau, lentement. Le noir et le néant m’environnent à nouveau.
- On le perd !
    "Au commencement était le verbe et le verbe était en Dieu. La parole était Dieu."

Baigné dans l’océan primordial, sans masse, sans le moindre sentiment, je me sens glisser à nouveau vers les ténèbres, vers ce moment subtil où tout se confond, où tout se sublime, loin du temps et de la matière. J’entrais dans ce lieu intemporel où n’existent plus ni douleur ni émotion ni regret. En fusion vers le bien-être absolu.
- Le pouls s’effondre !
- Augmentez à trois milligrammes.
La lumière m’inondait à nouveau. Ultime perfection, à la fois onde et matière, blanche et immortelle. La conscience me revenait aussi, par bribes. Je revivais le passé, mon passé.
Je n’étais donc pas éternel !

Serais-je mortel ?

Nota : les passages décalés sont tirés du récit de la Genèse dans l'Evangile de St Jean.
0

Vous aimerez aussi !

Du même auteur

NOUVELLES

Assis sous un cocotier, protégé du soleil par le feuillage d’un mancenillier, Jojo regardait l’horizon. Une ligne à peine perceptible, qu’aucun mât ne venait briser. Pas de hors-bord, aucune...

Du même thème

TRÈS TRÈS COURTS

J’allais souvent jouer, solitaire, sous le grand arbre près du fleuve. La pluie emportait chaque jour, inlassablement, les échafaudages de feuilles et de brindilles que je construisais, cabanes ...